03/06/2011

Genevois en meilleure santé grâce à la Prohibition ? Du pipeau ! réplique un iingénieur

palmerberndpix.jpgUn ingénieur de l'EPFZ, Bernd Palmer (photo), membre des Dissident(e)s de Genève (DDG), rompu aux arcanes des statistiques, réfute avec vigueur  le rapport du Dr Humair et all. selon lequel l'interdiction de fumer dans tous les lieux publics à Genève aurait eu une influence bénéfique sur la santé de nos concitoyens. Il conteste aussi de front les pourcentages avancés par les auteurs du rapport qui n'avait fait, jusquici, l'objet d'aucune réserve ou critique ! La "déconstruction" du rapport commandé par l'Etat de Genève aux HUG pour prouver que la loi anti-fumée 'était opportune et légitime est compréhensible pour le lecteur profane. Les points faibles dudit rapport, dont les auteurs ont été chaleureusement félicités il y a quelques jours lors d'une conférence de presse ad hoc par Pierre-François Unger, Chef du Dpt DARES, sautent aux yeux en lisant attentivement, point par point, la réfutation d'un opus "politique" par excellence. Nous vous proposons de lire la critique de Bernd Palmer ci-dessous puis de poursuivre votre lecture sur le site des DDG où il paraît simultanément, avec arguments, statistiques et graphiques à l'appui. Ca vaut vraiment le détour pour celui qui ne souhaite pas gober tout cru les semi-vérités que lui débitent les média en omettant trop souvent d'utiliser le conditionnel face aux "vérités d'Etat"...


Deconstruction de l'ETUDE D’IMPACT DE L’INTERDICTION DE FUMER A GENEVE SUR LES HOSPITALISATIONS ET L’EXPOSITION DE LA POPULATION A LA FUMEE PASSIVE.

- par Bernd Palmer , ing. diplômé EPFZ -

iStock_000014632404XSmall.jpgOn pouvait s'y attendre: des études sur la nocivité de la fumée passive allaient être publiées pour marquer la Journée sans tabac. Manque de nouvelles, l’étude de l’Hôpital de Coire (GR), vieille d’un an, a refait surface dans presque toute la presse suisse.

Genève ne pouvait pas être en reste, vu que l’interdiction de fumer dans les lieux publics est entrée en vigueur il a plus d'un an. Ca y est, le 25 mai 2011, une ETUDE D’IMPACT DE L’INTERDICTION DE FUMER A GENEVE SUR LES HOSPITALISATIONS ET L’EXPOSITION DE LA POPULATION A LA FUMEE PASSIVE, sur mandat du Département des affaires régionales, de l'économie et de la santé, voit le jour. Comme par hasard juste à temps pour donner un peu de nourriture à cette grande fête mondiale de la Journée sans tabac. Et comme par hasard, les résultats vont apparemment (!) dans le sens de la décision politique de la République et canton de Genève et justifient l’interdiction de fumer dans les lieux publics ... pour des raisons de santé.
Je dis apparemment, car un résultat bien caché nous apprend que le nombre d’accidents vasculaires cérébraux (AVC) a augmenté chez les résidents genevois.

On observe une tendance à l’augmentation des hospitalisations pour AVC ischémique [= accident vasculaire cérebral] surtout chez les résidents genevois. Ce résultat n’est pas attribuable à l’interdiction de fumer mais s’explique par la tendance séculaire à l’augmentation des hospitalisations pour AVC en Suisse, qui est de 8% entre 2005 et 2009.

Elle est due à quoi, cette augmentation, si on ne peut pas la mettre sur le dos de la fumée passive ?

Notez le bien : chez les résidents genevois, le nombre d’accidents vasculaires cérebraux a augmenté depuis l’interdiction de fumer !

F
aute de disposer des statistiques détaillées des HUG, les DDG se sont procuré les chiffres sur les causes de décès publiés par l’Etat de Genève. Malheureusement ses statistiques sont à la traîne et s’arrêtent en 2008. Mais cela nous suffit largement pour mettre en question la pertinence de l’étude de J.-P. Humair et al.

