01/10/2011

Elections: comment émerger du troupeau

iStock_000016108538XSmall.jpgEn démocratie, le seul match dont le résultat influe sur la vie quotidienne de chacun d'entre nous, c'est aux élections qu'il se joue. Nos petits paons font donc la roue à qui mieux mieux et rivalisent d'ingéniosité pour séduire cette abstraction lointaine qu'est "le peuple", masse informe et manipulable dont on sollicite soudain l'affection avec insistance.


iStock_000012752448XSmall.jpgCet évanescent "peuple", au nom duquel une minorité de dominants impose sa volonté, comprend-il vraiment les subtilités du système proportionnel en vigueur pour l'élection au Conseil national ? Sait-il vraiment ce qu'est le latoisage, le panachage, le cumul et un apparentement de listes? Connaît-il vraiment les distinguos qui séparent les catéchismes discordants de la quinzaine de partis politiques en lice ? Gobe-t-il servilement le fatras d'arguments qu'on lui sert sur les plateaux de télé ?

A l'inverse, dans certains pays qui nous entourent, pour avoir le sentiment de participer à l'activité démocratique, il suffit au citoyen de plébisciter tel(e) ou tel(e) candidat(e) à la Présidence face à un choix binaire. Comme au casino: rouge ou noir.  Le Parlement ? Une chambre d'enregistrement plébiscitant servilement tous les projets de lois proposés par le parti majoritaire.

En Suisse comme ailleurs, c'est pourtant le même levier psychologique qui détermine avant tout le choix de l'électeur: l'émotion. Et non l'intelligence et le discernement. A la différence que chez nous, nous avons un réel choix et que le gouvernement fédéral - et son administration - sont placés sous la tutelle d'un Parlement doté de pouvoirs réels et même, parfois sous la tutelle...dudit peuple.

Les Partis politiques usent et abusent du  levier de l'émotion (notamment la peur)  en nous inondant de leurs slogans simplistes. Celui-ci prétend défendre "la famille" . L'autre "l'égalité". Le troisième: la liberté. Cet autre promet plus concrèrement des "logements pour tous, sans privilèges" (Hi ! Hi !), ce dernier une "baisse d'impôts".

Qui peut encore croire ces hérauts vociférants  car, c'est bien connu de Duraton: "Ils font quand même ce qu'ils veulent" ?

Pour faciliter le choix des électeurs, radios, télés, presse, affiches, tracts, flyers, lettres personnelles, "happenings" sur la voie publique, déversent des torrents d'arguments pour capter les suffrages, comme d'autres vont à la pêche au gros.

Ce grand bazar atteint son acmé tous les quatre ans chez nous à la faveur des élections aux Chambres fédérales.

facebook227.jpgluschersite.jpgCette année, les plus rusé(e)s des candidat(e)s exploitent à fond les réseaux sociaux et l'Internet. Le candidat genevois en vue du PLR, Christian Lüscher, est le champion dans cette catégorie. Bien de sa personne, excellent debatteur, avocat à succès,  il multiplie ses messages personnels sur Facebook et sur Google, même si, au Conseil national, il lui arrive de lâcher une sottise vénielle par inadvertance: "Quel est l'intérêt d'un homme de vouloir faire des enfants lorsqu'il sait que, sauf s'il a l'accord de sa femme, jamais l'enfant ne pourra porter son nom? " Les féministes n'ont pas relevé ce dérapage...

Voilà donc un candidat qui veut labelliser son patrimoine génétique à son nom. Pourquoi pas si une telle profession de foi plaît à ses électrices et lui apporte des voix  ?  Vous souhaitez en savoir davantage sur ce candidat omniprésent que son déodorant n'a pas lâché:-) ? Il suffit de consulter son site personnel esthétisant, lisse et propre, léché,  qui énumère ses réponses à un long auto-interrogatoire. Encore faut-il trouver ledit site  sur la Toile et y consacrer une soirée à sa lecture . Il a pourtant coûté CHF 15'000.- à son bénéficiaire. Le Temps nous apprend aussi que c'est le premier candidat à utiliser la publicité Google et que : "Ce visuel inédit qui fait jaser à Genève: sur un dégradé bleu, le bellâtre du National au premier plan, l’air sérieux ". L'opus est de la main de l'agence ENIGMA.

La gauche démocratique, au pouvoir en Ville de Genève, recourt parfois à un stratagème ingénieux mais controversé: le détournement de fonctionnaires. C'est du moins ce dont est accusée Sandrine Salerno, conseillère administrative de la Ville de Genève. Le moment de stupeur passé, n'est-il  pas  plus civique, à la réflexion, d'être un fonctionnaire activiste dans la propagande partisane que de fabriquer des cocottes en papier ? En outre, Sandrine Salerno dispose de sa Pravda "Vivre à Genève"(Cf.page 14 et ss) pour écrire aux frais des contribuables, ses lecteurs captifs: "Genève grandit et contribue à fragiliser l'économie mondiale.Beau résultat".

La riposte à cette propagande litigieuse fut immédiate.

Test 2.jpgDans un genre plus percutant et abouti, il faut mentionner le video-clip très original et inédit de Céline Amaudruz (32 ans), Présidente de l'UDC-Genève, députée au Grand Conseil et cons. municipale de Puplinge (GE). La jeune et bouillonnante candidate caracole vers Berne en écoutant les doléances du peuple en matière d'insécurité urbaine. Vaut le détour !

Son aisance dans ses rapports avec les medias ne peut que servir ses ambitions.


Le succès ou l'échec d'un(e) candidat(e) est-il fonction des fonds investis dans sa publicité personnelle ?  De ses discours et de ses actions dans le champ social ? De la blancheur de ses dents ? De son allure, de son bobine, de sa voix, de ses gestes ou de ses seuls arguments ? Bien mâlin qui le dira.

Ce qui est sûr, c'est que son "look", ses affects, ce qu'il ou elle dégage,  jouent un rôle aussi important que son appartenance politique, son choix des priorités, la sincérité de son argumentation et de ses convictions.

Avec J.-J.  Rousseau, admettons pourtant qu'on a encore rien trouvé de mieux que le peuple  - principal inconvénient de la démocratie - pour choisir ses autorités.





 

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Commentaires

Effectivement, le candidat Lüscher a beaucoup de prestance, d'allure et du bagou. Mais je préfère le style de Mme Amaudruz quand elle conclut: "Je DOIS aller à Berne!"

Nous l'y aiderons car elle paraît décidée à ne pas se laisser marcher sur les pieds !

Dommage qu'on ne sache pas grand chose sur sa biographie...

Écrit par : Wanda Berlinger | 02/10/2011

Merci pour cet excellent "billet d'humeur" très pertinent. Cela fait du bien de lire comment vous alliez la sensibilité à la rationalité. Vous passez aussi très aisément de la vue du scorpion - avec des détails très précis - à la vue de l'aigle qui voit le tout d'un seul regard.
Bon dimanche à vous!

Écrit par : Marie-France de Meuron | 02/10/2011

Sa biographie est accessible sur son site. Je viens de la lire ici:

http://www.celine-amaudruz.ch/article-je-m-appelle-celine-amaudruz-mais-ce-n-est-pas-tout-74608875.html

Écrit par : Henriette Mardelle | 03/10/2011

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