04/05/2013

Genève : fumer au bordel (II/II)

resillecrossedlegs.jpg»Hormis les rares fumoirs-cagibis infréquentables de quelques bistrots, seules les rarissimes fumeries clandestines et quelques bordels de luxe sont désormais des lieux où il fait encore bon savourer impunément un partagas ou une simple cibiche à Genève sans risquer un déchaînement de la meute hygiéniste. Ces espaces sont à l'abri des intempéries, des arracheurs de sacs, des voleurs de portables, des détrousseurs, faux mendiants ...et de la maréchaussée bien capable de vous envoyer à la prison de Champ-Dollon surpeuplée, dès fois que vous lâcheriez votre mégot incandescent par terre pour ne point vous brûler les doigts. Encore faut-il les trouver et montrer patte blanche pour accéder à ces derniers havres fumeurs...


 resillecrossedlegs.jpgLa main du Hasard ou la boussole de la Fortuité nous a fait rencontrer sur le domaine public un petit noyau de fomenteurs rebelles tels que je les apprécie. Les idées nouvelles ne peuvent jaillir que de la marge. Les hérétiques et les utopistes, après tout, valent mieux que les faux prophètes. Des anti-normopathes qui, en lieu et place des cinq fruits et légumes par jour et du jogging sur pistes Vita, tirent inlassablement sur leurs partagas et autres vitoles de luxe. Des interlocuteurs délaissant les exploits du Servette pour vous expliquer des sujets aussi divers et de grande élévation tels que que le paradoxe des anniversaires, les mystères du « swarming »(essaimage), les divers systèmes d'élections à la proportionnelle , la courbe de Gauss, l'antithéisme ou, plus simplement, leurs souvenirs de globe-trotter haut-de-gamme, ou leur perplexité face à l'énigme existentielle.

Celui-ci, descendant d'un vaillant grand-père kabyle qui a porté tour à tour les armes pour l'armée française et  pour le FLN pendant la guerre d'Algérie, a conçu et implanté des réseaux téléphoniques numériques du dernier-cri dans des pays qui n'en étaient pas dotés.

Celui-là a oeuvré au coeur d'un ministère stratégique d'une République voisine et évité de justesse d'être poussé de force à l'ENA par son mentor. Bref il y a là une élite de neurones frais capables de rendre notre monde meilleur...au risque d'épater le bourgeois et de l'arracher à ses molles certitudes et débilitantes habitudes. De la graine de novateurs casse-dogmes, du ferment d'insurrectionnels de la télématique : ce sont les fils naturels du binaire, du tous écrans, de prodigieux voltigeurs sur Internet, des bretteurs prolixes sur keyboards.. En un mot : de redoutables flibustiers de l'esprit.

 

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cigarladylast.jpgCe singulier équipage qui m'entraîne sur des chemins de traverse comprend le Capitaine, le Cerveau, Plume-au-Vent et Cicérone. Ce dernier est muni de son briquet lance-flammes géant et d'une cargaison de cigares de luxe qu'il sort de sa manche comme un prestidigitateur ses lapins blancs. Mithridatisé, je n'ai rien à craindre de leur « fumée passive létale ». Et ces fumeurs de cigares, de surcroît, ne me traitent pas en Untermensch au motif que je ne fume que des cigarettes de petit calibre. Ce sont des hédonistes pratiquant l'hospitalité, la sédition, la tolérance...  parfois même, dans des maisons éponymes.

L'ai-je vécue cette soirée-là ou ne l'ai-je que rêvée ? Quelle importance ? La réalité n'est-elle pas un simple agglutiné de grumeaux de conscience ? Et la fiction un simple avatar d' une réalité à venir ? Je mobilise ma mémoire de fumeur septuagénaire « récalcitrant » pour vous livrer le récit d'une soirée fort réussie. Merci à eux !

