29/10/2013

Les Légionnaires suisses réhabilités à Carouge

kunzi.jpgDaniel Künzi, l'un des meilleurs documentaristes de Suisse, nous livre son dernier opus en date de sa collection historique consacrée aux Suisses qui ont connu une destinée exceptionnelle. Des dissidents, des hérétiques,des déviants, des marginaux et des héros, la plupart méconnus  ! Cette fois-ci, il nous livre, dans une réalisation fort réussie, sous le titre de C'était la guerre , le témoignage de Suisses engagés dans la Légion étrangère. On en ressort bouleversé. Ce joyau n'est diffusé que dans la petite salle (20 places !) du Cinéma Bio à Carouge (GE) jusqu'au 5 novembre 2013, à raison de deux séances par jour: à 14h. 30 et à 18 h. 10. A ne pas manquer ! Le scénario est signé Gilles Perrault (Le Pullover Rouge).


legionnaireflyer.jpgA l'exception de Michel Viala, auteur dramatique et écrivain genevois, les légionnaires suisses qui livrent leurs témoignages bouleversants, sont tous d'outre-Sarine. Aucun, hormis Viala (qui vient de décéder) n'a la gueule de l'emploi, telle qu'on pourrait l'imaginer: traits burinés, créatures musclées sans cervelle, têtes brûlées et baroudeurs bellicistes et sanguinaires.

L'un d'entre eux, contre toute attente, à sa sortie de la Légion, son contrat expiré, se consacre à l'étude et à la photographie des...libellules ! Qui l'eût dit, qui l'eût cru ?

Künzi nous démontre avant tout l'humanité de tous ces combattants mercenaires qui se sont engagés, au mépris de la loi suisse, dans la prestigieuse Légion étrangère de l'armée française. Les témoignages savamment recueillis cassent le mythe du légionnaire chantant : Tiens voilà du boudin, voilà du boudin ! et prêt à chaque instant à casser du "viet" ou du "bougnoule" .

Quant aux motifs qui ont poussé notre jeunesse helvétique à entrer dans la Légion, ils n'ont que rarement la fuite pour motif. La fuite parce qu'on aurait commis des délits en Suisse, parce qu'on aurait préféré abandonner sa famille, faute de pouvoir la nourrir, pour se glisser dans l'anonymat d'une armée où, à l'engagement (pour cinq ans),  on ne pose aucune question aux recrues sur leur passé.

La raison la plus souvent invoquée est d'ordre économique. Par un état de nécessité. Pas de diplôme, pas de relations, pas de travail, pas de logement, pas d'argent. La solde de la Légion est confortable, la cuisine est mieux que bonne et le BMDC (bordel mobile de campagne) pour tous, est bon marché.

Plusieurs des légionnaires ont eu l'infortune, comme enfants ou adolescents, d'être incarcérés dans une prison suisse de sinistre mémoire: la "Montagne de Diesse". On y fourguait les asociaux et les anti-sociaux sur simple indication de l'entourage familial, scolaire ou sur simple caprice d'un psy.  C'est ainsi que  des orphelins et des "caractériels"  ou des auteurs de micro-larcins ont enduré les pires souffrances dans cette prison pour enfants et ados. Pour leur bien, cela s'entend:-) !

A l'époque, le seul à protester (dans les années 1940 et 1950) contre les conditions indignes imposées aux jeunes prisonniers dans cet établissement, fut Jack Rollan, le seul satiriste auquel on laisse la parole, sous surveillance, en  Suisse romande. Dans son hebdomadaire Le Bonjour de Jack Rollan dont la parution cessa en 1956, le satiriste avait dénoncé avec vigueur les avanies et traitements indignes et les mets peu ragoutants imposés aux jeunes pensionnaires dans la prison pour jeunes: de la tête de cochon pas fraîche, des avanies et des punitions à la chaîne pour la moindre vétille... Chaque enfant et ado était relégué et isolé chaque nuit en cellule.. La Suisse officielle avait immédiatement réagi aux dénonciations publiques légitimes de Jack Rollan en l'attaquant  en calomnie devant les tribunaux ...

cetaitlaguerre.jpgDans C'était la guerre, un historien retrace l'anamnèse de la vocation de nos légionnaires suisses. Des victimes d'un système de rééducation ignoble. Des victime de la misère et des psys, toujours si prompts à stigmatiser et à punir tout ce qui est différent. (Il est question maintenant pour le Conseil fédéral d'indemniser certaines des victimes pour les traitements odieux subis au nom de l'arbitraire et de la pratique de "l'internement administratif", soit une incarcération préventive sans qu'aucun délit n'ait été commis ! Il suffisait d'être taxé de mauvais comportement pour être déporté en maison de correction )

C'est donc ce régime odieux imposé à notre jeunesse suisse des années 1945-1960 qui est à l'origine de la plupart des vocations de nos légionnaires suisses.  Pour dissuader ses pensionnaires de s'engager à la Légion à leur libération, les geôliers de la sinistre Montagne de Diesse avaient fait tourner un film de propagande dissuasif que n'eût pas désavoué Goebbels, chef de la propagande du IIIe Reich, pour enrôler des volontaires à la Hitlerjugend. Le caractère mensonger de la séquence de propagande anti-Légion est si ridicule et mensonger qu'on se plairait à sourire si les témoignages n'étaient si dramatiques. Ce chef d'oeuvre de propagande aurait même stimulé la curiosité des enfants et ados rééduqués à la dure.

kunzipubtrois550.jpgL'anamnèse livrée, on passe aux deux grands épisodes de l'Histoire où la Légion s'est illustrée: la guerre anti-coloniale en Indochine et la guerre d'Algérie, considérée encore officiellement à ce jour comme des "troubles internes de la République française" et non comme une guerre de libération. Le témoignage d'une militante du FLN est particulièrement bouleversant. Les pires, paraît-il, n'étaient pas les légionnaires qui, s'ils ne faisaient pas de prisonniers, ne pratiquaient pas la torture. Cette spécialité française en Algérie était "réservée à la Gendarmerie et aux CRS".

