28/03/2013

Comment Tamedia sabote la paix publique (I)

lemonsqueeze.jpgLe marquis de Supino exige donc un rendement de 15 % de ses journaux et surtout de ses titres suisses romands. Consternation et indignation. Lettres de protestation, débrayage, conseillers d'Etat dans la rue: cette débauche de bons sentiments justiciers ne suffit pas. Parfois, pour inquiéter l'adversaire, il vaut mieux faire le contraire de ce qu'il attend et espère...

Alors que les recettes publicitaires calent, que le cyberjournalisme casse les vieilles habitudes et menace notre presse dans son existence, mieux vaut analyser calmement la situation et échafauder quelques stratégies efficaces pour riposter à la menace délirante de ces cupides marchands de soupe, peu dignes de posséder ces instruments décisifs au service de la culture et de la démocratie que sont nos journaux.


lemonsqueeze.jpgLes journaux n'appartiennent-ils d'ailleurs pas d'abord à ceux qui les lisent, qui s'y abonnent ou qui les achètent au numéro ? Et beaucoup aux publicitaires qui n'ont pas été consultés non plus par TAMEDIA.

La première idée qui me vient à l'esprit: If you can't beat them... join them ! Si vous ne pouvez les battre, ralliez-vous à eux !

1) Le projet est fort simple à mettre en oeuvre: il s'agirait de créer une Fondation de droit privé qui réunirait une kyrielle de petits  actionnaires sous le nom de Défense de la presse suisse.

En premier lieu, les journalistes actifs et retraités de toute la Suisse seraient ardemment incités à acheter chacun quelques actions Tamedia , selon ses possibilités, au besoin en empruntant sur leur "deuxième pilier" . Certains jouissent même de juteuses retraites. Un ou deux voyages Easy Jet en moins, quelques repas au restaurant supprimés suffiraient à financer l'achat d'une ou de plusieurs actions. Un achat d'actions TAMEDIA qui ressemblerait ainsi à un vaccin contre d'autres menées du marquis de Carabas zuricois.

Les rangs de ces actionnaires "populaires" seraient renforcés, par appels insistants au public, par de nouveaux lecteurs-actionnaires. Ils sont indignés. Ils n'hésiteront donc pas à mettre la main au gousset. Ceux de nos politiciens les moins ladres pourraient suivre...

Et tous ces petits porteurs pourraient se rendre en masse aux assemblées générales des actionnaires de Tamedia et chargeraient quelques tribuns de la Fondation de ramener la Direction de TAMEDIA à la raison. Avec médiatisation idoine de l'événement ...(comme le tribun d'Ethos montant à la tribune de Novartis, Nestlé, etc. )

A titre subsidiaire, les délégués du personnel devraient exercer leur influence pour investir les avoirs de leurs  caisses de pension dans TAMEDIA. Des millions sont disponibles.

oeillere.jpg2) La première requête de cet actionnariat de journalistes, renforcé par l'actionnariat des lecteurs et - qui sait - par des publicitaires (lésés eux aussi), consisterait à confirmer la pérennité de la Convention collective ou à la restaurer là où elle a été zappée d'un trait de plume, sans grandes protestation des victimes. Au besoin, une convention des media pourrait être dotée de force obligatoire par le Conseil fédéral, s'il parvient à comprendre l'importance de l'enjeu.

3 Ce qui se cache derrière la manoeuvre sans précédent de la direction de Tamedia n'est pas qu'une cupidité débridée et une promptitude à servir les actionnaires mais bien une volonté délibérée et acharnée de casser l'organisation sociale en vigueur en Suisse depuis... 1937. A savoir: la fameuse " paix du travail" que les marxistes de mai 68 voulaient à tout prix zapper pour que la tradition de négociation en coulisse pour les Conventions collectives soient remplacée, comme en France, par une contestation permanente, spectaculaire et... stérile dans la rue. En 2013, c'est le patronat et l'hyper-capitalisme qui manoeuvrent  à leur tour pour défendre la liberté de prédation du renard dans le poulailler !

tourdefrance.jpg4) Par la voie parlementaire, la Concession fédérale attribuée à la Société de radiodiffusion et de télévision (SSR) devrait être modifiée. Ses trois missions classiques sont... : informer, éduquer, divertir. La troisième - le divertissement - ne joue aucun rôle dans la formation de l'opinon, essentielle en démocratie. Il suffirait de la zapper et de la confier au secteur privé . Parmi  les divertissements, un gros dévoreur de budget: les sports-spectacle, accessibles sur des centaines de chaînes par le câble, la TNT et le satellite. Pourquoi ces triplons et décuplons ? Pour enrichir des sports pourris par l'argent, la prévarication, les tricheries, la drogue (dopage) ? Renversons les tables, inversons le "mercato" footballistique et au lieu que la SSR soit contrainte de verser des "droits de diffusion" exorbitants pour transmettre de stupides courses de F 1, exigeons des clubs qu'ils paient, eux, pour avoir le droit de faire connaître leur spectacle au grand public !
D'innombrables équipes touchent à la fois des subventions publiques juteuses, des recettes publicitaires et le prix exorbitant de pauvres gogos qui paient cent francs le ticket pour un match amical Brésil-Espagne à Genève !