Me voici emporté vers ce qu'ils appellent pudiquement « le spa ». En toute confiance, je suis le singulier équipage. Le « spa » ? L' acronyme latin pour « sanitas per aqua » (la santé grâce à l'eau) est prometteur. Un espace apparemment sans danger et sans histoires.

questionmarkonheadpuzzledguy150.jpg« - Le cerveau perçoit surtout des « patterns  itératifs !" m'explique doctement un jeune physicien nucléaire, en me regardant droit dans les yeux pour s'assurer que j'ai bien compris ce principe fondamental de la reconnaissance faciale par informatique, alors que nous réglons l'addition au barman. Hélas, ce jeune savant ne nous accompagne pas au « spa » et je n'en saurai donc pas plus sur le sujet.

Je hoche la tête de manière convaincue tout en songeant qu'il faudra que je me montre à la hauteur des ces marginaux savants alors que je m'installe dans leur salon roulant et m'apprête à claquer la portière de leur limousine. Une Rolls, une Bentley ou une Honda Civic ?  ? Pas le temps de chausser mes lunettes pour décrypter la figure de proue... Ce qui compte, c'est que nous pouvons même fumer dans la voiture sans devoir en demander la permission à quiconque !

speakeasydoor.jpgNous quittons donc à regrets notre accueillante fumerie clandestine genevoise, un « speakeasy » semblable à ceux que je fréquentais à Londres dans les années 1960 sous le régime de la semi-Prohibition de l'alcool : ouf ! ce hâvre pour fumeurs est hors de portée des préventocrates qui, à cette heure-là, ronflent en digérant leur huile « omega 3 » et ressassent leur névrose obsessionnelle à la pureté. Ladite fumerie clandestine est située dans un quadrilatère compris entre Arve et Rhône, dans un immeuble sans cachet, sur le sunny of the street d'une rue à légère déclivité.

 A peine avions-nous évoqué l'effet papillon, la théorie du chaos et le postulat de Calvin sur la double prédestination qu'on nous annonce la fermeture de la fumerie. Il est déjà deux heures du matin. Le temps se compresse en telle docte et fascinante compagnie.

Chassés du « speakeasy » pour cause de fermeture tardive, nous gagnons le « spa », entre la rue de Berne et Plainpalais-Sud pour une longue « after »...

jacuziseveral.jpgAu premier abord, ledit "spa" peut surprendre. En nous frayant un chemin dans un couloir éclairé aux LED bleus, j'entends le glouglou d'une fontaine. C'est en fait un jaccuzi géant. En passant, j'aperçois en me hissant sur la pointe des pieds, quelques têtes humaines qui barbotent et jouent à cache-cache - et plus si affinités - dans le bouillonnement d'eaux thermales. Furtivement, nous gagnons le « fumoir », au fond à gauche, élégant boudoir où nous accueillent des fauteuils chesterfield, de hauts tabourets de bar et de confortables chaises « design ».

Tout est « nickel » ici. Pas le moindre grain de poussière. Pas la moindre tache de whiskey pur malt renversé sur les nappes en coton damassé. Les cendriers sont vidés avec célérité. Aucune odeur de tabac froid. L'espace est bien aéré. Luxe, calme et propreté baignent les lieux. Nous sommes entre hommes. On se dirait presque dans la salle d'attente d'une clinique de luxe. L'heure est exquise...

chaussures.jpgCicérone frappe trois fois dans ses mains discrètement, comme il est d'usage dans les cafés orientaux pour commander des boissons. Il ne manque que le moucharabieh pour parfaire le décor. Une exquise créature, peu couverte, chaussées d'escarpins, apparaît aussitôt , un plateau d'argent à la main, et nous sert de délicieux cafés dans des tasses en porcelaine translucide. Cicerone rallume son montecristo au lance-flamme.

 - On aurait tendance à se prendre pour des nababs ici. Le service est parfait !, fais-je remarquer.

 

resille.jpgJ'écarquille les yeux, troublé par la sculpturale beauté du sérail, en tenue ultra-légère, qui nous sert... Sa gestuelle élégante est celle d'une de ces super-esclaves que l'on voit encore dans d'anciens films agiter l'éventail pour rafraîchir le visage d'empereurs romains. Elle distribue délicatement les tasses en porcelaine de Saxe et ses sourires aux commensaux. (J'ai vérifié discrètement, la « violette » du Meissen est bien là, gravée au verso de la soucoupe!) La créature disparaît comme Ophélie avec la légèreté d'une danseuse du Lac des Cygnes.