Tous les témoins dont Künzi a eu l'heureuse inspiration de recueillir le récit insistent aussi sur l'esprit de camaraderie et de solidarité qui prévalait à la Légion.

kunzipubquatre.jpgL'un des héros de ces deux boucheries précitées explique en détail comment il en est arrivé à tuer son premier homme sous la menace du révolver d'un supérieur. Le hiatus est total entre la physionomie paisible de ce brave Suisse comme les autres et la violence de son récit.

On ressort de ce film absolument bouleversé. Ces hommes méritent tous notre respect. Et pour les souffrances extrêmes endurées dans leur jeunesse et pour avoir survécu à leur condition de légionnaire et aux boucheries dans lesquelles la France s'était imprudemment engagée, en vain (Dien Bien Phu, 1954), pour continuer à apporter" le flambeau de la civilisation" aux peuplades "primitives" qu'elle avait asservies.

Voici en quels termes les auteurs du documentaire présentent leur opus:

"L’histoire des 7-8000 légionnaires suisses au service de la France coloniale: Indochine, Algérie, etc.

"Peut-être le dernier tabou social de la Suisse du XXème siècle. Des Suisses, souvent enlevés à leurs parents dans leur enfance par les services sociaux, puis placés dans des bagnes pour adolescents, nous racontent la guerre dans toute son horreur: tortures, crimes contre l’humanité, exécutions sommaires, etc. Contrairement aux brigadistes de la guerre d’Espagne, sévèrement punis, ils furent généralement condamnés à une petite peine avec sursis "

La clémence des tribunaux suisses à l'égard des légionnaires sur les fronts d' Indochine et d'Algérie s'expliquerait par le fait que ces combattants, même illégaux, ont oeuvré pour maintenir les valeurs de l'Occident alors que les Suisses engagés dans les Brigades Internationales de la guerre d'Espagne, bien qu'ils défendissent la démocratie contre le fascisme, étaient de gauche, donc potentiellement... au service de l'URSS.Selon que votre cause sera honnie ou désirable, les jugements de cour vous rendront noir ou blanc.

oppligerlivrer.jpg

 


Q'en pense aujourd'hui l'Etat-major de l'Armée suisse ? Il demeure muet.

Allez tous déguster à votre tour une tranche d'Histoire à vif au Cinéma Bio de Carouge.

Vous ne serez point déçu.

Jusqu'au 5 novembre 2013 seulement. A 14 h. 30 et 18 h. 10. Arrêt TPG: Place du Marché, Carouge.

 

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» Excellent accueil de C'était la guerre par les media

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Commentaires

ON ne peut que souhaiter plein succès pour ce livre
c'est vrai qu'à cette époque hygiéniquement parlant valait mieux ne pas être crétin ou idiot .Terme qui fut utilisé abusivement quand on a vécu avec beaucoup de ces êtres qui de peur d'être frappés ne parlaient pas ou tout simplement trop timides avec pour résultats l'inespéré pour les enfermer ou les faire fuir à la légion,l'implosion qui même à tous les abus.
A croire comme aujourd'hui que certains ont à cœur de faire des gens malheureux .Avant on les enfermait maintenant on maintient les humains dans une dépendance affective ou financière juste sans doute pour le plaisir de les voir souffrir !
La cruauté mentale hélas est toujours d'actualité et elle ira en augmentant si tous les partis qui se chamaillent entre eux ne comprennent pas qu'ils sont pain bénis pour toutes les mouvances sectaires -religieuses ou ONG qui n'attendent qu'un faux pas de leur part pour s'infiltrer n'importe ou même au sein de nombreuses familles ce qui fut aussi par les sectes aussi nombreuses que les cloportes dès la fin de la guerre.Enfants nous étions complètement destabilisés quand aux parents c'était guère mieux
toute belle journée pour Vous

Écrit par : lovsmeralda | 30/10/2013

je me permets de rajouter que de nombreux parents nés en 14 -18 n'étaient souvent plus que des épaves dès 39 ,alors imaginez la facilité avec laquelle les hygiénistes dès 1920 fondirent sur les cerveau endommagés par la faim,les expériences sexuelles souvent proches de la folie meurtrière .Beaucoup de mères ont été mises enceintes en 45 année de la bombe atomique avec des ondes sismiques sur plusieurs années ,déjà épaves devenues proies d'autant plus facile à manipuler par d'autres cerveaux ravagés eux par des théories absolues auxquels ils étaient seuls à croire.
En écoutant les peurs actuelles sorties de cerveaux socialistes-Verts et environnementalistes dont ils sont seuls détenteurs de la clé de pandore ,on se croirait revenu aux années 40 ou religieux et hygiénistes se faisaient la guerre au nom de la Sainte pureté des classes sociales
Alors vivement qu'on sorte de l'année du serpent reflétant à lui seul leur machiavélisme digne des plus grands scénarios -catastrophes pour des gens ignorant même le sens profond du mot Peur mais surtout pour d'autres,on a jamais vu un serpent courageux.La preuve,Hitler s'est suicidé

Écrit par : lovsmeralda | 31/10/2013

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