30/03/2012

La carpe, le lapin et...le goupillon: partouze létale ?

trioblackpix.jpgLe mariage de la carpe et du lapin se complique par  l'immixtion du goupillon. Ce singulier ménage à trois, pour avoir refusé le secours d'un voisin obligeant mais jugé peu fréquentable, nous  réserve des ébats houleux.

Chacun aura reconnu dans la métaphore les deux composantes du PLR et le PDC, une Entente ainsi revue et corrigée à laquelle il manque, pour être complète, le concours d'un Parti suisse historique: l'UDC.


On savait les libéraux de la rue des Granges prompts à faire la petite moue face aux "choucrouteux radicaux" et plus réservés encore à l'encontre de ceux qui allaient "prendre leur mot d'ordre" à Rome comme les communistes allaient prendre jadis le leur à Moscou. Désormais, ils pataugent dans la même bouillie composite.


Les premiers ingrédients ont formé une étrange émulsion, une fois la substance radicale ajoutée au mélange gélatineux, enrichi de quelques gouttes d'eau bénite pour former la quintessence alchimique tripartite de la politique genevoise.


Et c'est cette  potion à trois ingrédients qui est censée venir à bout du camp rose-vert à l'élection complémentaire au Conseil d'Etat (gouvernement) de la République et canton de Genève !

Ladite mayonnaise n'a pas pris.

C'était en effet sans compter la survenance d'un destrier monté par une blonde cavalière qui ne fait pas de quartiers...

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Par dessus monts et vaux, l'émissaire UDC
Son  alliance, en cadeau, au beau trio offrit.
Dédain, mépris, dégoût et petit air pincé
Elle reçut en retour du camp de nos aigris.

 

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OneFM : "L'UDC s'allie au MCG"

 

Voilà donc, en vers comme en prose ce qui Genève agite.

Les personnages de cette comédie ubuesque, à enjeu ministériel, apparaissent dans la distribution suivante...

Anne-Emery TORRACINTA
Députée au Grand Conseil (Parti socialiste 2005-2013)

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Perçue comme compétente, cette candidate au Conseil d'Etat, a baigné dans le combat socialiste depuis le bac à sable, élevée qu'elle fut par Claire Torracinta-Pache (sa mère, députée PS, elle aussi - 1985-1997) et par Claude Torracinta, son père, journaliste perçu comme trop progressiste par l'Establishment pour être nommé à la tête de la Télévision suisse romande, institution qu'il a marquée par son émission Temps Présent et où ses attitudes autoritaires lui valaient parfois de ses sociétaires le surnom de "Torranoïa". Chez les T, on pratique la politique en famille. Un peu comme chez les Knie. Souhaitons à la candidate de mieux gérer les affaires publiques que son père: à la tête de l'Hospice général, il a découvert, en cours de mandat, un trou de dizaines de millions de francs !  Nous sommes donc ici en présence d'une concurrente gavée de dogmes et d'idéaux généreux et altruistes dès le berceau. Rigide dans ses escarpins. Peu de charisme.  Pour favoriser la construction de logements pour tous à bon marché, elle préconise une politique de préemption des terrains communaux, alimentés par un futur et virtuel Fonds. Vite une loi ! Un voeu pie. C'est bien court. Soutenue par les Verts. N'a jamais exercé de mandat électif dans un Exécutif.

Pierre MAUDET
Conseiller administratif Ville de Genève (Exécutif), 34 ans.(Parti libéral radical -PLR)

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Capitaine à l'armée mais insubordonné: "Ueli Maurer (Conseiller fédéral, "ministre des Armées suisses) est le plus grand danger pour la Suisse". A le front de proposer un "Vrai Rapport", fort critiqué dans les media et les milieux de l'armée. Autoritaire: envoie ses agents de police municipaux coller des amendes sur le pare-brise de voitures de luxe appartenant à de généreux donateurs d'une oeuvre de charité qui tient son bal annuel. (Ils ne reviendront pas !) Peu de charisme. Ce jeune Zorro, souvent présomptueux, enivré par son  ambition, veut griller les étapes et ne s'étonne nullement qu'on lui demande s'il veut devenir conseiller fédéral. Très autoritaire, suffisant, voire cassant au besoin. Europhile chronique. Droit (dans le foin de) ses bottes. C'est là tout ce que le Parti libéral-radical (PLR) a trouvé pour remplacer des personnalités marquantes de l'Histoire de Genève, telles que Robert Ducret, Olivier Reverdin, Bauer-Lagier, Gilbert Duboule etc.

