20/04/2011

Don d'organes par négligence ?

iStock_000001529444XSmall.jpgSauver des vies est l'une des actions les plus nobles que l'homme puisse imaginer. Tous les moyens mis en oeuvre vers ce but chaque jour en Suisse et dans le monde sont louables. Il n'existait rien de tel il y a cinquante ans.  Ces actions humanitaires méritent donc notre admiration. Celle-ci s'étend à tous les sauveteurs, urgentistes, réanimateurs, ambulanciers, spécialistes de la néo-natalité. Néanmoins, à la réflexion, on peut se demander si, dans de nombreux cas, il n'aurait pas mieux valu laisser faire la Nature plutôt que de s'acharner à réanimer des personnes âgées et malades ou jeunes et souffrant de dysfonctionnements gravissimes, au risque de ne plus leur offrir qu'une semblant de vie sous forme de patient grabataire mobilisant tout un entourage familal et médical pour le prix de cette survie. L'initiative de Xavier Schwitzguebel visant à changer la loi fédérale sur les dons d'organes est, à première vue, absolument louable et digne d'être soutenue. Elle est généreuse, bien intentionnée. Et pourtant, en l'examinant de plus près, on peut être saisi de doutes, faute de savoir avec exactitude où se situent le Bien et le Mal. La proposition consiste à faire en sorte que tout résident en Suisse soit donneur "à moins d'une opposition connue de son vivant" est une carte forcée indigne de la démocratie. Actuellement "seules les personnes qui se sont expréssément annoncées sont considérées comme donneuses". Si cette initiative populaire fédérale devait aboutir avec 100'000 signatures, elle ouvrirait une nouvelle perspective: celle du "don d'organes par négligence". Explications...


iStock_000001529444XSmall.jpgLe principe du "Qui ne dit rien consent" n'est pas acceptable en droit, lorsqu'il s'agit de conclure un contrat. Dans le cas d'espèce, l'innovation proposée repose pourtant sur ce principe. On excipe du silence du donneur potentiel pour lui arracher son coeur. Sans avoir au préalable manifesté par écrit son refus que des organes soit prélevés sur son corps, à sa mort, le citoyen suisse ferait  partie ipso facto du gisement de donneurs d'organes muets...et pour cause. Cette philosophie est inadmissible. Imaginez la douleur et la stupeur d'une famille membre de l'Eglise catholique romaine (confession chrétienne où le sort du corps joue encore un rôle important pour le salut de son âme) apprenant à la morgue que le coeur, les poumons, le pancréas, les yeux et des lambeaux de peau de leur défunt  ont été prélevés - au nom de la Loi - au scalpel par des pathologistes avant leur arrivée. Aux protestations courroucées de la famille, lesdits pathologistes et aides-dépeceurs auront beau jeu de rétorquer triomphalement:

- Votre parent, ma foi, n'avait fait aucune déclaration d'opposition de son vivant. La Loi est pour  nous !

Ainsi donc, toute une partie de notre population pourrait se muer nolens volens en donneurs d'organes par négligence. C'est inadmissible, même si l'intention est, de prime abord, bien intentionnée et louable.

La banalisation des transplantations est un véritable business fort lucratif  qu'il ne s'agit point d'encourager. Cette industrie dégage un chiffre d'affaires colossal en honoraires d'équipes chirurgicales, en médicaments (pris à vie par le receveur) et en tirant lourdement sur nos ressources médicales. Celles-ci paraissent illimitées puisqu'il suffit de ponctionner tous les assurés sous contrrainte de la LAMAL en augmentant les primes d'assurance-maladie en fin d'année. Sans le moindre choix ou droit de recours !

Enfin, lorsqu'on connaît les milieux politiques  richissimes et cupides qui président aux destinées de SWISSTRANSPLANT, on ne peut qu'éprouver des doutes sur la qualité de leur altruisme et de la pureté de leur philanthropie.

Actuellement, bien que le commerce d'organes soit stricement interdit en Suisse, il est tout à fait possible de se procurer un organe, par exemple un rein, pour CHF 7500.- Et l'on suppose qu'on ne peut l'acheter à crédit. Ni de se le faire rembourser par sa caisse-maladie. Donc une pratique réservée aux richissimes "clients".  Cela existe bel et bien même si la transplantation elle-même n'est pas pratiquée - que l'on sache - en Suisse.

En revanche, il est loisible de léguer son corps à la Science tout en s'opposant formellement à ce que des organes en  soient prélevés pour entretenir ce commerce médical. La banalisation du don d'organes -même légal-  soutient activement ce singulier commerce international. Auriez-vous vraiment envie que l'on vous transplante un coeur de condamné à mort, exécuté en Chine, pour votre survie ? C'est ce que nous avons fait en rédigeant des directives anticipées dans ce sens. Par principe de précaution. Et nous laissons l'entière liberté à notre prochain de se déterminer comme il l'entend, sans porter le moindre jugement sur son choix. Seul le consentement supposé découlant du silence du donneur - de son vivant -  nous choque. (jaw)

Initiative populaire fédérale de Xavier Schwitzguebel dans le Genève Home Information (GHI):

 

donsorganesschwitzguebel.jpg

Les cueilleurs d'organes sont à l'affût...

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Commentaires

cette inititiative tombe on ne peut mieux beaucoup de veuves après en avoir parlé se sont demandé si le corps de leur défunt mari entreposé à la morgue était encore entier,mais il ne vient à l'idée de personne de vérifier dans ces moments là et pourtant!Alors oui monsieur Xavier Schwitzguebel si c'est pas un canulard , vous avez entièrement raison

Écrit par : lovsmeralda | 20/04/2011

"Sauver des vies!" est un slogan merveilleux à l'oreille. Correspond-il à la réalité? En fait, on ne fait que prolonger des existences, ce qui réduit fortement l'impact d'un tel acte.
Il est important aussi de considérer la qualité de la vie et l'autonomie de la personne. Une greffe d'organe rend le bénéficiaire très dépendant de tout un processus médical.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 20/04/2011

Vous avez raison Mme de Meuron. Il vaut mieux que les gens crèvent plutôt qu'ils soient dépendants d'un processus médical...

Ce n'est pas avec vos racines de trèfle à quatre feuilles que vous allez sauver la vie de personnes qui ont besoin d'une greffe pour survivre.

Écrit par : André Baldini | 20/04/2011

@Marie-France de Meuron ,le débat des pour ou contre risque d'être long,simple constat d'un patient très proche ayant de lui-même refusé une greffe,car l'accueil qui lui fut réservé dans un hopital universitaire et bien suisse fut:vous faites un très bon sujet,le patient décédé trois années plus tard et ayant travaillé toute sa vie dans les soins rentra dégouté des médecins devenus pour beaucoup trop scientifisés et ne voyant que le rendement en lieu et place de la santé du patient,il mourut mais opéré tout de même après 20 ans de maux insoutenables et pour lui et les siens, d'une péritonite aigüe,déjà bien comateux au portes de la vie qui se terminait enfin après un acharnement digne de l'apocalypse nous étions en 1996,beaucoup de gens signent Exit pour éviter à leurs descendants de revivre un calvaire plus proche de l'enfer que du paradis
bonne journée à vous Madame
quand au tréfle dont parle le commentaire précédent le mien ,il porte aussi bonheur!

Écrit par : lovsmeralda | 21/04/2011

Si cette initiative est acceptée par le peuple et les cantons, je mange mon chapeau. Cela dit, la campagne autour de cette initiative permettra de mettre en évidence l'affairisme de "Swisstransplants", comme le fait déjà ce billet...

Écrit par : Géo | 21/04/2011

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