15/07/2013

Mortifère hédonisme des congés payés

plagesgbondes.jpgGagnée de haute lutte par les héros fugaces du Front populaire en 1936, la pratique des « congés payés » a instauré dans la France du XXIe siècle un fétichisme idolâtre, vecteur contagieux d’un cortège de maux individuels et collectifs qui confinent à l’insupportable. Ne serait-il pas grand temps que la société civile remît en question sa praxis abusive des vacances grégaires ? Tous ensemble, tous en même temps, tous au même endroit , tel semble être le credo librement consenti de la tourbe en mouvement. Face à la situation économique qui oscille entre l’aléatoire et le lugubre, le soi-disant « droit aux vacances » , dans sa forme actuelle, semble pourtant condamné à terme, 77 ans après cette maudite invention. Démonstration…


 

plagesgbondes.jpgDès qu’il s’agit d’aménager les loisirs populaires, ne serait-ce qu’en imposant un échelonnement raisonnable des départs vers les pays où fleurissent les citronniers ( das Land wo die Zitronen blühn*), les foules laborieuses, telles des bacchantes en chaleur, amorcent aussitôt la scansion de leur litanie protestataire. Pour apporter quelque ordonnance au chaos estival, il est donc nécessaire de lever le tabou et d’ouvrir enfin le débat dans l’espace social. Et ignorons superbement les cris d’orfraie qui s’élèvent, univoques et menaçants, dans le ciel du mois de juillet dès qu’il est question d’une remise en cause des sacrées vacances.

Les migrations grégaires, massives, ludiques, et hédonistes ont pris de telles proportions qu’elles en deviennent nocives pour les individus, les familles, la société.

Qui osera chiffrer et publier le manque à gagner de la nation au terme de deux mois d’oisiveté estivale, deux mois de paralysie imposée à l’économie ?

 Il est donc grand temps que les citoyens clairvoyants lèvent ce tabou et qu’un minimum d’ordre et de réglementation succède à l’actuel chaos. Passons sur les congrès d’idéalistes au Larzac, mus qu’ils sont par le sincère désir d’enrayer le processus morbide de la « mondialisation ». Passons sur les « Universités d’été » des partis politiques, passons sur les myriades de festivals de musique, de théâtres plus ou moins intermittents, de voyages à but culturels, de spectacles de rue, de happenings mais que diredes méga-Parades qui ont tôt fait de vous agglutiner un million d’humains sur le pavé des cités surchauffées ? Ce sont là les nouvelles bacchanales de la nouvelle société émancipée. Pour demeurer pudique, osons affirmer que l’esprit ne semble pas y souffler en rafales…

Imposer l’euro à des peuples qui n’ont rien demandé, alourdir les impôts directs et indirects , augmenter le prix du gaz, de l’électricité, des péages autoroutiers ou du « ticket modérateur » (Sécurité sociale de la France), tout cela, le peuple l’accepte en maugréant ! Mais toucher aux vacances, cela équivaut littéralement à arracher – à vif – la prunelle des yeux de Mme Duraton. Une forme de sacrilège porté à un autre tabou : les acquis sociaux.

Et pourtant, à y regarder de plus près, force est de constater que la pratique des congés payés concentrés sur deux mois de l’année entraîne une cohorte de pathologies douloureuses et coûteuses tant pour les individus que pour la collectivité: campings inondés ou incendiés, déraillement de trains sur des rails courbés par la dilatation, catastrophes routières, chutes mutilantes ou mortelles d’alpinistes, explosions de bonbonnes de gaz, indigestions, intoxications alimentaires, noyades, insolations, piqûres de méduses, maladies tropicales, accidents de « sports », mal des montagnes …pour ne citer que quelques exemples. On exagère ? Pas le moins du monde: ajoutons y les coups de soleil, insolations, déshydratation, mélanomes malins, tourista . Voilà le lot quotidien des médecins urgentistes des stations balnéaires !

