15/05/2012

Stauffer: aux fers ou aux affaires ?

Capsule électorale (IX)

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staufferpix.jpg"Grossier manant !" "Goujat !"Fripon !" autant d'avanies déversées sur sa personne par ses adversaires aurait ébranlé ou abattu tout autre que le leader du Mouvement des Citoyens genevois (MCG), Eric Stauffer, candidat à l'élection partielle au Conseil d'Etat de Genève.

Le courageux et providentiel trublion persistant, au lieu d'être "aux fers" comme le souhaitent les normopathes qui le conspuent parce qu'ils le redoutent, a de très bonnes chances d'accéder... "aux affaires."

Des invectives et injures crachées pas ses dénigreurs et contempteurs, il n'a cure. Il s'en badigeonne même le cristallin avec le pinceau de l'indifférence... A vrai dire, il n'est jamais meilleur rhéteur qu'outragé...

Qu'on l'aime ou qu'on le déteste, Eric Stauffer est devenu le politicien, sinon le plus influent, du moins le plus connu de la République. Une sorte de Mélanchon genevois mutatis mutandis. C'est grâce aux voix des députés MCG que Genève peut s'enorgueillir d'avoir un nouveau Procureur général de qualité, le libéral Olivier Jornot après la Bérézina laissée par le PLR Daniel Zappelli.

Tribun inné, mal élevé, parfois rustique, brut de décoffrage et souvent outrancier dans ses propos, ce sont précisément ses mauvaises manières qui font son succès. A l'heure du "Kass toi pov' con" présidentiel français, Stauffer n'est, après tout,  qu'un modeste épigone de province au rayon de l'invective de trottoir.

Il ose dire ce que d'autres pensent tout bas et a réussi, à lui seul, ex nihilo, à lancer un mouvement politique représenté déjà par 17 députés au Grand Conseil, qui en compte 100. (Parlement de l'Etat de Genève, l'un des 26 de la Confédération helvétique). C'est là une réussite témoignant d'un bel esprit entrepreneurial.

Avec le même élan de justicier, il est parvenu à empêcher que Genève ne devienne le dépotoir des déchets de la ville de Naples, industrie locale gérée par la mafia. Le Conseil d'Etat était prêt à signer un accord avec cette singulière entreprise italienne exportatrice.

Certes, il  arrive au leader populiste de se tromper ou d'être brouillé avec les statistiques mais sa capacité à dénoncer abus, combinazione et autres prébendes de type mafieux a fait de lui le meilleur gardien des bonnes pratiques républicaines. Le peuple genevois en raffole et apprécie le spectacle. D
'autres partis politiques locaux qui prétendent "combattre les privilèges" s'accommodent fort bien d'abus criants, ourdis et commis dans leurs discrets boudoirs feutrés,  lorsqu'il s'agit d'installer et de protéger un de leurs poulains dans une des nombreuses et juteuses sinécures de la République et Canton de Genève.

Il arrive donc souvent que les indignations d'Eric Stauffer fassent...mouche...quand il lève un lièvre...

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On ne le lui pardonne pas car il met ainsi en péril le fragile substratum des compromis, arrangements, mauvaises habitudes et autres stratégies de complicités relationnelles économico-partisanes.

Les mauvaises manières d'Eric Stauffer ne sont donc pas stériles. En agitant le bâton dans la fourmilière, dût-il faire jaillir au passage le venin défensif de quelques formicidés, il contribue à maintenir une valeur: l'ordre social républicain et démocratique. Qui s'en plaindrait ?

Pour ses incartades oratoires, l'Establishment a tenté souvent de punir ce bretteur hors-pair.

Ils ont bien tenté de rééduquer sa langue (qu'il ne remue pas sept fois dans sa bouche). En vain. Dans le genre desinhibé, on ne fait pas mieux.

Tantôt il est chassé du Conseil d'administration des Sercices industriels de Genève (SIG) pour avoir violé l'omerta. Tantôt il est exclu des Commissions parlementaires pour avoir voulu refroidir les neurones d'un adversaire  en le douchant d'un verre d'eau...C'est que notre insolent élu a beaucoup d'adresse lorsqu'il s'agit de viser son adversaire.

Puis ce sont les autorités judiciaires fédérales, alertées par le Conseil d'Etat de Genève, qui lui ordonnent de comparaître sans délai pour interrogatoire à Berne, au motif qu'il a attaqué, par voie d'affichage, le colonel Khadafi. Un témoin qu'on veut inculper aux yeux de tous, comme un voleur de bicyclette. (Le roi Lear de Tripoli détenait alors nos deux otages suisses à Tripoli).Voici l'affiche litigieuse où Stauffer écrit, en légende d'une photo de Khadafi: "Il veut détruire la Suisse !" (Ce n'était pourtant là qu'une citation verbatim du tyran)

 

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Pour abattre Eric Stauffer, toute argutie juridique est bonne: on a osé évoquer le délit "d'outrage à chef d'Etat étranger" pour neutraliser le providentiel trublion genevois. Pour criminaliser le député genevois, on exhume un article du Code pénal remontant à la Seconde Guerre mondiale, jamais évoqué depuis lors, qui visait à calmer les ardeurs des journalistes, écrivains et caricaturistes suisses, compte tenu de l'extrême susceptibilité du Führer et du Duce.  Depuis la chute du roi Lear de Tripoli, le Ministère public fédéral, si prompt à "interpeller" l'élu de Genève pour une affiche qui déplaisait à son gouvernement cantonal, s'est fait plus discret, au point de devenir muet. Dans le style de régime autoritaire, cette méthode d'intimidation était courante. Stauffer, conseillé par un excellent avocat du MCG, Mauro Poggia, cons.nat. ne s'est pas laissé intimider. Cette tentative de censure d'une affiche (même surchargée à notre goût), doublée d'un interrogatoire de police concernant l'activité d'un parlementaire, n'est pas digne de la Suisse.