Notez que les chiffres de l’étude ne sont pas directement comparables aux chiffres des statistiques. Dans le premier cas il s’agit d’hospitalisations, dans le second de décès (même en dehors de l’hôpital).  Les chiffres ne couvrent pas exactement les mêmes diagnostics dans les deux cas.
Ce qui ressort surtout, c’est la grande variabilité d’année en année et la tendance à la baisse.

Extrait de l’étude :

L’étude hospitalière a analysé les hospitalisations aux Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG) pour syndrome coronarien aigu, accident vasculaire cérébral ischémique, exacerbation de broncho-pneumopathie obstructive chronique, pneumonie et asthme aigu durant 2 ans précédant le RALIF et 14 mois après l'entrée en vigueur de la LIF et du RIF.

Pour tout statisticien qui mérite ce nom, c’est le drapeau rouge : une comparaison de simplement deux points (avant et après) pour en déduire une tendance est une erreur à ne pas commettre.

Déconstruction

Nous allons par la suite déconstruire cette étude en deux parties :

•    Les maladies cardiaques
•    Les maladies de l’appareil respiratoire

Les maladies cardio-vasculaires

L’étude hospitalière démontre que l’interdiction de fumer dans les lieux publics à Genève est bénéfique pour la santé. Elle est associée à une diminution de 7% des hospitalisations de résidents genevois pour syndrome coronarien aigu (SCA).

Les auteurs admettent :

Cette baisse [de 7%] n’est pas statistiquement significative en raison de la puissance insuffisante de l’étude.

Lisez : le résultat ne permet pas d'affirmer une diminution du risque. Avec la même probabilité de tomber juste, on pourrait associer une augmentation que les hospitalisations

Note : il y a une différence de méthode diagnostique entre infarctus du myocarde aigu et syndrome coronarien aigu, les deux ne sont pasà confondre .

Le diagramme suivant, tiré des statistiques de l’Etat de Genève, montre le nombre de décès dus aux cardiopathies ischémiques (ensemble de troubles ou maladies consécutives à un arrêt ou une réduction de l’irrigation sanguine du muscle cardiaque), maladies dont le syndrome coronarien aigu et l’infarctus du myocarde mentionnés dans l’étude font partie.

Notez bien que ce diagramme ne couvre pas la période après l’entrée en vigueur de l’interdiction de fumer en septembre 2009. Peu importe pour notre déconstruction de l’étude des HUG ; nous ne contestons pas les chiffres, mais les méthodes et les conclusions.

Suite et fin de la "déconstruction" du Rapport Humair et all.+ réactions des medias en Suisse romande

04:16 | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : fumée, santé, rapport, humair, palmer | |  Facebook

Commentaires

Votre expert est à ma connaissance ingénieur en ingénerie électrique. Si je m'abuse, faites le moi savoir.

Écrit par : CEDH | 03/06/2011

@CEDH
Comme vous me demandez de vous transmettre une information,- ce que je ferai volontiers - il m'importe de savoir à quel destinataire je dois l'adresser. Le seul acronyme CEDH que je connaisse correspond dans mon esprit à la Cour européenne des droits de l'Homme. C'est bien de cette institution qu'il s'agit ?

Au passage: savez-vous ce que l'Académie des Sciences répondait à Louis Pasteur quand il a émis l'hypothèse qu'il existe des microbes pathogènes et que la "génération spontanée" était une théorie fausse ? "- M. Pasteur, vous n'êtes que chimiste et non médecin ! Quand on les verra, vos microbes, on y croira ! Hi ! Hi !"

J'attends donc de connaître votre identité pour répondre à votre requête.

Écrit par : jaw | 03/06/2011

Monsieur jaw,

En Suisse et contrairement à ce qui est en France, CEDH ne désigne pas la Cour européenne des droits de l'homme mais la Convention européenne des droits de l'homme (et des libertés fondamentales). Dans la mesure où les textes n'écrivent ni ne parlent, il ne saurait guère y avoir de confusion.

Comme vous le constaterez en me relisant, je ne vous ai posé aucune question. J'ai affirmé en vous laissant la possibilité de contester. Vous ne l'avez pas fait. Mon allégation est donc exacte, l'expert par vous choisi est donc ingénieur en électricité.