L'un de ces deux candidats (Torracinta/Maudet) aurait dû l'emporter haut-la-main à l'élection partielle au Conseil d'Etat (juin 2012) mais voilà qu'une fine stratège, la présidente de l'UDC-Genève, la jeune et blonde conseillère nationale Céline Amaudruz ( 32 ans)  vient bouleverser la donne en annonçant, contre toute attente, que son Parti fera cause commune avec le Mouvement des citoyens genevois (MCG - tendance populiste) et son bouillant président Eric Stauffer ! L'UDC, apparemment, en avait assez de jouer les sherpas pour le PLR et le PDC sans jamais obtenir la moindre contre-partie.

Consternation dans les rangs ! La rente de situation séculaire du PLR auquel s'accroche une remorque brinquebalante, celle du Parti démocrate chrétien (PDC), est directement menacée.

Eric STAUFFER
Député au Grand Conseil, fondateur et président du Mouvement des Citoyens genevois (MCG). Cons. administratif d'ONEX 48 ans

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Homme politique et leader naturel inné dans la mouvance du populisme, ce candidat n'a peur de rien et ne l'envoie pas dire. Beaucoup de charisme et sachant caresser l'électeur dans le sens du poil. Il dénonce les abus à tour de bras, qu'il s'agisse d'hyper-salaires abusifs versés à des directeurs de régies publiques (e.g. Services industriels de Geneve) ou d'attaquer la barbarie de Khadafi détenant des otages suisses à Tripoli. Courageux, parfois même à la limite du téméraire. Il a appartenu tour à tour au Parti libéral puis à l'UDC avant de lancer, avec un succès considérable, son MCG qui séduit de larges couches de la population genevoise, réputée frondeuse. Orateur aussi emporté que convaincant, il excelle à se mettre en scène et à coller à l'actualité lorsqu'il s'agit de défendre une cause ou de dénoncer des abus. Dans l'intérêt public.Son mandat à l'Exécutif de la Ville d'Onex (GE) aurait poli ses plus grossières aspérités sans entamer la combativité et la dégaine du personnage le plus connu de la République et Canton de Genève. Le MCG allié à l'UDC disposent donc d'un excellent candidat auquel il ne répugne nullement de descendre dans la rue à la rencontre directe du peuple qui l'a élu.

Laurent SEYDOUX
Conseiller administratif de Plan-les-Ouates (45 ans)

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Peu connu. Apparence sérieuse.  "Passe bien le tube" (caméra de TV). Sa nouveauté et celle de son Parti à Genève peuvent lui servir d'atouts.  Il se cite ainsi: " Ce qui est important pour moi en politique: le contact, l'échange et la solidarité avec les autres. Anticiper et réaliser. Ce qui me fascine chez les Vert'libéraux: La capacité d'être pragmatique et de proposer des solutions concrètes. Ce pourquoi je m'engage dans la vie: "Je m'engage pour donner ce que j'ai eu la chance de recevoir. Ma citation préférée: « Let it be » (The Beatles). Pourrait grapiller des voix chez les Verts, le PS, le PLR et le PDC puisqu'on ne le connaît pas au niveau de la politique cantonale.

 

Alexis ROUSSEL

Vice-président du Parti pirate

Juriste spécialisé en questions informatiques et réseaux sociaux

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Cet homme au sein d'un parti qui veut protéger la sphère privée, très menacée, et militer pour une société plus "ouverte et transparente" pourrait bien attirer de nombreux jeunes absentionnistes accros à l'Internet et aux réseaux sociaux. Le Parti pirate vient de remporter plusieurs sièges dans l'élection d'un Land allemand, à la plus grande surprise des autres partis. Si ce Parti parvient à mobiliser les jeunes absentionnistes, il pourrait siphonner des voix aux VERTS et au PS notamment. Sympathique, beaucoup de charisme et d'entregent. Ne se fait pas d'illusion sur l'issue de l'élection partielle. Comme un premier tour de psite pour les élections au Grand Conseil, àla proportionnelle, en 2013. A observer avec attention...


Voilà pourquoi le  PLR et PDC s'enfoncent ensemble inexorablement  vers une mort programmée. Ce mouton à trois pattes claudique "grave".

cible.jpgLe coup de boutoir du MCG soutenu par l'UDC pourrait même porter un coup fatal à leurs adversaires, surpris par cette alliance inattendue et durable.

