23/03/2011

Comment la presse romande fragilise la démocratie

Tirages en baisse et Cementit

downA qui la faute si les tirages des meilleurs quotidiens romands reculent à nouveau ? Le meilleur d'entre eux perd 6, 8 % de ses lecteurs, le second 4, 3 % .

Navrant. Désolant. Inquiétant.

Cherchons le coupable: est-il parmi les lecteurs incapables de discerner un imprimé gratuit d'un journal ? A la concurrence des chaînes de télévision et de radios publiques  qui vous apportent  des centaines de  sons et images par le câble, par voie numérique terrestre, par satellite ou via le Net  ? A l'Internet et à ses blogs chronophages ? Au cocooning des populations égotistes et égoïstes dont une bonne partie de l'existence consiste à jouer au "Salut ! T'es où  ?" en tapotant fébrilement sur les touches du dernier Smart Phone ?

Tous ces ingrédients jouent un rôle dans le délitement de notre presse romande, c'est vrai. Mais le moment n'est-il pas venu pour les principaux responsables, ceux qui la produisent et l'écrivent, de se remettre sérieusement en cause à la onzième heure ?

Tout se passe comme si le futile rédactionnel avait pris le pas sur l'utile, le facile sur le sérieux, la pensée instantanée  pavlovienne sur la réflexion, le ludique sur le grave, le binaire chirurgical sur l'opinion nuancée, le dérisoire sur l'essentiel, l'insignifiant sur le vital. Un sacré mélange où le renvoi brutal d'un entraîneur d'une équipe de foot passe avant l'adoption d'une loi fiscale ou sociale qui va toucher des millions de citoyens et d'entreprises. Des forêts entières sont abattues pour produire le papier des cahiers de sports-spectacle au prétexte que ce genre mineur attirerait les foules comme les papillons de nuit sur nos chandeliers. A la différence que ceux qui se brûlent le ailes ne sont pas les papillonants lecteurs mais bien les journalistes et deux autres grand oubliés: l'annonceur et l'actionnaire de presse.

Le grand perdant, à ce jeu-là, c'est pourtant la démocratie elle-même.

Pourquoi le journal quotidien est-il un produit qui a cessé de plaire ?


rotative.jpgPour enrayer cette désaffection chronique croissante, peut-être faudrait-il tout d'abord établir une anamnèse, poser un diagnostic et un pronostic puis proposer des remèdes au fléau qui ronge notre presse . Et taper  dix fois sur le clou où ça fait mal... Du mal qui fait du bien. La disparition de la presse, en effet, annonce la perte de substance de la démocratie elle-même. Sans presse diversifiée digne de ce nom, point d'opinion publique .Et c'est là que le lecteur exigeant peut se demander si le mal n'est pas provoqué par le patient lui même, à savoir une presse à la dérive qui, au lieu de fournir systématiquement et en priorité de la matière inédite d'intérêt public, persiste à gaver son public de dépêches d'agences dont ont a déjà entendu  la teneur 12 heures plus tôt à la radio ou dont on a vu le fugace spectacle à la télé. La mort de l'ourson Knut au Zoo de Berlin est-elle vraiment d'un intérêt équivalent, voire supérieur aux décisions prises dans nos Parlements locaux ces derniers jours et dont on ne sait quasiment rien ? Où est passée la critique théâtrale, musicale dans une ville de Genève dont l'offre culturelle est si riche ? Et pourquoi pas, comme jadis, une critique des émissions de télévision ?

Où est passée la chronique parlementaire de nos cantons? Où est passée la chronique judiciaire ? Ces lieux géométriques - la politique et la justice - sont traités désormais comme des matières secondaires rébarbatives alors que ces domaines d'activité sont des espaces de combats spectaculaires autrement plus captivants que le sort alternatif d'une balle de tennis - ping ! pong !- entre deux raquettes ou d'un ballon rond au bout d'une chaussure crantée !

doginterviewerPour la politique, la mode voudrait donc que la presse laissât le champ libre et l'exclusivité à la seule TV locale genevoise et à son singulier intervieweur unique ? Au prétexte que cette station transmet intégralement les débats du Grand Conseil et du Conseil municipal de Genève, il n'y aurait donc plus de place pour des sujets politiques monopolisés et à peine effleurés dans de fugaces faux-débats de télé locale  alors qu'ils mériteraient d'être exposés, expliqués et commentés sur papier ? Erreur !

Pourquoi nos quotidiens ne se concentrent-ils pas sur les matières que les autres traitent si mal ou passent sous silence ?

Suite et fin ici

02:04 Publié dans Médias | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : media, journaux, tribune, genève, tirages, démocratie, baisse | |  Facebook

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