05/11/2011

Europe: la peur des peuples libres habite Sarko

swissflag100.jpg-sarkozy-cigare-736239.jpgVous êtes un Suisse et vous n'avez pas l'accent suisse !

Parmi les marques d'inculture de nos grands voisins, cet objet de leur étonnement est un classique. Ils ignorent que "l'accent suisse" n'existe pas et que nous nous appuyons non pas sur la "diversité" d'anciennes colonies mais bien sur la pluralité  de nos régions linguistiques. Ils ouvrent des yeux en boules de loto dès qu'on leur explique nos quatre cultures et nos 26 Etats et demi-Etats, tous  jaloux de leurs prérogatives au point de ne céder que parcimonieusement des miettes de pouvoir au gouvernement central de la Confédération.

- Votre capitale, c'est Zurich ou Genève ?

Là, il faut expliquer que la Suisse n'a pas de "capitale" mais tout au plus une Ville fédérale: Berne. Puis vient l'inévitable question sur "le Président". Comment éviter le trop latin primus inter pares qui ne ferait qu'ajouter à la perplexité de nos interlocuteurs français ? Je me contente donc d'un:

- Le Parlement en élit un nouveau chaque année.

- Et votre référendum d'initiative, c'est quoi au juste ?

-C'est comme votre gruyère d'emmental, une contradiction dans les termes !

Et nous voici sur le point de dispenser un cours de science politique improvisé sur un plateau de la chaîne de télé Antenne 2 à Paris au terme d'une émission. Nous sommes au début des années 1980. Tel un rare spécimen d'une tribu exotique, je dois satisfaire la curiosité émerveillée des cadreurs, maquilleurs, éclairagistes, assistants de plateau,régisseurs et cablemen. De la Suisse, ces gavés de stéréotypes ne connaissent que les banques, le chocolat et les horloges à coucous.


questionmarkguy.jpgLa tâche pédagogique est lourde.

A une autre occasion, à l'Hôtel Meurice où j'ai l'honneur de figurer parmi ses invités, lors dune conférence de presse, Raymond Barre, alors Premier ministre, est surpris quand je l'assure qu'en ville de Genève, il suffit de réunir 4000 signatures pour qu'un arrêté municipal voté par les autorités soit soumis au scrutin populaire. Et que la décision populaire est décisive et impérative. Et qu'il est même possible au peuple de lancer une initiative municipale dès lors qu'elle est compatible avec le droit supérieur.

L'idée même que le peuple puisse détenir en permanence des instruments juridiques capables de désavouer et de mettre les autorités élues en échec, est inconcevable à l'âme française. Il en va de même du fédéralisme et des droits populaires aux niveaux fédéral, cantonal et, parfois, municipal. Il faut être né en Suisse pour y croire...et oublier bien vite ce privilège.

Peut-être que nos amis français en sont-ils restés au stade anal freudien... si un tel concept recouvre vraiment une réalité  ? Pour éprouver la joie secrète d'être gournernés et protégés, il leur faut quelques Louis, un ou deux Napoléon et même un Sarko en prime. C'est à dire un père protecteur, une sorte de dieu patrimonial terrestre, ou deus ex populo paré de tous ses oripeaux et même d'un avion présidentiel pour faire bon poids. Ajoutez-y quelques gardes républicains, des fanfares, des drapeaux tricolores, un slogan libertaire, egalitaire et fraternitaire, la chaumière sublime de l'Elysée et la Marseillaise orchestrée par Berlioz et vous avez là les accessoires nécessaires à  une farce démocratique durable.

blabla.jpgDans cette République voisine où le Verbe tient lieu d'action, le peuple a toujours compté "pour beure". Certes, on le convoque tous les cinq ans pour élire un parlement-croupion mais cette élection ne précède pas mais est postérieure au choix prioritaire du chef de la fourmilière. Le mâle dominant qui dirigera la meute se choisit en deux tours de scrutin. Puis on procède comme au casino, au second tour: noir ou rouge. Il arrive que de telles joutes émerge un petit homme épris de grandeur, juché sur ses talonnettes.