- Fallait me prévenir, bon sang  ! Mon angiologue vient de m'annoncer que j'ai une « extra-systole » ! fais-je remarquer alors que je porte ma main droite à mon coeur...Y a pas de quoi rire, Messieurs ! Z'avez des réanimateurs sur place ?

- C'est quoi une extra-machin ? s'enquiert Plume-au-Vent, un jeune homme qui, comme moi jadis, parvient à vivre de sa plume sans ménager la chèvre et le chou.

Le Capitaine explique : «  L'extra-systole ? Un trouble du rythme cardiaque correspondant à une contraction prématurée d'une des cavités du cœur ».

- Un trouble du rythme cardiaque qui peut finir en épectase ! fais-je remarquer en me remémorant la fin tragique du cardinal Daniélou, à Paris dans les bras d'une hétaïre.

-T'en verras d'autres ! Faudra t'habituer... Moi, je ne les vois plus, ces dames en petite tenue, avec l'habitude...ajoute Cicerone, l'initié qui nous a conduit en ces lieux de plaisir. Il rallume son troisième cigare au lance-flammes dont le sifflement rappelle une séquence de napalm dans Apocalypse Now.

sexylingerie.jpgA cet instant, jailli d'on ne sait où, voici un trio de chair fraîche ... Une orgie de guêpières, porte-jaretelles, bas résille, bustiers, culottes galbantes, gaines, micro-slips et soutiens-appas en dentelle de Bruges ou de Valencienne. Elles assiègent notre paisible boudoir sans crier gare et colonisent notre espace macho  ! Ces dames sont en récréation ou en pause syndicale, m'explique-t-on. Qui songerait à repousser pareille compagnie ? J'écarquille les yeux comme le pêcheur au passage d'un banc d'esturgeons chargés de caviar et en  oublie mon extra-systole.

 - On dirait un tableau vivant ! fais-je remarquer en admirant la plastique de ces fugaces compagnes surgies ex machina.

bhclick.jpgJe comprends enfin, les yeux en boules de loto, que je suis au coeur d'un « spa » amélioré. Un « spa » où nymphes et naïades gagnent leur pain, qu'il vente ou qu'il neige, à la sueur de leur... chattes. Ici on ne tapine pas. On pratique la libre entreprise au chaud, derrière des murs sécurisés, anti-sismiques, hygiéniques et – comme au Salon du Livre 2013 – hyper-orgasmiques. Les transactions de ce négoce se font de gré à gré, m'explique-t-on, selon les règles de la bonne foi. Mieux qu'à la Bourse et plus sûr qu'à l'UBS ! Et pas l'ombre d'un Madoff, d'un proxénète ou d'un souteneur à la ronde pour jouer les trouble-fête. De tels prédateurs sont proscrits et la mère-abesse ne consent aucun accès de style « chatte libre » aux inspecteurs de la Brigade des moeurs. Cela se pratique ailleurs, paraît-il...

seleccion-robustos.jpgElles fument toutes. Au péché de chair, à l'adoration de Mammon, elles ajoutent le vice suprême : la consommation de tabac ! Rielle & Consorts ne sont pas là pour « protéger la santé du personnel ». Ces dames s'accomodent de son absence. Muni de mon briquet, je serai leur « allumeur » (allumé) car elles seraient bien empruntées pour enfouir un encombrant briquet ou une boîte d'allumettes « Chamois » dans les poches – inexistantes – de leur micro-tenues durant leurs heures de travail.

 S'il est vrai que la chair est faible, ici elle est surtout diversifiée, appétissante, multicolore et joyeuse. Pour ne rien vous cacher, si je n'étais ici exclusivement pour philosopher de sujets sérieux avec des commensaux fumeurs, j'aurais un faible pour la jeune Lettone. La jeune beauté « black » du Mali ne me laisse pas indifférent et les appas opulents de l'Américaine réveilleraient mes ardeurs si... Nous sommes condamnés  à des conversations polyglottes car ces dames sont la preuve vivante que la mondialisation et l'abolition des frontières ont de bons côtés, malgré tout.

soutenancethese.jpgJ'apprends que dans ce cheptel bio-diversifié figurent des doctorantes en philosophie à l'Université et – qui sait – de futures ministres ou présidentes africaines ou sud-américaines...