Si le PDC refuse de pencher désormais vers une droite dure, "souverainiste, sécuritaire et euro-hostile",  il s'expose à coup sûr à une mort lente ou subite annoncée.

Le PLR était déjà en proie à une grave crise interne. A vouloir s'obstiner à limiter son alliance au seul PDC, il est responsable de l'effritement de son électorat... déjà fort maigre.

Le PDC et le PLR sont donc désormais placés devant des choix cornéliens, à défaut de quoi, lors des élections cantonales de 2013 (pour  les 100 députés au Grand Conseil  et les 7 Conseillers d'Etat), leur place sur l'échiquier genevois s'en trouvera réduite à une peau de chagrin.

Caveant consules ! La frange maudetienne du PLR et et les ouailles du PDC seraient bien inspirées de prendre conscience que les harmonies d'un quatuor sont plus agréables à l'oreille de l'électeur que les stridences d'un trio mal accordé et jouant faux.

Le coup d'archet staccato dont ils ont usé pour écarter l'UDC de leur stratégie imprudente, peut se révéler d'une grande portée... (jaw)

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24/03/2012

Le Parti pirate de Genève a choisi son candidat au Conseil d'Etat

partipiratelogo.pngLes principaux médias n'ont porté aucun intérêt au Parti pirate de Genève qui a désigné son propre candidat au Conseil d'Etat, à la faveur de l'élection partielle, suite à la démission de Mark Muller.

Nous avons eu le plaisir et l'honneur de pouvoir assister à l'AG de ce nouveau Parti qu'il serait imprudent de railler et de rejeter d'un revers de main...

Nous en disons davantage sur le site des Dissident(e)s de Genève (DDG):

alexis.jpg"(jaw/DDG) Les délégués du Parti pirate (section genevoise), réunis le 24 mars 2012 en assemblée générale, ont décidé de présenter un candidat à l'élection partielle au Conseil d'Etat de juin prochain, à la suite de la démission de Marc Müller (PLR).  Leur choix s'est porté sur Alexis Roussel, actuel vice-président de la section genevoise du Parti pirate (Photo PP/DR)

Le nouveau Parti pirate suisse compte 1800 membres et a déjà remporté de beaux succès, notamment à Fribourg (4 % des suffrages aux élections fédérales) et une forte implantation en Suisse alémanique. Parmi ses buts et idéaux figurent ceux d'une "société ouverte et transparente" ainsi que la "protection de la sphère privée" et, de manière plus générale, la défense des libertés.

Ses militants, dont de nombreux spécialistes universitaires de haut vol en informatique, s'opposent aux législations telles que l'HADOPI (France) ou à l''Accord commercial anti-contrefaçon (ACTA).

Des délégués du Parti pirate ont été reçus récemments par la Suiza pour discuter de la nouvelle donne en matière de copyright face aux derniers développements technologique en matière de télématique...

Parmi ses préoccupations, le Parti pirate avait abordé, lors de son dernier Congrès à Visperterminen (VS) la question du "revenu de base" ("Grundeinkommen"), sans adopter de position officielle en la matière. En revanche, le Parti pirate s'est déclaré opposé au "managed care" en matière de santé publique. Il s'agit d'une modification de la loi sur l'assurance-maladie (LAMAL), défendue par le Conseil fédéral, qui pénaliserait financièrement ceux des patients qui refuseraient la nouvelle norme, à savoir d'entrer dans un "réseau de soins" en renonçant à leur libre choix de son médecin.

Le Parti pirate de Genève a aussi évoqué un projet de pétition concernant les intérêts du personnel des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), dans le sillage de déclarations récentes controversées de son directeur, Bernard Gruson, désireux d'appliquer désormais une politique de "discrimination positive" en faveur de cadres de nationalité suisse.

 

Le Parti pirate progresse en Allemagne

 

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Notre commentaire DDG ici

22:51 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique, élections, genève, conseil d'etat | |  Facebook

18/03/2012

Catastrophes: mode d'emploi

rotativespapier.jpg- Moi, je me tape deux cimetières par semaine: Ce qui prime, c'est la photo de la victime, celle de l'amant, du chien et de la maison. A partir de là, nous proposons une explication psychologique du drame, sur la base des infos de la police et de notre propre enquête exclusive de proximité.

Cette singulière et mémorable confidence, je l'ai recueillie au milieu des années 1960 à Paris, dans un bistrot, Rue du Fbg St-Honoré, de la bouche d'un journaliste, auto-proclamé spécialiste des crimes passionnels pour l'hebdomadaire Détective.