Relevez que je n'ai pas pris parti sur les commentaires que vous avez fait sur les travaux que vous contestez. Et c'est bien volontiers que je vous concède qu'un médecin n'a pas nécessairement plus de compétence en le domaine que peut en avoir un ingénieur en électricité. La compétence de chaque individu doit être examinée individuellement. Quoiqu'au fond, il me semble plus sain d'examiner les arguments de chacun.

A s'en tenir au passage suivant, par vous cité, il y a de quoi être édifié.

"Cette baisse [de 7%] n’est pas statistiquement significative en raison de la puissance insuffisante de l’étude.

Lisez : le résultat ne permet pas d'affirmer une diminution du risque. Avec la même probabilité de tomber juste, on pourrait associer une augmentation que les hospitalisations.",

On peut, en effet, en conclure :

1. Humair affirme que son étude ne vaut pas grand chose.

2. L'affirmation de l'ingénieur en électricité, en tant qu'elle se base sur la seule base du premier paragraphe ("Cette baisse [de 7%] n’est pas statistiquement significative en raison de la puissance insuffisante de l’étude."),
affirmation selon laquelle : "Avec la MÊME probabilité de tomber juste, on pourrait associer une augmentation des [que les] hospitalisations.", est erronée.

"Avec une probabilité de tomber juste GUÈRE PLUS FAIBLE, on pourrait associer une augmentation des [que les] hospitalisations", serait plus exact.

3. Il serait plus honnête d'indiquer quelle est cette probabilité (aussi proche de 1/2 soit elle) et de laisser chacun juge quant à savoir s'il veut en tirer des conséquences ou non (et lesquelles), dès lors que l'on a bien compris qu'Humair veut en tirer des conséquences et que vous vous ne le voulez pas.

Écrit par : CEDH | 04/06/2011

@CEDH
Les chiffres en question (risques relatifs) émanent du domaine des mathématiques statistiques et ne correspondent pas à des valeurs mesurables.

Le risque relatif mentionné dans l'étude, 0.93 (CI 95% 0.82-1.05), signifie qu'on est sûr à 95% que le risque relatif est entre 0.82 (-18% ) et 1.05 (+5%). Dans cet intervalle, aucune des valeurs n'est plus correcte qu'une autre, il s'agit d'estimations statistiques.

Écrit par : Bernd Palmer | 04/06/2011

@ Bernd Palmer

Je vous remercie de votre intervention. Afin d'éviter toute contestation sur mes sources, pourriez-vous me donner un lien relatif à cette "étude HUMAIR". J'ai, en effet, décidé de lire cette étude.

En attendant le résultat de l'étude que vous m'avez communiqué ne permet pas de départager les deux allégations suivantes.

"Avec la MÊME probabilité de tomber juste, on pourrait associer une augmentation des [que les] hospitalisations.".

"Avec une probabilité de tomber juste GUÈRE PLUS FAIBLE, on pourrait associer une augmentation des [que les] hospitalisations".

Écrit par : CEDH | 04/06/2011

Je vois que mes deux derniers commentaires manquent à l'appel : deux réponses à CEDH pour lui expliquer quelques bases de l'épidémiologie.
Comment voulez-vous maintenir une discussion sous ces conditions?

Écrit par : Bernd Palmer | 06/06/2011

@CEDH
Intervalle de confiance est l'intervalle à l’intérieur duquel peut se situer la vraie valeur du risque. Un IC de 95% signifie que la vraie valeur (statistique) se situe avec 95% de chance à l’intérieur de l'intervalle.

En d’autres termes, pour le résultat de cette étude 0.93 (CI 95% 0.82-1.05) une diminution de 18% n’est pas statistiquement différente d'une augmentation de 5%.

Le rapport d'impact se trouve ici:
http://ge.ch/dares/SilverpeasWebFileServer/LIF-etude_impact.pdf?ComponentId=kmelia1054&SourceFile=1306747969198.pdf&MimeType=application/pdf&Directory=Attachment/Images/

Écrit par : Bernd Palmer | 06/06/2011

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