 

 

- Figurez-vous, Messieurs, que plusieurs chaînes de télé européennes sont venues filmer ici dans ce spa exemplaire ! se rengorge Cicérone.

Je me remémore les images de tels « ateliers » sous le Second Empire, le Sphynx où oeuvraient grisettes, cocottes et courtisanes en tous genres dans le sillage de ministres, artistes-peintres, écrivains, généraux et juges de Haute Cour... J'ai vu tout ça au ciné dans Nana. Ici, plus modestement,  n'oeuvrent que des hétaïres du XXIe siècle. Pas de rideaux rouges ni d'orgies de miroirs sans tain et hélas, pas de ces jolis abat-jour en pâte de verre Daum...

 - Y a pas de Mère-Abesse ici pour diriger l'orchestre ?

- Elle est au travail, elle aussi ! m'explique Cicerone

 sexlips.jpgUne maquerelle qui met la main à la pâte, que voilà un bel exemple de solidarité féminine ! Les pires féministes égalitaristes en auraient même le souffle coupé et le bec cloué.

Ces dames sont en confiance avec nous. Elle savent que nous ne sommes pas des clients potentiels mais des amis de Cicérone qui a ses entrées ici. Nul besoin pour elles de nous circonvenir par des séductions redoublées. Pas un fifrelin à gagner avec nous. Nous voici donc immunisés contre toute tentation...ou harcèlement!

- Et si tu viens ici un jour avec ta femme, tu ne pourras plus jamais être client de l'établissement, c'est la règle ! me prévient encore Cicérone en exhalant de superbes volutes de havane à la ronde pour donner quelque poids à ce rappel au règlement de la maison.

Quant aux clients, trop pressés de rétablir leur homéostasie hormonale, ils ne fréquentent guère le fumoir et rasent les murs sur le bon chemin (creux) de ces dames. Ils ne sont venus ni pour philosopher ni pour fumer mais pour pactiser discrètement avec Eros ...Le négoce de ces dames ne vaut-il pas mille fois les services ruineux et inefficaces de psys bossant au DSM V et qui plombent lourdement le coût de la médecine ? Une oeuvre favorable à la santé publique et qui met nos bourgeoises de Champel à l'abri de violeurs... De telles contributions à la santé et à la sécurité publiques devraient être remboursées par la LAMAL. Je me hasarde :

 - Mais où sont les croix de Saint-André, les martinets, les fouets, les tenues en latex et les menottes ?

En guise de réponse, je n'obtiens que des sourires entendus des fumeuses en récréation.

 

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La porte du fumoir s'ouvre et se referme à un rythme accéléré. Singulier ballet animé par l'incessant va-et-vient de nouvelles grappes d' actrices callipyges. Je me risque  encore:

cendriersgve.jpg- En avril, n'ôte pas un fil ... fais-je remarquer à la ronde, ce qui me vaut quelques oeillades d'une petite rousse bien roulée, fort demandée car à peine a-t-elle allumé une cigarette qu'un nouveau client la réclame et qu'elle écrase prestement son mégot au fond du cendrier, fourni gracieusement par la Ville de Genève. Des cendriers aux armes de Genève dans un bordel ? Qu'attend-on pour embastiller ces fumeurs blasphémateurs ?

 Le Cerveau explique à une exquise Zuricoise l'avantage qu'elle aurait à militer dans son parti politique et, au besoin, à s'inscrire sur sa liste électorale pour les élections d'octobre à Genève pendant que j'amorce une ébauche d'interview avec une Française. Elle travaille en hiver au bord du Léman et fait la saison d'été sur la Côte d'Azur.

Tiens ! Plume-au-Vent s'est éclipsé depuis dix minutes. Bizarre... Mais où donc est-il passé ?

- Je subis le contrecoup d'une rupture sentimentale, me confie la Belle-sans-frontières, produit de la libre circulation des corps, des désirs et des euros.

J'observe un silence et m'enquiers :

- Et qui de lui ou de vous a mis fin à la relation ?

 Long silence... brisé par le Cerveau :

- Faut pas vous étonner de ses questions, c'est un journaliste !

