29/06/2012

Les 5000 collaborateurs de la SSR privés de Convention collective ? (I)

SRGLogo.gifdeweck.jpgHormis quelques stations de radio et de TV privées qui jouent le rôle d'alibis, la Société suisse de radiodiffusion et de télévision (SSR) œuvre en régime de monopole de fait en Suisse. Soumise à une Concession fédérale, cette entreprise de droit privé (régime d'association selon l'art 60 du CCS) est "gérée selon les principes des sociétés anonymes". Comme Merck-Serono ... La nouvelle direction de la SSR, service public dont le budget annuel est de 1, 6 milliards de francs, veut imposer à ses 5000 collaborateurs un régime sans syndicat et sans convention collective de travail ! Les négociations entre la SSR et son partenaire social historique, le Syndicat suisse des mass media (SSM)viennent d' échouer.


 

Dans le journal d'entreprise RTS-Mag, Pierre-François Chatton, chef du Département des Ressources humaines (RH) de la Radio télévision romande (RTS) ne mâche pas ses mots ni ne cache les intentions de la SSR: "

 

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Ainsi donc, la SSR veut s'affranchir de ses liens avec son partenaire social historique, le Syndicat suisse des mass media (SSM) pour revenir à un système de "syndicat-maison" tel qu'il existait jusqu'en 1971. Cette année-là, la TSR avait vécu une grève sauvage et le licenciement - pour motifs politiques - de six  journalistes et réalisateurs dont les émissions étaient jugées non conformes à l'esprit du Zeitgeist. Le scandale de cette épuration sans précédent en Suisse  était remonté jusqu'au Conseil fédéral et avait agité les Chambres fédérales... et les tribunaux. Ce coup d'oeil rétrospectif, il est vrai, n'a qu'une valeur anecdotique mais il illustre bien l'extrême fragilité de la paix du travail, valeur helvétique reconnue et appréciée depuis ...1937 !

Le syndicat-maison, sous la houlette de militants du PDC, avait alors explosé pour faire place, 3 ans plus tard (en 1974) à la naissance du Syndicat suisse des mass media (SSM), instrument qui avait restauré l'ordre dans une entreprise devenue chaotique au point d'agacer jusqu'au Conseil fédéral. Au terme de trois années de pourparlers où les courants marxiste et démocrate-chrétien avaient été minorisés, ledit SSM avait été accueilli au sein de l'Union syndicale suisse( USS) en 1974. Depuis lors, toutes les négociations pour la Convention collective de travail (CCT) avaient abouti .

deweck.jpgraymondloretan.jpgLes nouveaux patrons de la SSR, Roger de Weck (Directeur) et Raymond Lorétan (Président, PDC) ont été incapables de trouver un terrain d'entente avec leur partenaire social si bien que les 5000 collaborateurs de la SSR risquent de se trouver sans Convention collective de travail le 1er janvier 2013 et sans syndicat représentatif du personnel. Comme chez Merck-Serono:-) !

Imposer d'en haut l'émergence, tout artificielle et manipulée, d'une Commission du personnel, légitimée par un douteux règlement du personnel rédigé par la seule Direction, est un exercice ubuesque dont notre démocratie helvétique n'a pas accoutumé. La jurisprudence donne à toute association représentant 15 % du personnel d'une entreprise le droit à participer à une CCT en Suisse. Jeter le syndicat aux orties, même s'il s'agit de donner quelques gages à la religion néo-libérale, serait un auto-goal superbe.

Un vent de déraison semble donc souffler à la Giacommettistrasse (Berne) depuis l'arrivée de MM. Roger de Weck et Raymond Lorétan à la tête du mammouth médiatique suisse. Le premier est un journaliste trop compétent pour ne pas comprendre qu'un tel pas de clerc menacerait l'institution dans son existence même, le second un diplomate trop avisé pour exposer la SSR à de nouvelles critiques, après celles dirigées contre le prédateur Billag, contre la nouvelle législation soumettant toutes les PME au paiement systématique de la redevance Radio-TV et surtout au moment où la SSR, pour payer la solde de son armée mexicaine, vend l'un de ses bijoux de famille: World Radio Switzerland !

S'il s'agit d'amorcer une privatisation de la SSR en fabriquant une crise de toutes pièces, une telle manoeuvre florentine se comprendrait: agiter, diviser, réprimer puis imposer un Nouvel Ordre Médiatique helvétique  avec l'Union européenne et la mondialisation pour credos !