- Même que la semaine passée, dans une ferme du Cantal, j'ai interviewé le veuf de l'aubergiste ardente, assassinée par son deuxième amant, le boulanger du village. Tu veux que ch'te raconte ? On a trinqué. Le kilo de rouge était posé sur le cercueil de la victime ! Puis j'ai assisté à l'interrogatoire de l'amant jusqu'à ses aveux complets. Je finis ma mominette et te quitte car je dois encore rédiger ce soir tout mon papier sur le parricide de Basse-Normandie...C'est le beau-père jaloux qu'est-coupable !

 

L9024.jpgLe magazine Détective ? Pfoui! Voilà l'onomatopée de dégoût qui jaillit dès que l'on prononce le titre de cette publication. Controversé au point d'être  interdit plusieurs fois de parution pour avoir entravé le cours de la justice et attenté aux bonnes mœurs par voie de presse, ce magazine prétend traiter depuis 1928 de "l'actualité criminelle". Les créateurs de ce magazine comptaient les Gallimard, Georges Simenon et Joseph Kessel parmi ses pionniers.  A ceux qui se scandalisaient de cette publication exploitant la misère humaine et le pathologique pathétique extrême, Kessel répliquait: " Le crime existe, c’est une réalité, et, pour s’en défendre, l’information vaut mieux que le silence ”.

Une "information" de style particulier tout de même puisqu'avant même les premières conclusions des enquêteurs, avant même que la justice ne soit saisie, les reporters de Détective livraient une sorte de "réalité augmentée" en pâtée au public: d'un ensemble de faits et de témoignages hétéroclites (voisins de paliers, confidences de bistrotiers ou de leurs clients), le reporter tirait des conclusions personnelles, en recourant au mode conditionnel si nécessaire. Il arrivait même que l'on désignât un "coupable évident". Leur prose était récrite en un style romanesque populaire qui ajoutait une once de  vraisemblance aux thèses avancées que venaient confirmer, s'il en était besoin,  les photos ou dessins "plus vrais que vrais "illustrant les scènes de crime. Comme si on y était.

Le grand public, de tout temps, a toujours été friand de "délicieuses catastrophes". Des plaies de l'Ancien Testament au drame antique, de l'ogre des contes de fées aux mœurs voraces et sanglantes des dieux et demi-dieux des mythologies, le genre s'alimente depuis toujours aux sources obscures inavouables qui nous hantent tous. Le spectacle du mal qui frappe les autres a une valeur thérapeutique et consolatoire: heureusement que ça ne m'est pas arrivé à moi. Laisse-moi donc savourer les rapides délices des plus tristes de leurs jours...

Le pathologique et les récits d'horreurs ont donc toujours fasciné l'humanité, depuis le premier reportage écrit sur le premier meurtre de l'Histoire: celui de Caïn et Abel.

Dans ce genre qui fait recette depuis les dessins rupestres mais  surtout depuis Gutenberg, on peut distinguer diverses catégories: les catastrophes naturelles ("Acts of God" comme disent les rédacteurs de polices d'assurance du monde anglophone), les désastres accidentels (Fukushima, barrages hydro-électriques qui lâchent, inondations, incendies de forêts, crash d'avions et d'autocars, etc), les drames personnels (suicides, viols, infanticides, parricides, pédophiles, incestes, maladies incurables) et la vaste panoplie de toutes les criminalités en commençant par le nec plus ultra du genre: le crime passionnel. Le cocktail de sexe et de sang, d'amour et de haine, d'Eros et de Thanatos fait toujours recette depuis la nuit des temps.

Sur le terrain des catastrophes, la concurrence entre média est telle que certains reporters sombrent dans l'indécence pour obtenir un témoignage exclusif, une photo inédite, un "angle" particulier.