Le 29 mai 2005, le peuple français, imprudemment consulté, a répondu NON à la question référendaire suivante:

- Approuvez-vous le projet de loi qui autorise la ratification du traité établissant une Constitution pour l'Europe ?


puppet.jpgQu'à cela ne tienne ! Il a suffi alors au Président d'admonester son peuple rétif et de transmettre la même question à des interlocuteurs plus dociles et complaisants: les parlementaires de l'Assemblée nationale, Chambre d'enregistrement prompte à approuver servilement la politique du  parti majoritaire.Le Sénat ? Bof! Il est prévu qu'il n'ait jamais le dernier mot.  Ce détournement de la volonté populaire est pourtant parfaitement conforme au droit constitutionnel français. Le discours du chef de meute, fût-il gâteux (Pétain),  distrait (Félix Faure privé de sa connaissance) ou tombé du train (Deschanel) est sacralisé. Quant à la justice, elle est  si indépendante qu'elle est  à la botte du Garde des Sceaux. Affaires classées par opportunisme, procès "délocalisés", juges trop curieux révoqués, non-lieux à la pelle, prescriptions, tout est mis en oeuvre pour protéger le pouvoir, y compris les enquêtes fiscales et écoutes téléphoniques illégales des journalistes trop bien informés.   Un système de gouvernement, pour républicain qu'il se proclame, demeure fort semblable, en somme,  à celui en vigueur au Kremlin jadis. Seule la diversité d'une presse critique et prolixe permet au système de fonctionner sans que le couvercle de la cocotte-minute ne percute le plafond. Autre instrument de catharsis nationale: la grève ..en lieu et place de la négociation permanente entre "partenaires sociaux".

Tout cela est bien connu et crève les yeux des Suisses depuis longtemps, me direz-vous. Certes mais le système français vient de passer le mur de l'indécence en poussant le mépris du peuple et des autres Etats à un niveau encore jamais atteint...

La France et l'Allemagne et leurs pâles Etats-suiveurs de l'Europe soi-disant unie avaient cru que l'insolvable Grèce avait accepté sans coup férir le remède de cheval imposé par ces puissances étrangères. Le madré Papandréou avait semblé prêt à déglutir la potion amère. C'est qu'il n'avait pas encore joué son cheval de Troie: l'annonce, à l'impromptu, d'un référendum populaire ! Quoi de plus légitime que de consulter le peuple, au pays qui accoucha de la démocratie, avant d'appliquer une décision d'une telle importance ?

Tempête dans les chancelleries, protestations outrées des "partenaires" et mise en accusation publique du fantasque chef d'Etat grec, accusé de sournoiserie, de félonie et d'abus démocratique.

Depuis quand les démocraties devraient-elles avoir peur du peuple ?

bootonworld.jpgLa France ne se pose pas cette question. Le peuple n'est qu'un mal nécessaire qu'il s'agit de vaincre pour se hisser au pouvoir.

L'un des maîtres de l'Union européenne, fragile échafaudage en voie de déconstruction, utopie fraternelle financée par une monnaie de singe, allait s'en prendre ensuite à un autre Etat-nation rétif: la Suisse et sa minuscule annexe, le Lichtentstein. Le grief: la Suisse possède encore dans sa législation le principe du "secret bancaire". Un secret dont la portée à été considérablement réduite sur le plan international en raison d'un chantage permanent de l'Union européenne. Il est vrai que des sociétés et des citoyens étrangers avaient eu jusqu'ici la bonne inspiration d'apprécier les services efficaces et discrets de la place financière suisse. La police fiscale suisse n'a pas coutume de fouiller le tréfond des poches de la population. 

En Suisse, les citoyens ne sont pas a priori  perçus par les autorités comme autant de fraudeurs fiscaux, receleurs ou tirant leurs revenus d'activités honteuses. La présomption d'honnêté fiscale prévaut et fait partie de la culture helvétique.