Ma réplique est vive et convaincue :

- C'est pas pire que flic, pute, pasteur ou psy !

Mon amorce de maïeutique est efficace :

- C'est moi qui ai rompu ! me confie Belinda, heureuse d'avoir enfin trouvé une oreille neutre pour recueillir ses confidences. Son oeil s'allume quand elle évoque la fin de sa co-location forcée avec des « femmes honnêtes » et la découverte providentielle d'un vrai appartement à Plainpalais, pour elle toute seule, grâce à un « michton » serviable. En deux mots, j'explique les inconvénients et traquenards d'une sous-location. Au moindre caprice, le sous-loueur peut faire changer les serrures et adieu le miracle !

keyboardone.jpgPendant ce temps, le Capitaine,  silencieux comme un autiste, tapote fébrilement sur le clavier de son laptop posé sur ses genoux, sans jeter le moindre regard aux belles de nuit qui vont et viennent incessamment sous son nez  : il peaufine des stratégies internationales, complètement absorbé par la gestion de ses sites subversifs sur Facebook et  Twitter pour faire triompher son idéologie libertaire sans frontières. Est-il en train de convoquer un flash-mob  à l'aube, à l'entrée de la Gare CFF de Cornavin dans l'intérêt de sa Cause ?

Curieux : son paquet de cigarettes porte des textes en cyrillique !

- Ce sont des Marlboro russes mais elles sont fabriquées à Neuchâtel, tu veux essayer ? Je les ai achetées avant-hier dans une ex-République soviétique.

- Et moi je reviens de Jérusalem où j'ai retrouvé le Saint Graal ! Hi ! Hi ! Tes sèches proviennent à coup sûr tout bêtement de chez Davidoff, fais-je remarquer au Capitaine. Encore un effort et tu vas te prétendre chef de flibustiers suisses en haute mer ! Hi « Hi !

(La vérité, c'est drôle, personne n'y croit.)

Essai. Il me semble que ces cigarettes piratées en Russie ont une saveur particulière. Comme ces dames, elles ont un goût de reviens-y.

Le carrousel tourne à plein régime dans ce singulier préau pour travailleuses nocturnes. Nouveaux visages, nouvelles fesses, nouvelles poitrines de tous galbes et de toutes couleurs, nouvelles chairs captives de la dentelle, de la soie et du satin, microstrings et autres délices inspirantes de la passementerie française animent ce « bahut », la salle de repos de ces dames où nous faisons figure de gros bourdons repus et bavards.

Et quelle est l'humeur de hôtesses dont nous partageons, sinon la couche, du moins le boudoir ? Elles sont pour la plupart rayonnantes et épanouies. Des sourires comme on n'en voit jamais dans les trams et trolleybus des TPG. Certaines, plus introverties, sont pensives ou nostalgiques... Mais qui ose parler encore de l'enfer de la prostitution ?

Mais voici déjà Plume-au-Vent qui revient, l'oeil las comme toujours après l'effort.

- C'était bien ?

A ma question sotto voce, il hoche la tête langoureusement en guise de oui et se rallume un cigare.

-Ne manquent plus que les cheffes du Bureau de l'Egalité que l'on pourrait déguiser en femmes-grenouilles et nous autres en sages-hommes ... lance un effronté.

- Y a bien mieux que ça : la prochaine fois, invitons la députée Loly Bolay et la passionaria Salika Wenger (à g.) pour les familiariser avec la Traite des ...Hommes:-) !

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- Taisez-vous : d'autres se sont retrouvés au tribunal pour moins que ça ! nous conseille le Capitaine qui a fait des études de droit et soutenu une thèse sur « Les limites ontologico-sociales du harcèlement masculin aux dépens de la Femme-perçue-comme-objet-d'hédonisme en milieu urbain occidental »

- Un best-seller qui a dû échapper aux critiques ! persifle Plume-au-Vent, enfin remis de ses émotions.

- J'entends les moineaux. Il est donc cinq heures du matin, voulons-nous lever le camp ?

- Ca sert à quoi, Cicérone, de porter une Rolex et de régler ta vie sur le pépiement des pinsons et le chant du merle  ?