Ce fut  le cas, une fois de plus,  pour l'épouvantable accident d'autocar dans le tunnel de Sierre. Sous la pression de leurs Rédactions et par souci de prestige personnel, désireux à tout prix d'obtenir des témoignages d'enfants survivants (et leurs photos), plusieurs reporters qui étaient parvenus à s'infiltrer dans une salle de "débriefing psychologique"ou à l'hôpital de Sierre, ont dû être éconduits par la police, selon Der Sonntag.

aberfan.jpgDans le cas de l'effondrement d'un terril qui avait fait quelque 140 victimes, en 1966 à Aberfan (Pays de Galles), on a vu des reporters internationaux pratiquer la "réalité augmentée" en plantant des croix de bois artisanales sur les décombres et en  jetant dans la coulée de boue quelques poupées, achetées au bazar du coin à ces fins, pour parfaire le tableau. Cette forme de tricherie obscène devrait, à elle seule, soulever plus d'indignation  et d'émoi que les catastrophes elles-mêmes. Que ne ferait-on pas pour parfaire son opus et faire vibrer le lecteur et le téléspectateur ? Une "bonne" couverture de grand magazine peut booster le tirage de plusieurs centaines de milliers d'exemplaires. Ou justifier même un second tirage. L'argent joue donc un rôle déterminant dans la chasse aux images et récits "exclusifs".

Faut-il se voiler la face où appeler de ses vœux une nouvelle législation, une énième Charte éthique pour prévenir, empêcher et sanctionner de telles mises en scènes et exploitation de la misère d'autrui ?

Ne nous y trompons pas et cessons de nous voiler la face au vu de telles pratiques. S'il doit y avoir un coupable, c'est bien le consommateur qui crée la demande en premier lieu. Il n'est donc pas innocent. Son appétit pour le malheur qui frappe autrui est insatiable, profondément ancré qu'il est dans le marais de ces  zones d'ombre qui font de chacun de nous de fragiles mortels. A voir mourir les autres dans des circonstances atroces, n'en retirerions-nous pas quelque réconfort et consolation devant nos écrans plats et en feuilletant nos magazines ?

Au début des années 1960, un important magazine parisien, désireux jadis de consacrer un reportage aux "néo-nazis" en Allemagne fédérale, avait loué des uniformes, des crix gammées et des figurants pratiquant le salut hitlérien pour les besoins d'une photographie "prouvant" la résurgence du néo-nazisme. (Cette mise en scène avait été éventée et avait provoqué un grave incident diplomatique entre Bonn et Paris). A noter que les reporters français ne parlaient pas un mot d'allemand et avaient engagé une interprète à Wilhemshafen.


decapitation.jpgIl y a pis encore: une histoire célèbre circule dans la profession depuis l'époque de la décolonisation. Un reporter d'une chaîne de télévision britannique voulait filmer une scène de décapitation au sabre dans un pays arabe.(
photo prise au Bangladesh) Le supplicé avait déjà la tête sur le billot. Et, alors que la main armée du bourreau s'élevait déjà dans les airs pour prendre son élan, les témoins entendirent le reporter  s'exclamer:

- Pas si vite ! Laissez-moi le temps de charger ma caméra de pellicule !

Et le bourreau, abaissant son arme blanche,  de laisser quelque répit au caméraman...et au condamné.

Que peut faire un journaliste, sans vocation particulière pour de tels faits divers, s'il est dépêché, en service commandé, sur les lieux d'une catastrophe ? Le mode d'emploi et simple: s'il s'agit de radio ou de télévision, le premier souci  consiste à trouver sur l'instant des interlocuteurs parlant la langue du média. Et des rescapés causeurs, comme lors de la catastrophe du Plateau d'Assy (Isère) dont nous fûmes témoin pour une chaîne de télévision. (pousser le curseur à 11'36") Le discours des officiels, chef des secours, représentant des autorités, s'impose mais ne présente le plus souvent que peu d'intérêt informatif. Il en va tout autrement des témoignages oculaires,  à défaut de "gens du coin" toujours prêts à s'exprimer avec émotion et conviction devant un micro ou une camera...De parfaits inconnus connaissent ainsi une gloire fugace en passant à la télé. Peu importe ce qui est dit ou que le message ait du contenu ou non.  Tout est dans l'expression et le ton pathétique.

cinqsept.jpgLors de l'incendie du 5-7 à Saint-Laurent-du-Pont, en novembre 1970, nous avions recruté sur place un chef pompier suisse, accouru sur place en uniforme, pour analyser les causes du sinistre à des fins scientifiques. Il avait incriminé les matières plastiques utilisées pour la décoration du dancing fatal ainsi que l'usage d'une porte "à peigne", redoutable piège. De bonne grâce, à notre demande, le pompier-enquêteur avait accepté, à des fins d'illustration, d'allumer un morceau du plastique incriminé devant la caméra, cela à quelques mètres du sinistre:

- Chez nous, en Suisse, cette matière inflammable est interdite dans les dancings !

