08/05/2012

Parti pirate: l'obscure transparence au parfum subversif

pirateprogramm.pngpiratesigle.jpgMéfions nous des eaux dormantes sur lesquelles vogue le navire du Parti pirate genevois. Son programme pour l'élection complémentaire au Conseil d'Etat, recèle des armes d'autant plus formidables qu'elle paraissent d'une innocence onirique et d'une innocuité parfaites.

Ceux qui raillent l'émergence de ce nouveau parti ont tort: les Pirates existent déjà sur le plan international, contrairement à d'autres mouvements populistes d'envergure purement locale.

Aux innocents les mains pleines !

roussel.jpgNouveau-venu dans le Paysage Politique Genevois (PPG), le vice-président du Parti pirate, Alexis Roussel, est pourtant un homme trop avisé pour croire vraiment que sa candidature au Conseil d'Etat ait la moindre chance d'aboutir.
A une année et demie des élections générales à Genève, ledit Parti pirate est pourtant fort capable, en revanche,  de séduire et de recruter une vague de nouvelle clientèle au sein de la jeunesse geek et d'accoucher de plusieurs députés au Grand Conseil en 2013. Le système proportionnel réserve des surprises.

Les Verts-Nuisants n'ont pas débuté autrement il y a trente ans avec une idée unique: la guerre contre l'atome civil (et, subsidiairement, l'implantation de jardins potagers en ville).

A la faveur de son premier tour de piste, le Parti pirate se paie donc le luxe- à bon compte -d'une superbe campagne publicitaire fondée sur des arguments nouveaux.

A regarder ses utopies de plus près, les trois axes de son programme recèlent des graines de subversion insoupçonnées.

Pendant que d'autres éblouissent la populace avec leurs miroirs aux alouettes au tain délavé, le Parti pirate innove en déclinant son programme sur trois axes: transparence, participation, coopération.

partipirateposter.pngLa philosophie et le progamme des Pirates s'appuyent sur la "réalité virtuelle" qu'est l'Internet. Il ne s'agit plus de livrer ses états d'âme quotidiens sur Facebook pour calmer sa soif narcissique mais bien de mettre l'Internet et les réseaux sociaux au coeur de sa stratégie. Et en faire un redoutable outil de conquête des suffrages.

Un ou deux flash-mobs et des récoltes de signatures pour des initiatives et referenda online et voici le visage de la démocratie helvétique rajeuni. De telles innovations, sur un mode ludique instantané, ont de quoi séduire toute une jeunesse qui ne décollait plus du clavier et de l'écran pour se rendre aux bureaux de vote ou, trop paresseuse, renonçait à ouvrir les enveloppes civiques et voter par correspondance. Contempler le trombiscope des candidats et les élire en cliquant sur son smartphone, quoi de plus séduisant que ce jeu ?

Sans en avoir l'air, pour utopique qu'il puisse paraître, le piratage annoncé est peut-être le prélude à  un renouveau dans notre vie civique. Qui eût dit, il y a quelques décennies encore, que les réunions électorales des partis dans les cafés disparaîtraient complètement au profit des débats sur les chaînes de tv et de radio locales ...et sur l'Internet ?

Les deux composantes du PLR et le PDC, bien assis sur leur appellation séculaire de "partis bourgeois", ne sont plus que l'ombre d'eux-mêmes alors qu'on les croyait inamovibles et inexpugnables ?

A elle seule, l'exigence de transparence formulée par les "pirates" menace le système de rentes de situation qui prévaut dans la distribution des prébendes, privilèges, juteuses sinécures, somptueuses subventions aux diverses clientèles partisanes, fonctions rétribuées dans des Commissions extra-parlementaires, adjudications des travaux publics , etc.

(Eric Stauffer, leader du MCG, il est vrai, fut le premier à Genève à agiter le bâton dans cette fourmilière. Avec succès).

Le Parti pirate est donc très bien inspiré lorsqu'il milite pour une réforme de la Loi sur l’information du public (LIPAD). Cette législation comprend tant d'exceptions et de cautèles que la transparence alléguée se trouble dès que la curiosité citoyenne s'exerce dans des domaines où les complicités relationnelles règnent. Et qui a actuellement la main sur le robinet de la transparence, sinon le seul Conseil d'Etat ?

Le Parti pirate appelle aussi de ses voeux la publication des procès-verbaux du gouvernement pour prévenir "les soupçons de collusion avec les lobbies". Voilà de quoi perturber singulièrement le jeu chronique de mille combinazione liées au régime de coalition. Dans les systèmes où prévaut la collégialité, tous "se tiennent par la barbichette". C'est là un gage de stabilité, certes, mais aussi la voie royale vers tous les compromis et, parfois, vers des compromissions.

Le jour où le Parti pirate exigera que tous les candidats à des charges électives déclarent non seulement leur liste d'intérêts mais aussi leur appartenance à toutes leurs associations (caritatives, philosophiques, humanistes, religieuses, féministes, transparentes ou ésotériques), le système des doubles ou triples allégeances aura vécu.

On peut ententre d'ici le choeur des incrédules crier à la "théorie de la conspiration".

Et quand il y a effectivement une douce "conspiration" à ciel ouvert, telle que celle des Pirates, "la vérité, c'est drôle, personne n'y croit". (Max Frisch)

 

ioamorpirate.jpg




02:57 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook

Commentaires

entre Geek et Giec,y'a comme qui dirait une vague ressemblance!

Écrit par : lovsmeralda | 08/05/2012

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