Nos autorités ont donc dû passer sous les fourches caudines  d'Etats étrangers ou d'organisations telle que l'OCDE pour calmer les pontes de régimes à fiscalité confiscatoire, telle que la France. Berne a signé avec trente pays des conventions contre la double imposition (CDI) exigées par les courroucés. Elle a  conclu des accords de type RUBIK avec l'Allemagne et la Grande-Bretagne. Ces derniers prévoient la rétrocession à ces deux pays d'un impôt anticipé prélevé sur les dépôts de fonds étrangers dans nos banques suisses. Le nom des déposants est ainsi protégé et les deux pays précités encaisseront une manne qui leur échappait jusqu'ici. Un troisième accord, avec la France cette fois-ci, serait sur le point d'être signé.

blackmail.jpgFaut-il vraiment poursuivre sur cette voie avec la France, République qui pratique le chantage sur de petits pays tels que la Grèce et la Suisse ? Et qui pousse l'outrecuidance jusqu'à recourir au chantage et au  recel de données bancaires volées dans nos banques par ses ressortissants ? Le cas de l'employé félon au siège de la filiale genevoise de la HSBC est encore dans toutes les mémoires. Non, la France ne mérite plus qu'on passe un accord de type Rubik avec elle après qu'elle a diffamé la Suisse une fois de plus.

Après les avanies et insultes de Sarkozy envers la Suisse au G20 de Cannes, nos Chambres fédérales feraient bien de réfléchir avant de ratifier un tel accord avec la France. Cela, d'autant plus que le prétendue Europe unie exige maintenant de la Suisse qu'elle adopte automatiquement, sans l'avis de notre  Parlement et de notre peuple souverain, toutes les législations imposées par Bruxelles à ses propres Etats-membres !

L'OCDE elle-même, choquée par les propos de Sarkozy, confirme - s'il en était besoin - que "«La Suisse n’est pas un paradis fiscal»

ueflagdestroyedworst.jpgAu moment où l'échafaudage bancal de l'UE est sur le point d'être amputé (dans le meilleur des cas) ou d'imploser, où l'on parle d'un retour à la drachme, au Deutsche Mark et au franc (1 Français sur trois, selon un sondage !),   il est temps de rappeler que nous ne sommes point membre de leur singulier Club et que nous n'avons nulle intention d'y adhérer jamais. Le spectacle de leur gâchis nous donne la nausée. L'imposture est démasquée. La Suisse n'a jamais été dupe de leur utopie onirique. La Suisse a dit NON en 1992 à l'invitation pressante d'entrer dans l'anti-chambre (EEE) de l'Union européenne, cela par crainte de ne jamais pouvoir s'en extirper si l'aventure devait mal tourner. Elle ne peut que s'en féliciter à ce jour. Nous avons ainsi échappé à la machine à broyer la prospérité et la paix sociale.

Le moment est venu de démontrer que la Suisse n'est pas une île sauvage mais bien une heureuse oasis multiculturelle, démocratique, accueillante aux étrangers (22 % !) et ouverte au monde depuis plus d'un siècle,  au centre d'un continent frappé de déraison. Et que, selon un proverbe chinois, "il faut que le moyeu soit vide pour que la roue puisse tourner."

La Suisse ? Un pays dont les autorités n'ont pas pas peur de leur propre peuple qui les a fait rois.

Soyons en fiers avant que "l'Europe" ne confisque ce qui nous reste de notre souveraineté,de notre prospérité, de nos libertés et de nos privilèges civiques.

Le Minotaure rôde à nos portes.  (jaw)


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du 6 novembre 2011

 


Le Journal du Dimanche: "Les paradis fiscaux toujours au purgatoire"

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RSR 1 - Forum: "Nicolas Sarkozy veut à nouveau la Suisse sur la liste grise des paradis fiscaux"

 


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Commentaires

Ha, que voilà un bon article, clair et instructif!
Bravo Monsieur, et bon dimanche!

Écrit par : Lulu Berlue | 06/11/2011

Oui, interessant point de vue, et pas mal éclaircissant
Et vous en avez des idées ou des textes, aussi critiques sur la suisse et son systeme banquaire?
Autant l'un que l'autre m'interesse !
bonne soirée

Écrit par : Oui | 06/11/2011

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