(Heureusement qu'il n'avait pas été nécessaire de tourner trois fois la scène ...)

standup.jpgEn TV, un "stand up" du journaliste capable de s'associer au deuil collectif,  rappelant que "les enquêteurs s'emploient à établir la cause du sinistre", conclut avec bonheur de tels reportages d'actualité. Ce qui n'empêche pas d'ajouter: " On ne saurait donc exclure.... " Et là, libre à chaque reporter d'énumérer une poignée d'hypothèses sur les "causes possibles", précédées de conditionnels appuyés...

Ces mystifications médiatiques atteignent leur apogée chez les "correspondants de guerre". S'il en est d'authentiques qui montent au front, le plus souvent par inclination personnelle,  nombre d'entre eux, émoustillés par la proximité de dangers mortels (comme les alpinistes et les pilotes de course automobile), se contentent de diffuser leurs bavardages, explications et ratiocinations à partir d'un QG situé dans un cinq-étoiles de la capitale. Une manière de se donner un frisson en bronzant loin des charniers et des théâtres d'opération. De l'héroîsme à bon compte. Certains, dans cette catégorie, ont couvert "les événements en Algérie" de bout en bout ,à partir de l'Hôtel St Georges ou de l'Aletti, sans bouger jamais d'Alger.

En l'absence de protagonistes ou de témoin, certa§ines chaînes de télévision pratiquent aussi de plus en plus fréquemment l'art subtil  de la  "reconstitution". Une caméra embarquée suit, par exemple, l'itinéraire de "l'autocar fatal" ...ou du meurtrier... ou de la victime.. A l'aide d'une "animation" en images de synthèse, le téléspectateur peut ainsi participer (sans danger) à l'accident, au crime, comme s'il y était, même si cet artefact est donné pour tel au moyen d'une fugace incrustation dans l'écran: "RECONSTITUTION". De tels stratagèmes médiatiques sont mis en oeuvre pour "faire comprendre"au public. Les mots ne suffisent plus. Il faut à tout prix ...MONTRER quelque chose qui... ressemble à la réalité. Après tout, ne s'agit-il pas de susciter de l'émotion plutôt que s'adresser à la seule intelligence du consommateur ?

heysel-stadium.jpgEt si, pendant les saisons creuses et la "trève des confiseurs", aucune catastrophe ne se présente pour tenir le public en haleine, il suffit de jeter un coup d'oeil dans le rétroviseur et ...d'exhumer une catastrophe passée pour en  évoquer le souvenir... Rappelez-vous...C'était il y a x années: le barrage de Malpasset, le début de la Première Guerre mondiale, Tchernobyl, le naufrage du Koursk, Mattmark, le stade du Heysel (Belgique) ou celui de Furiani (Corse). Les archives regorgent de textes et d'images. Rien de tel que des plats réchauffés pour calmer l'appétit des foules. Suffit de faire main basse sur les documents dhier ou d'avant-hier pour les "actualiser" et les exploiter. Frissons rétrospectifs garantis.


abbeyroadstudios.jpgAu chapitre des drames personnels frappant des vedettes du show-business, il nous souvient d'avoir reçu, à Londres, la commande insolite d'un reportage "humain" pour un magazine parisien tirant à plus d'un million d'exemplaires.

- Le chanteur de rock X a tenté de se suicider vendredi dernier en se coupant les veines des poignets, après avoir bu de l'eau de Cologne. Désespoir sentimental.  Magne-toi le train et va le trouver !

Pas évident de trouver dans l'heure le chanteur suicidaire dans une ville de douze millions d'habitants. La loi anglaise, de surcroît, est très stricte et réprime spécifiquement le délit d'intrusion on private grief". Pas enthousiasmant non plus de s'approcher d'un inconnu de notoriété mondiale et de lui demander tout de go: "Alors cette tentative avortée de suicide, c'est vrai ou faux ?"

Après quelques coups de téléphone aux principaux studios d'enregistrement de la capitale du Royaume-Uni, j'ai retrouvé, en moins de dix minutes, le chanteur français  au studio d'Abbey Road, celui des Beatles, en demandant à la standardiste si M. X était déjà arrivé.

En catastrophe, au volant de ma vieille Hillmann Minx, je dévale la colline de Hampstead par les raccourcis et gagne le studio tout proche. Mon désespéré illustre est là, solitaire et accablé, assis sur un méchant banc de bois dans l'antichambre du studio. Pour lui, manifestement, "Noir c'est noir..."