Lundi matin, 14 mai 2012, je reçois le fascicule de seize pages du MCG, "Le Citoyen" dont la forme et le contenu incitent à la lecture. En gros: il tape fort sur le même clou. Celui de l'insécurité endémique à Genève.

 

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Le document est attrayant. Les titres en sont accrocheurs et tapageurs. Les caractères lisibles. L'illustration a du sens. Pour le fond, nous en laissons l'analyse à chacun. Ce que le citoyen comprend d'emblée, c'est l'engagement solennel d'Eric Stauffer, armé d'un argument-révolver unique: " Je déclare la guerre aux criminels !".

Amaudruz Celine.jpgDans son viseur, le candidat du MCG (soutenu par l'UDC, à l'instigation de sa présidente, Céline Amaudruz, à dr.) incite aussi le corps électoral à voter NON à une loi "qui va favoriser la présence des technocrates aux TPG, HUG, SIG, aéroport,fondations immobilières". En lieu et place de délégués choisis jusqu'ici par le Grand Conseil, le Conseil d'Etat serait ainsi seul à choisir souverainement ses proconsuls dans ces institutions. C'est la porte ouverte à toutes les magouilles !" s'exclame Eric Stauffer, indigné chronique et incurable, dans son tract.

stauffertitremagouilles.jpgCette manière de "mieux gérer des prestations essentielles", comme le proclame le gouvernement, horripile Stauffer. Et il le dit haut et fort.

Proche de la police et de ses deux syndicats, Stauffer ne cache pas qu'il convoite la direction du Département de la sécurité, de la police et de l'environnement (DSPE) et qu'il rêve, s'il est élu, de succéder à la PLR Isabel Rochat qui irait exercer ses talents dans un autre Département, à la faveur de chaises musicales. Mme Rochat, à lire la presse quotidienne, est en guerre permanente avec "sa" police genevoise.

Or, rappelle-t-on au candidat tonitruant, le dernier-arrivé au Conseil d'Etat ne peut choisir son Département en raison de la préséance des anciens. Dans Genève à chaud de la télévision locale Léman bleu, Eric Stauffer répond à cette objection.

isabelrochat.jpgCependant, un autre principe est respecté au Conseil d'Etat, celui de la collégialité. Eric Stauffer élu, en application de cette règle, aurait de la peine à ne pas mettre son nez dans les affaires de sa "collègue" Isabel Rochat (photo Chancellerie).  Il faudrait probablement le ligoter pour l'empêcher de poser des questions sur la gestion du Département du DSPE et lui refuser la production de dossiers en séance plénière du gouvernement. L'habitude veut que chaque magistrat s'occupe, malgré la collégialité, uniquement des affaires de son propre département et non de celles des autres...

L'arrivée d'un tel trublion au gouvernement serait perçue comme si perturbante que la titulaire actuelle du DSPE préférerait probablement jeter l'éponge (et non un verre d'eau !) plutôt que de devoir travailler sous calmants:-) ! Et qui sait si elle ne tirerait pas parti de l'élection d'Eric Stauffer pour se débarrasser de sa patate chaude, le Département dont aucune mâle raisonnable n'a voulu lors de la dernière répartition des Départements ? Jusqu'ici, Isabel Rochat s'est déclarée attachée à son siège mais elle n'a pas encore expérimenté, il est vrai,  le voisinage et la promuiscuité durable d'un tel champion de l'agit' prop'...

Enfin, on peut sourire de l'insistance récurrente du candidat sur "le problème des frontaliers". Pourtant, même si ce thème vire à l'obsessionnel, on peut en déduire qu'il est aussi hostile aux diktats et aux chantages que l'Union européenne ne cesse d'exercer sur la Suisse. A l'inverse, le candidat rival du PLR, Pierre Maudet, est un europhile notoire. Son penchant pourrait lui coûter des suffrages.

A ceux qui douteraient de ses qualités de magistrat dans un Exécutif (tout en lui reconnaissant des talents d'oppositionnel), on doit rappeler qu'Eric Stauffer siège depuis le printemps 2011 au Conseil administratif de la (grande) ville d'Onex (GE). "Respectant la collégialité, il a fait preuve de capacités largement reconnues," nous assure-t-on dans le tract MCG. En outre, pour prouver sa sagesse recouvrée d'ex-enfant terrible, il déclare à Genève à Chaud: "Je me dois, par respect pour mes électeurs, d'être conforme à la fonction qu'ils me confient".

A la réflexion, le pire pour ses partisans et son Mouvement des Citoyens genevois, ne serait-il pas qu'Eric Stauffer fût élu au Conseil d'Etat ?

Comment expliquer ce paradoxe ?

Eric Stauffer propulsé à l'Exécutif cantonal par la volonté populaire, le MCG perdrait son meilleur, premier et unique tribun.

Une fois "notabilisé" par le peuple, le feu de notre buisson ardent ne risque-t-il pas de s'éteindre ?

(jaw)


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Site du MCG

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Capsule électorale (I): Maudracintasmes...

Capsule électorale (II): Un boudoir dans les cordes...

Capsule électorale (III): Les bonnes mœurs de Stauffer et...le Pirate !

Capsule électorale (IV): un test obligatoire pour tous les candidats ?

Capsule électorale (V): Le brevet de vertu à CHF 50.-

Capsule électorale (VI): Maudet-Torracinta à pile ou face, comme au Casino ?

Capsule électorale (VII): Maudet, un ambitieux "génétiquement programmé"

Capsule électorale (VIII): Une certaine idée de...Guillaume Maudet

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