Au moment où la nouvelle SSR synergise, fusionne, "efficientise" et peaufine ses organigrammes, les éditeurs suisse de journaux ne décolèrent pas à l'idée que les sites WEB SSR veuillent, en plus des recettes publicitaires, du produit de la redevance et du sponsoship (mécénat), introduire de la publicité online ! Incapable de négocier avec les éditeurs de journaux, la SSR a provoqué l'immixtion et l'arbitrage impératif du Conseil fédéral dans ce litige qui touche à la liberté de la presse, donc à la démocratie.

Pourquoi prendre le risque de se mettre à dos les auditeurs et téléspectateurs, les 5000 collaborateurs, le syndicat SSM et une bonne partie de la classe politique au moment ou mille autres chaînes sont disponibles sur le cable, le satellite et le Web ?

La SSR serait donc bien inspirée de reconsidérer en priorité les centaines de millions de francs qu'elle gaspille à gaver les mafias du sport-spectacle (foot, tennis, F 1, JO etc.) pour "droits de diffusion" de spectacles diffusés et commentés - tout aussi bien - par d'autres chaînes accessibles à tout un chacun sur le moindre smart phone. Il est certes plus difficile d'imaginer des émissions originales pour soutenir l'audimat que de capter servilement la même camelote populiste que vendent lesdits mafiosi du sport-spectacle à toutes les chaînes du monde.

Il est vrai que si la SSR entend envoyer au chômage des centaines de collaborateurs qui ont cessé de plaire au seul motif qu'ils sont "trop nombreux" et qu'ils n'entrent plus dans les cases du nouvel organigramme, cette entreprise sait aussi manifester son bon coeur par son engagement humanitaire...

Les vacances approchant, il ne restera, dès la rentrée de septembre 2012, que quatre mois à la SSR et au SSM pour trouver un terrain d'entente et conclure une nouvelle CCT pour ses 5000 collaborateurs.

A défaut, le démantèlement de ce qui fut une institution publique honorable et fédératrice de la Suisse, est programmé.

Le délai est court.

Faudrait-il former sans tarder une "chaîne d'union" et invoquer Zeus, Jébulon ou quelque égrégore pour résoudre la crise:-) ?

Le public attend les lumières de Roger de Weck et de Raymond Lorétan. (jaw)

(à suivre...)

17:07 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

Commentaires

Il serait grand temps que de l'ordre soit mis dans cet immense poulailler cacophonique et que le Conseil fédéral se mette enfin à:

1) définir ce qu'est un service public en matière d'information, surtout quand il est payé par la collectivité, et éviter des sangsues style Billag !

2) définir les limites d'intervention de ce service public au plan de l'information: certains jours, on se demande par qui sont payés les journalistes !

3) ne laisser à personne le droit de transformer ce service public en une vulgaire machine à fric, sous quelque prétexte que ce soit !

BREF, DE LA NEUTRALITE ET DE L'OBJECTIVITE !!!!

Et l'épuration se fera toute seule.

Et il faudrait pas qu'une nouvelle CCT ne redevienne un oreiller de paresse, comme beaucoup trop de "travailleurs" de la RTS semblent le penser

Écrit par : L'écouteur aveugle | 29/06/2012

La RTS est un service publique.
"Imposer d'en haut l'émergence, tout artificielle et manipulée, d'une Commission du personnel, légitimée par un douteux règlement du personnel rédigé par la seule Direction, est un exercice ubuesque dont notre démocratie helvétique n'a pas accoutumé."

Ce serait la pire des choses! Et l'on sent cette crainte chez les collaborateurs de la RTS!

A la ligne de coeur par exemple, combien de foi le responsable ne met-il pas en garde contre le moindre dérapage (vers la politique ou d'autres petites règles imposées!) Il hésite pour chaque parole prononcée. Il y a d'autres exemples!
Bien que la radio ait quelques bons documentaires, cela pourrait être plus dynamique! La place donnée à la rubrique économique, dans un langage technique parfois incompréhensible, ainsi qu'au sport est simplement un scandal, y compris le tennis et le foot!

On pourrait beaucoup apprendre de la BBC! qui n'ignore pas le sport, mais qui n'ignore pas non plus l'actualité humaine dans le reste du monde.
La radio a d'excellents journalistes! Qui travaillent sous des contraintes sévères, on le perçoit.
La TV a quelques vedettes frivoles et qui tiennent à leur image (de droite) même dans la moue que ne peut se retenir de faire Rochebin! pour clôre une interview! (à plusieurs reprises! Et qui révèle où il se situe ou bien encore, où ses patrons se situent!)

Le TJ de 19h30 ressemblent à un divertissement ou le pire est suivi du frivole locale banale. Quasiment cela rejoint la pub ou l'on veut vendre des automobiles à partir d'une image de chaos de ferraille. J'entends des remarques autour de moi: pour qui nous prentons?
Courage aux responsables des médias!

Écrit par : cmj | 02/07/2012

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