En Suisse - pour ne prendre que cet exemple - la propagande officielle se garde bien de rappeler que dans les seules Alpes, on dénombre plus de 130 accidents mortels imputables à l’alpinisme chaque année. Qui osera désormais exiger des alpinistes de haute montagne un permis attestant de leurs compétences avant leur laisser la bride sur le cou, à l’assaut des cimes les plus redoutables et les plus périlleuses ? On exige bien, après tout, un permis pour les chasseurs, les conducteurs de mobylette, les propriétaires de chiens ou les moniteurs de colonies de vacances. L’hécatombe alpine représente, à elle seule, l’équivalent de plus de 20 % des accidents (mortels) de la route ! En hiver, le coût annuel des accidents de ski en Suisse est estimé à 3 milliards de francs, frais médicaux, hospitalisation, perte de gain etc. Voilà qui plombe le coût ...de la MEDECINE ! Sans compter les centaines de blessés et mutilés que fournit la pratique des sports actifs. Sur le coût affectif et financier de ces drames, la Propagandastaffel ne souffle mot. L’abus de nicotine, d’alcool au volant et de nourritures grasses sont des thèmes de prévention combien plus « politiquement corrects ».

Certes, c’est la technologie moderne qui a favorisé, au delà de toute mesure, les migrations humaines estivales dont nous avons tous à souffrir aujourd’hui. Désormais, la famille moyenne se doit de se transporter, elle , sa progéniture, ses bagages et ses animaux domestiques dans le plus grand confort d’un bout à l’autre de l’Europe et même vers d'autres continents. Un constructeur de voitures automobiles avisé ose même donner le nom fallacieux d’Espace à sa médiocre prison roulante, fût-elle climatisée. Ces chariots modernes dont la publicité nous dit qu’il fait bon y poser son séant, se muent en véritables instruments de torture lorsqu’on a deux ou trois ans et qu’on est forcé de téter sans broncher son biberon tiède mais vitaminé et que papa a décidé de « faire Paris-Lisbonne sans arrêt», au mépris du bon sens, des embouteillages, de la fatigue et de la sécurité. Même ordalie pour les personnes âgées et les animaux domestiques soumis à un tel régime. En la matière, aucune législation n’empêche actuellement ces goinfres du kilomètre de poursuivre impunément leurs sinistres desseins alors que le moindre chauffeur professionnel doit s’accommoder de la présence à bord d’un mouchard qui enregistre toute son activité, seconde par seconde, prêt à l’accabler devant la Justice au moindre incident de route.

Les effets nocifs de vacances populaires massives, grégaires, synchronisées et abusives coûtent donc très cher à la collectivité. Vous aurez beau chercher dans les rubriques comptables des budgets nationaux: nulle part, vous n’y trouverez de chiffres relatifs au coût occulte des congés payés.

L’avion ? Pas si rapide que ça, à la réflexion…Avez-vous jamais regardé à la dérobée les passagers en partance dans un aéroport ? Fourbus, tendus et fébriles avant même d’avoir décollé, les voici aux prises avec leurs chariots, se frayant péniblement un passage à travers la foule aussi dense et moite qu’une gelée anglaise frémissante…A la promiscuité de l’usine, du bureau, voici qu’ils préfèrent le statut de bétail humain: scrutés, fouillés, enregistrés, étiquetés, fliqués, canalisés, ils semblent tirer plaisir du fait qu’on les achemine en troupeaux à travers des portiques, un dédale de couloirs, de tapis roulants, de barrières et de barrages filtrants. Muets et dociles, ils subissent cette réification humiliante sans broncher, à laquelle s’ajoutent, retards, attentes, frustrations et psychodrames. Voici l’usage que les peuples font de leur liberté ! Au bout du dédale, pas de Minotaure à vaincre mais l’espoir de voir les pyramides, un chameau, quelques indigènes, de l’eau pas si bleue, un récif de corail pas si rose, un palmier-dattier et, en prime, entre Sainte-Sophie et la Chapelle Sixtine, une horde de Suisses alémaniques en goguette. Même le Sphinx en demeure perplexe…

-Quoi ? L’avion des Baléares aura 6 heures de retard ? Quoi ? On doit désinfecter l’avion de Dakar à cause de la mouche tsé-tsé ? Quoi ? Les pièces détachées ne sont pas arrivées de Seattle pour réparer mon Boeing ? Quoi ! Je suis encore victime de l’over-booking ? Mes valises déroutées sur Pékin par erreur ?Mes médicaments on fondu dans la soute climatisée ?