Jusques à quand les cochons de payants devront-ils passer sous les Fourches Caudines des mafias du sport ?

Il est donc grand temps d'inverser le marché aussi brutalement que Tamedia exige 15 % de profits de ses journaux.

SRGLogo.jpgUne fois la Concession de la SSR modifiée pour permettre une privatisation partielle (des sports-spectacles et des variétés), les autorités fédérales pourraient créer une Fondation de droit public réunissant les divers opérateurs privés intéressés à capter et à transmettre les spectacles sportifs. Leurs émissions ainsi privatisées dégageraient des centaines de millions de francs du budget de la SSR et pourraient être diffusées - contre paiement - sur les chaînes de la SSR . Qui dit mieux ? Un pourcentage de ce business devenu privé  serait réservé à la Défense de la presse suisse, c'est à dire à la Fondation de droit privée sous chiffre 1 qui deviendrait ainsi actionnaire de Tamedia à son tour...

Un plan utopique ? Peut-être mais l'utopie n'est-elle pas souvent la réalité de demain ?

Il est vrai que pour imposer une telle formule, les journalistes eux-mêmes devraient se réveiller et se mobiliser. La corporation, hélas, n'aime plus guère prendre de risques.

A la place des futures victimes de TAMEDIA, je consacrerais le week-end de Pâques à rédiger un tel plan.

Pour ma part, retraité des media, j'achèterai dès mardi quelques actions TAMEDIA.

Où j'attendrai que sa cote descende pour remettre mon achat à mercredi.

Une manière comme une autre d'acheter son droit de parole à une assemblée générale... (jaw)

 

PS: Ah, enfin...j'allais oublier... Pourquoi ne pas prélever un modeste émolument sur chaque blogueur régulier de La Tribune de Genève ? Ce quotidien, outre qu'il nous livre gratuitement une partie de sa production rédactionnelle online, nous offre un service unique : un lieu géométrique où les Genevois peuvent s'exprimer librement. Cela a de la valeur. C'est un instrument démocratique par excellence. Ca peut se monnayer. Je serais le premier à payer... Tiens j'ai eu 6124 visites et 12.338 pages vues ce mois -ci sur mon présent blog. Pour atteindre autant de citoyens-lecteurs, j'aurais dû jadis faire chauffer la ronéotype et distribuer ma prose sur feuilles volantes, une à une en interpellant le passant... Oui, les temps ont changé.

 



PROCHAIN EPISODE:  La SSR, vache à lait des mafias du sport...


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Commentaires

Aller contre le sport-spectacle, c'est priver le peuple de son opium: souvenons-nous de la devise latine "panem et circenses", autrement dit à manger et des loisirs ! Sans parler de la convivialité ambiante !

Vouloir le nier c'est se mettre à dos le 85 % de la population et c'est oublier aussi le rôle social que jouent certains sports, comme le football, dans tous les pays du monde !

Il ne faut pas oublier non plus que des concessions ont été faites pour la presse suisse, comme les frais d'envoi et de distribution à coûts réduits qui sont régulièrement traités au parlement!

Quant à la défense de la presse suisse, il faudrait revoir le problème des concentrations (on le fait bien avec les banques) qui suggèrent que ce monopole n'a pas lieu d'être et d'obliger ces entreprises à se splitter, comme pour le domaine des télécoms !

Et le seul fait d'invoquer une défense de la presse suisse implique une intervention politique avec toute la cacophonie malvenue possible liée à une mainmise de l'Etat qui serait à l'inverse du résultat recherché !!!

Et en parlant de blogs, il faut peut-être préciser que leurs auteurs le font à leurs frais en amenant une clientèle de lecteurs qui ne le feraient peut-être pas autrement: les blogs sont donc un plus pour le journal qui les héberge, en précisant que chaque blogueur a son propre réseau de "clients" qui constitue un potentiel de lecteurs non négligeable ! De la pub indirecte et gratuite, en quelque sorte !

Et qu'il serait donc malvenu de demander une cotisation pour pouvoir exprimer une pluralité d'opinions : il serait de bon aloi qu'une statistique mensuelle globale soit publiée, histoire de montrer le volume des lecteurs de blogs!

En n'omettant pas que, de plus en plus, des groupes de blogs gratuits sont offerts avec des possibilités de graphisme et de présentation qui sont clairement supérieurs à ce qu'un simple quotidien peut offrir !!!

Sachons donc raison garder !!!

Écrit par : Le quidam | 29/03/2013

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