Nous prenons congé de nos fugaces compagnes en distribuant quelques baisemains. Entre deux pauses au fumoir, elles poursuivent leur laborieuse ronde nocturne et nous sortons par « la porte des handicapés ».

- Pourquoi une telle appellation alors que Porte des Bienheureux eût mieux convenu, non ?

wheelchair.jpgDécidément, je ne suis qu'un fumeur bourgeois septuagénaire indécrottable car je n'ai rien compris :

- C'est par cette large porte que nous faisons entrer et sortir les clients handicapés venus en chaise roulante !

J'efface de mon imagination l'image incongrue de tels couples en action, sur le mode more ferrarum. En français : à la manière des bêtes sauvages.

A l'opposé, dans mon dos, j'entends, venus du fond du couloir, derrière le clapotis d'eaux vives, ce que je prends pour des soupirs et des râles qui ne trompent pas.

femmedeloth.jpg- Fais comme la Femme de Loth : ne te retourne pas car tu risques d'être transformé en statue de sel ! me conseille Cicérone, montecristo au bec, toujours prêt à rire.

Mes hôtes obligeants ont la délicatesse de me ramener en limousine devant ma porte.

Il est cinq heures. Genève s'éveille. A Plainpalais et Rue de Berne, «  Les traversins sont écrasés...Les amoureux sont fatigués  » comme dit le poète.

 - Pourquoi viens-tu si tard ? s'inquiète ma femme.

- Gamine, je reviens du bordel. Enfin... du fumoir d'un bordel. Je crois bien que je vais en tirer un récit.

- Surtout pas ! Tu vas finir par avoir des ennuis, déjà que tes plants de cannabis sur le balcon risquent d'attirer l'attention !

J'ai donc passé outre et m'en suis tenu à un récit factuel qui ne devrait heurter ni la pudeur de Jean-François Mabut, prince des blogs ni celle du médiateur, Daniel Cornu, arbitre de tous les dérapages dans l'Empire Tamedia.

Mais n'en ai-je pas déjà trop dit au point de ne plus être invité dans ce fumoir sublime ? (jaw)

 

 The End

 

( Toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.)

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» Enquête&Débat: ""Ne me hais point parce que je suis belle"


 Déclaration des Droits des TravailleuSEs du sexe en Europe


 Bonus...

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Commentaires

Enfin une histoire sympa de ces coulisses qui manquent tellement de nos jours, à cause de tous ces pisse-froids et leurs vagues de puritanisme mal placé (y verront bien le moment venu les problos qu'ils auront avec leur prostate protubérante à force de ne pas avoir tiré assez de coups avec leur pis...tolet à un coup!!!)

Vivement le retour à des plaisirs simples, du moment qu'ils sont consentis librement et de façon intelligente !!!

Écrit par : Jo Dumégot | 04/05/2013

@EXCELLENT,enfin un article qui permet la détente neuronale et l'on serait étonné de nombre de gens stupéfaits arrivant chez des hotes bien vivants,acceptant de les voir fumer.Des citoyens tolérants existent encore heureusement.
Au choix quelle intoxication est la plus dangereuse ? celle des médications socialiste obligeant à ce qu'eux ne feront jamais ou la fumée de la cigarette ,elle au moins un bon courant d'air la fait disparaitre
L'époque du docteur Mathus célèbre copain des socialiste et célèbre eugéniste n'est plus ,il est temps pour beaucoup de re-sortir leur nez de leurs bouquins empoussiérés

Écrit par : lovsmeralda | 04/05/2013

@Monsieur Widmer ,on est tous venus sur terre pour mourir aussi quitter ce monde en bonne santé serait vraiment stupide.Ce d'autant si c'est juste pour donner des organes qui ont obligé les plus naifs à se priver de tout et mourir comme beaucoup avouant quand l'heure du dernier départ se précise ,si on avait su on en aurait fait davantage ,de bétises
C'est peut être et aussi ce qui à inciter à fuir pour mourir toute seule dans un désert accompagnée d'une indienne Hopi la célèbre psychanaliste ,Helen Kubler-Ross ainsi ces organes ont pu disparaitre avec elle en toute sérénité

Écrit par : lovsmeralda | 04/05/2013

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