Que nul ne s’étonne après cela, d’assister à des scènes pitoyables de familles entières suant comme les chevaux de la malle-poste du Gothard, affalées dans des fauteuils de cuir synthétique, le regard vide, sans espoir…Ce sont les victimes quotidiennes des transports aériens. Cette industrie a la particularité de vous clouer au sol, sous mille prétextes, durant huit heures pour vous emporter au Septième Ciel de Majorque en une heure et demie…

A bord, le répit et le soulagement ne sont que de courte durée. Mieux vaut obéir aux injonctions de la jeune inconnue qui exige que vous attachiez votre ceinture, redressiez le dossier de votre siège, arrimiez vos bagages, repériez les sorties de secours, les canots de sauvetage, la disposition des lieux d’aisance, les masques à oxygène et les bouées auto-gonflables semi-automatiques. L’infantilisation du client se poursuit : voulez-vous une gomme à mâcher ? Un whisky ? Un briquet Machin ? Un foulard Hermine ? Le magazine Playboy ou le Wall Street Journal ? Pourquoi pas un paquet de préservatifs et un rail à sniffer pendant qu’ils y sont ? Et voici encore un casque audio, que personne n’avait appelé de ses voeux, pour suivre le film que nous allons vous projeter : Gregator III.

C’est alors que vous découvrez l’existence de votre voisin de bâbord: un exotique obèse qui diffuse un parfum de lotion d’après-rasage oriental à des lieues à la ronde. Et qui renifle bruyamment toutes les trois expirations. Son jasmin synthétique viole à tel point votre espace intime que vous préféreriez respirer de la dioxine pure. De plus, les chairs du voyageur rebondissent de part et d’autre de son siège et empiètent singulièrement sur votre espace vital, déjà fort réduit. Dans sa main crispée, un attaché-case gorgé de documents . Dans l’autre: le numéro spécial de la célèbre revue Free Harem. A ses pieds: un ordinateur portable dans sa housse de simili-cuir. Pour tromper l’angoisse, la créature devient diserte, loquace et même prolixe. Le flux vocal de décibels monte en puissance: les membres de sa famille logent huit rangées en poupe et il faut bien couvrir le bruit des réacteurs pour se faire entendre. De longs débats éructés en une langue inconnue, gutturale, accompagné de gestes idoines pour en renforcer le message, s’échangent par dessus les têtes des auditeurs malgré eux … Plus tard, le voyageur exigera de téléphoner à New York, en pidgin English dans le même style, durant vingt minutes pour demander des nouvelles de son chat. Epuisé par tant d’efforts, il finit par s’endormir. Affalé, la bouche ouverte. En ronflant durant 6 heures et 34 minutes.

Quant à la clientèle de Ière classe (des contemporains d'un village d'Appenzell), elle rassemble un carré de vieillards libidineux en route pour la Thailande.

Les autocars ? Les plages ? Le Club ? Les pensions ? Les restoroutes ? Le camping ? La résidence secondaire de la belle-mère ? Autant de séductions qui vous piègent votre estivant plus sûrement que la toile d’araignée.

Qui osera dire que le roi est nu et que de telles vacances n’en ont que le nom ?

Vite une initiative populaire fédérale pour supprimer les vacances grégaires !

 

Jack Holliday

*De Goethe: Lied der Mignon


"Kennst du das Land, wo die Zitronen blühn,
Im dunkeln Laub die Goldorangen glühn,
Ein sanfter Wind vom blauen Himmel weht,
Die Myrte still und hoch der Lorbeer steht,
Kennst du es wohl?
Dahin! Dahin
Möcht ich mit dir, o mein Geliebter, ziehn."

 

 

 

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Commentaires

L'auteur du misanthrope n'eut pas fait mieux, en d'autres temps avec des mots et des situations différentes.

Alors cher ami si vous voulez tétaniser l'économie en général, continuez et vous êtes certain de vous retrouver au milieu d'une mare glauque, avec des grenouilles à dix huit pattes, des crapauds cyclopes, des cloportes innommables !
Tout cela sur le ton de l'ironie, bien sûr !

En d'autres mots, éclatez-vous: regardez les belles fesses de naïades de rêve, fumez des pétards, buvez des coups, bref, VIVEZ !!!

Santé !!!!

Écrit par : L'étamine épanouie | 15/07/2013

Merveilleux texte, plein de bon sens et anti-grégaire à souhait. Ah! quel bien ça fait de lire ça...
Ein Freund vom Land, wo die Zitronen das ganze Jahr blühn.

Écrit par : Roger | 15/07/2013

Un texte qui incite à réfléchir ...

Écrit par : benpal | 18/07/2013

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