Les présentations faites, avec le maximum de pudeur dont on peut être capable, je me hasarde: " Le magazine X,  affirme qu'une rumeur court à Paris, selon laquelle, par désespoir, vous auriez attenté à vos jours il y a 48 heures. J'imagine que vous allez démentir, bien sûr ?"

Vais-je recevoir un coup de poing pour prix de mon audace intrusive ?

Le rocker demeure silencieux, me sonde du regard, relève sa manche droite, déroule un bandage ensanglanté et découvre les cicatrices encore fraîches de son acte désespéré, à la lame de rasoir.

Une phrase jaillit de mes lèvres: "Non ! Le monde a besoin de vous !"

Il raconte.

Ca lui fait du bien.

Je suis réellement attristé, certes. Mais j'ai mon scoop.

Et en suis heureux.

Tournez, tournez rotatives... (jaw)

(Guy Béart)

Il nous faut des miracles
Des meurtres des amants
Et des enterrements
Chantons les marionnettes
Les princes des manchettes
Que l'on anoblira grâce à la caméra

Tournez tournez rotatives

Pour les âmes sensitives
A tout coeur et à tout sang
A la prochaine je descends



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17:16 Publié dans Médias | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : catastrophes, journalisme, reporters, magazines, télévision | |  Facebook

11/03/2012

Votre tunnel sous la Rade est à portée de plume...

ecusson_geneve.jpgangerhorizontl.jpgIl faut être vraiment un esprit chagrin ou un obsédé de la « décroissance » pour oser se plaindre du succès de Genève : minuscule territoire « au fond à gauche » d'un minuscule pays confédéral, notre République et Canton rayonne dans le monde entier comme une pépite d'or incrustée dans  une roche noire.

Sur  place, les enfants gâtés maugréent et geignent pour des vétilles.


Aux huit milliards de francs de son budget cantonal s'ajoute celui de la Ville  dont le territoire ne dépasse pas 16 kilomètres carrés: plus d'un milliard de francs.


Qui dit mieux ?


Qui aurait l'impudence de s'en plaindre ?


Une telle prospérité croissante, en pleine « crise mondiale » ne va pas de soi. Gaudeamus !

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03:58 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rade, traversée, tunnel, initiative, udc | |  Facebook

06/03/2012

Vers un plébiscite de Mauro Poggia au Conseil d'Eat ?

poggia.jpgcrowdbulb.jpgAlors que des candidat)e)s ont l'indécence de s'annoncer  à la succession de Marc Müller au Conseil d'Etat (gouvernement) de la République et Canton de Genève, alors que le démissionnaire n'a pas encore évacué ses bureaux, les commentateurs s'égosillent en hypothèses et spéculations diverses sur qui l'emportera à la prochaine élection partielle. Au coeur de ce tumulte-brouillamini, ils oublient un personnage parfaitement capable de revêtir la charge de conseiller d'Etat et tout désigné pour une telle fonction. Il s'agit de l'élégant et réservé Mauro Poggia, avocat et excellent plaideur, actuellement égaré au Mouvement des Citoyens Genevois (MCG) après avoir végété des années au PDC sans que ses talents manifestes lui soient reconnus. L'homme qui fait ployer les assurances-maladie a plus d'un tour dans son sac...

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00:47 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : genève, poggia, mcg, élections, conseil, etat, papables | |  Facebook

01/03/2012

La « fumée tertiaire » bannie aux CFF !

cfftrain.jpgDDG/jaw/le 1er avril 2012. Dans un article exclusif à paraître dimanche, 1er avril 2012, dans l'hebdomadaire Bundes Nachrichten, une fuite révèle la nouvelle politique sanitaire de l'Office fédéral de la Santé publique (OFSP) dans les transports publics suisses. Selon le projet AerPurus de l'OFSP, il ne sera désormais plus seulement question de s'abstenir de fumer dans les transports publics mais d'adopter un nouveau train de mesures contre la « fumée passive tertiaire ».

A l'instar de ce qui pratique déjà dans douze Etats américains, la lutte contre le tabagisme et la fumée passive létale devrait être complétée par la mise en service, dès le début du nouvel horaire CFF, de wagons réservés à ceux des passagers fumeurs dont les vêtements et les bagages peuvent exhaler ladite « fumée passive tertiaire ». L'application de cette mesure sur tous les réseaux de transports urbains suisses est différée à 2020.

