11/03/2011

Les soft goulags suisses pour ados font honte

baisepieds.jpgLe reportage bouleversant de Temps présent sur Les Barreaux de la Honte est l'un des documents historiques suisses les plus poignants que la TSR ait jamais diffusés. La bienfacture de sa réalisation et la pudeur qui entoure  le recueil de témoignages forcent le respect.

A vrai dire, pour y croire, j'ai regardé deux fois l'émission pour mieux en capter et en apprécier les détails et nuances.

Mutatis mutandis, comme pour d'autres goulags rouges ou bruns, je me suis demandé: comment se fait-il que l'intelligentsia, notamment celle des juristes, soit demeurée muette face à ce système abusif ignominieux ? Certes, les années 1950-1970 en Suisse ne sauraient être comparées à celles qui, outre-Rhin, les ont précédées par leur horreur. Et pourtant, le principe semble le même: "On ne savait pas".

Quant aux deux persécuteurs légaux dont les témoignages apparaissent, ils ne battent nullement leur coulpe mais n'ont fait, comme tant d'autres, "qu'appliquer la loi". Ca ne vous rappelle-t-il rien ?


bullying.jpgNous reviendrons sur le présent blog pour évoquer  les interdits des années 1950-1980 et leurs  conséquences sur la vie de milliers de nos compatriotes. Qu'il s'agisse de la peine de mort (France), de l'avortement,  de l'objection de conscience, des châtiments corporels,  et même de la contraception, la route  fut longue pour sortir de l'obscurantisme et les victimes nombreuses qui ne respectaient pas à la lettre les consignes de l'Ordre moral. A vrai dire, la presse, la radio et la télévision n'ont guère joué de rôle décisif -contrairement à une idée reçue - pour  libérer le peuple de l'idéologie dominante ultra-conservatrice qui prévalait alors en Suisse.

Mai 1968, souvent présenté comme un tournant dans l'histoire de l'Europe,  ne fut guère une vraie  Révolution.

Bien d'autres facteurs ont contribué à libérer l'individu des carcans sociaux qui le brimaient...

(Pourtant, le Nouvel Ordre Hygiéniste proposé par les "Verts-Nuisants" et affidés "mondialisateurs" menace de nous y renvoyer si nous n'y prenons garde.)

En ce jeudi 10 mars 2011, la TSR a ouvert son livre d'histoire pour nous parler des Barreaux de la Honte dans sa série Temps Présent. Un reportage qu'il faut avoir vu pour comprendre la Suisse d'aujourd'hui. Le vrai patriotisme (si l'on ose encore user de ce vocable) consiste à reconnaître aussi les zones sombres de son pays.

Voici en quels termes Temps Présent nous présentait son émission sur le site de Temps Présent:


tempspresentlogo.jpg

 

 

 

Les barreaux de la honte

On découvre à peine l'ampleur du scandale et le Conseil Fédéral a même dû s'excuser officiellement. Combien sont-ils, ces citoyens innocents qui jusqu'en 1981 se sont retrouvés derrière les barreaux à cause d'un préfet ou d'un tuteur mécontent ? Souvent issus de milieux défavorisés, ils ont été emprisonnés simplement parce qu'ils dérangeaient la Suisse bien-pensante. On appelait ça l'internement administratif. Trois témoins directs, qui ont passé par cette case prison, racontent leur incroyable aventure.

Le reportage de Temps Présent commence avec l’histoire de Gina Rubeli, née en 1952. A 17 ans, elle fait une tentative de suicide et est transférée à la clinique psychiatrique de Wil. Le médecin-chef lui annonce alors qu’elle sera internée à la prison pour femmes de Hindelbank, près de Berne, pour une durée indéterminée. Le maire de sa commune d’origine a décidé de la faire enfermer. Selon lui, Gina est «paresseuse» et mène «une vie dissolue». Nous sommes en 1969. Le crime de Gina: avoir heurté de front les normes sociales de son petit village saint-gallois.

Autre histoire, celle de Philippe Frioud. Lorsque la police bernoise le cueille à sa sortie du travail, il ne comprend pas ce qui lui arrive. Il a tout juste 17 ans. «Nous répondons à des ordres du canton du Valais», lancent les policiers. Le jeune homme est alors placé à la Montagne de Diesse pour une durée de deux ans, dans des conditions très dures. Cinquante ans plus tard, il part sur les traces de son passé pour essayer de comprendre. Dans le livre des entrées de l'institution, il est écrit: «Motif de l’internement: administratif, abandon moral…»

Quant à Ursula Biondi, elle se souviendra toute sa vie du 21 avril 1967. Ce jour là, elle subit une fouille corporelle complète à la prison de Hindelbank, avant de recevoir ses habits de détenue administrative. Elle est alors enceinte de 5 mois... Son seul crime est d'avoir fugué avec un homme divorcé dont elle est follement amoureuse. Un amour impossible pour l’époque.

La Suisse a longtemps utilisé l'internement administratif comme un instrument de contrôle social. Tant qu'il était en vigueur, elle n’a pas pu rejoindre les pays membres à part entière de la Convention européenne des droits de l’homme. Récemment, la Conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf a exprimé ses excuses et ses regrets lors d’une cérémonie officielle à Hindelbank. Mais les victimes d'hier demandent aujourd'hui que la Suisse se donne les moyens pour réaliser des études historiques conséquentes. Seule manière de comprendre les mécanismes administratifs et juridiques à l’œuvre dans la privation de liberté à but d’assistance, dont des personnes de tous âges ont été victimes.

Rediffusion le vendredi 11 mars 2011 à 0h10 et le lundi 14 mars 2011 à 15h50 sur TSR2.

Générique

Un reportage de Raphaël Engel et Antoine Plantevin Image : Pascal Gauss Son : Nicolas Ducret Montage : Corinne Dubuis

Voir Les Barreaux de la Honte (Temps présent du 10 mars 2011)

 

Thème du prochain blog ici: "Interdits, censure et tabous dans la Suisse du XXe siècle"

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Commentaires

Je vous remercie pour votre article! Nous avons besoin de la presse en Suisse Romande, qui a été bien silencieux ces derniers mois! Dr.Paul Rechsteiner va lancé une initiative parlementaire en notre faveur! Il faut une réhabilitation formelle, une commission historique, sécuriser les dossiers et un Fond nationale!75% des victimes ont une petite rente AI car ils ont des problèmes psychique grave! Avec la 6eme révision de l'AI, ils vont se trouver sans aide!

Écrit par : Rubeli | 11/03/2011

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