Cette mesure, fondée sur des études scientifiques de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), contribuerait pour 30 % à l'assainissement du milieu ambiant sur les réseaux ferrés et pourrait épargner chaque année la vie de plusieurs centaines de personnes exposées à leur insu à la fumée tertiaire en Suisse.

stethos.jpgDr Olga Atembusch, directrice du Programme de prévention AerPurus à l'OFSP, interrogée par un reporter des BundesNachrichten, a confirmé l'existence d'une telle mesure, envisagée parmi les « 101 remèdes pour mieux vivre » : «  Les Chambres fédérales ne seront pas saisies de cet objet puisque, une fois approuvés par le Conseil d'aministration des CFF, les « wagons à fumée tertiaire » ad hoc seront régis et aménagés selon les normes européennes déjà en vigueur.

La « fumée passive tertiaire », précise l'hebdomadaire alémanique, résulte de la dispersion de micro-particules et de gaz résiduels persistants, toxiques, souvent mortels, (provenant de la combustion du tabac et du paper) qui imprègnent les textiles (vêtements, bagages, etc) des fumeurs. La ventilation et la climatisation des wagons créent des vortex qui dispersent lesdits résidus solides et gazeux dans l'atmosphère des véhicules de transports publics (trains, trams, autocars, trolleybus, téléphériques) et présentent un réel danger pour la santé publique. L'air humide expiré par les voyageurs transforment les résidus toxiques légers en aérosols qui envahissent bronches et bronchioles de manière permanente et irrémédiable.

third-hand-smoke.gifsurgeon-gen-logo.pngAux Etats-Unis, la lutte contre la fumée passive tertiaire a été lancée il y a trois ans (2009) par le Surgeon General, Regina Benjamin, (photo) qui excipe d'une étude de ses services attestant que l'exposition d'un non-fumeur à cette forme de pollution invisible et insoupçonnée, peut léser gravement l'ADN d'un non-fumeur. Parmi la cohorte de 6540 voyageurs participant à l'étude, on a recensé, en double aveugle, 347 cas létals imputables à la seule fumée passive tertiaire.

A Berne, la Commission d'experts de la Santé publique qui comprend trois Romands en son sein (Dr J.-P. Humair, Dr Jacques Cornuz et Dr J.-Ch.Rielle) a d'ores et déjà approuvé la mise en service de wagons CFF (non fumeurs) pour ceux des fumeurs chroniques qu'il convient de séparer désormais des voyageurs abstinents.

Le coût du projet d'AerPurus, à ce stade, n'a pas encore été chiffré mais pourrait ascender à plusieurs dizaines de millions de francs. Une nouvelle « taxe d'hygiène publique » (THP) est envisagée auprès des voyageurs de cette catégorie pour le financement du projet. Les billets et les abonnements CFF des fumeurs chroniques seront majorés de 15 % pour couvrir une partie des frais occasionnés par la nouvelle législation.

Interrogé par les BundesNachrichen, le nouveau conseiller fédéral Alain Berset, pris au dépourvu, a refusé de commenter le projet à ce stade, ses services étant actuellement surchargés par la réorganisation de son Département.

bh.jpgDans une annexe au projet d'AerPurus, on peut lire que les voyageurs-fumeurs seront censés monter spontanément dans les voitures qui leur sont réservées, l'accès aux wagons des abstinents leur étant désormais interdit.  En cas de doute, les contrôleurs présents sur les Intercity, pourront vérifier l'innocuité des vêtements et le contenu des bagages de voyageurs suspects au moyen de sondes capables de détecter la présence de fumée passive tertiaire par le procédé classique éprouvé et fiable de la chromatographie en phase gazeuse.

hubertvaronier.jpgLe président d'honneur du CIPRET, Dr Hubert Varonier (photo ci-contre), interrogé par Le Nouvelliste (VS) à sa résidence de Montana-Crans (VS) s'est exclamé : «  Ainsi, j'ai donc eu tort d'avoir eu raison trop tôt en tentant, en vain, de promouvoir cette cause nationale ! Il y a vingt ans que je dis que la fumée passive tertiaire devrait aussi être traquée dans les hôtels,night-clubs, cabarets et carnotzets valaisans. Paradoxalement, seul Franz Weber (non fumeur) m'avait soutenu jusqu'ici dans ma croisade ! »

Par ailleurs, on apprend par l'agence de presse NewPrompter que le Ministère public fédéral a ouvert une enquête pénale pour identifier les auteurs de la fuite qui a permis au BundesNachrichten de révéler avant terme le projet de l'OFSP, censé demeurer confidentiel jusqu'au début de la procédure de consultation.

 

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