14/11/2013

Les obscures vitrines de la politique genevoise

puzzled.jpgVous croyez tout savoir des activités de la politique genevoise ? Quelle illusion ! Levons le voile sur sa face cachée lunaire. Les séances du Grand Conseil sont transmises intégralement en direct  sur Léman Bleu, la chaîne de télé locale, et en différé sur le site de l'Etat de Genève. Donc rien ne serait caché ? Pas si sûr... Alors que des cahiers entiers de gazettes sont consacrés aux commentaires de matches de foot, voire à la valse des entraîneurs, à la vente et revente de joueurs, que les journaux télévisés ouvrent leur édition principale sur le dernier résultat après un "tie break" d'un match de tennis, l'activité politique locale, celle qui touche et influe directement sur la vie quotidienne de la population, est voilée comme nous allons vous le démontrer. Des correctifs s'imposent d'urgence. Attachez vos ceintures !


startingblock.jpgLes dernières élections cantonales genevoises vous ont passionné ? Vous les avez vécues comme un véritable match de foot ? Un camp contre l'autre, la gauche contre la droite, comme vous en aviez pris la (mauvaise) jusqu'ici ?

Et vous voici surpris par le jeu des trois blocs et comblé jusqu'à la prochaine poussée d'adrénaline...dans cinq ans ?

Et vous voilà de retour à vos matches de tennis, de foot, de rugby sur vos écrans ? Vous ne "occupez pas de politique" ? Eh bien la politique va s'occuper de vous pendant cinq ans !

Mieux vaudrait donc que vous fussiez attentif à tout ce qui se trame et mijote dans votre dos durant ces cinq années. Avant même que les média ne vous en parlent... toujours de manière cursive. Détecter ceux des projets inacceptables avant qu'il ne soient coulés dans l'airain des lois. Faire entendre votre approbation ou votre opposition avant que les carottes ne soient cuites. Faute de quoi, un beau matin, vous allez vous retrouver non pas avec une nouvelle Traversée de la Rade, de beaux logements bon marché, des écoles préparant efficacement l'avenir de vos enfants, des soins médicaux encore meilleurs et moins coûteux grâce à la future Caisse unique mais bien Gros-Jean comme devant ! Toutes ces promesses électorales oubliées ou impossibles à réaliser, vous reprendrez votre refrain: "Ils font ce qu'ils veulent une fois élus. Ils s'en mettent plein les poches à la Tour Baudet, et l'on en passe. Soyons tous tous proactifs en surveillant ce qui se passe en amont de ce que les média vous révéleront... trop tard.

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Il est donc essentiel de suivre la politique locale en amont, avant la commission des abus, des décisions liberticides, du mépris des priorités et surtout de gaspillages éhontés. Voulez-vous une patinoire supplémentaire à CHF 140'000'000.- au Trèfle Blanc ou de meilleurs logements HLM ? Voulez-vous encore plus de pistes cyclables ou la généralisation d'ondes vertes" facilitant la circulation des automobilistes ?

Savez-vous que l'Etat de Genève est endetté à hauteur de 15 milliards de francs et que nul candidat aux charges publiques n'a mentionné ce fait troublant dans sa publicité électorale ?

greentoupee100.jpgQue savez-vous des taxes accrues sur les bateaux à moteur polluants, sur les puissants deux-roues motorisés, les quads et les autres véhicules polluants qui risquent d'être imposées par le PS et les Verts au nom d'une "fiscalité plus écologique et plus sociale ? Trois projets de loi et les rapports de commissions, à l'ordre du jour de la prochaine séance du Grand Conseil,  (les 28 et 29 nov.) sont accessibles sur le site de l'Etat de Genève. Vous ne le saviez-pas ? Eh bien, chers concitoyens, courez-y  en déambulant dans le labyrinthe informatique du Grand Conseil pour savourer les textes consacrés à ces nouvelles taxes.

Si vous n'y prêtez garde, des guirlandes de mauvaises décisions seront prises dans votre dos, à votre insu. Pourtant, il faut savoir naviguer dans le Dédale informatique imposé par "l’Etat" pour découvrir ce qui se concocte et mijote dans les cuisines parlementaires. Tout se passe comme si l'on s'évertuait à décourager la curiosité des administrés pour leurs propres affaires publiques.

Naviguer avec succès dans le labyrinthe du processus législatif online, cela exige apprentissage, constance, patience et savoir-faire. Première leçon d'initiation...

Plongeons donc dans le galimatias du site de l’Etat de Genève online...

 

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Cliquez ici et vous y êtes... Ensuite, cliquez sur l'écriteau "Organisation" à gauche de votre écran puis, sous « Grand Conseil », cliquez sur consultez les pages. Un choix vous est alors offert. Cliquons sur les Archives videos du Grand Conseil.

Manque de pot : la vidéo la plus récente remonte au 4 octobre 2013. Rien à ce jour (13 nov. 2013) sur la séance inaugurale de la nouvelle législature, le jeudi 7 novembre. Pas de nouvelles non plus de la séance (houleuse) du lendemain. C'est ce qui s'appelle probablement « suivre l'actualité » ! Vite un détour par Léman Bleu, chargé de diffuser les captations des séances du Parlement : Nichts ! Nada ! Nothing ! Niente ! Rien !

Heureusement que j'ai capté et enregistré la séance inaugurale, historique, de la nouvelle législature grâce à mon décodeur de TNT (télévision numérique terrestre) sur mon ordinateur ! Mais que vois-je ? Je viens de me rendre coupable d'un délit car je n'avais pas lu le texte - en caractères minuscules - de mise en garde sur le site de l’Etat  :

Vous vous engagez à ne pas capter ou enregistrer de quelque manière que ce soit et sur quelque support que ce soit, modifier, copier, reproduire, poster, transmettre, publier ou utiliser de quelque façon que ce soit tous les contenus son et images accessibles sur le site, ainsi que les codes et logiciels.

 

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Aïe !

Par crainte d'une perquisition domiciliaire et séquestration du disque dur de mon PC, j'efface aussitôt le document video de mes archives informatiques en m'épongeant le front à l'idée que mon méfait pourrait me conduire dans une cellule de Champ-Dollon, prison préventive déjà bien fréquentée...Ouf !

Poursuivons notre exploration...

Tiens, si nous allions voir le procès-verbal de la session du Grand Conseil des 7 et 8 novembre 2013 ?

Ça y est ! Au bas de la première colonne, à gauche, je clique sur Prestation de serment du Grand Conseil.

 

 

amaudruzdef.jpgParfait ! L'ordre du jour ne comporte que 17 points. Pas de quoi calmer mon appétence, hormis le discours inaugural du Doyen d'âge, Michel Amaudruz. Ses propos sont absents de la page ! Bof, par courriel, je contacte l'orateur qui, obligeant, me transmet aussitôt son discours en format .pdf Merci ! Je vais donc le publier, après l'avoir converti en .doc, sur le site des Dissident(e)s de Genève puisque le Doyen bleu en question est membre de notre association libertaire. Mais ne devrais-je pas, pour respecter l'esprit et la lettre de la loi, solliciter aussi l'autorisation préalable du Bureau du Grand Conseil ? La seule autorisation de l'auteur n'est peut-être pas suffisante puisque son discours appartient au Grand Conseil désormais... Passons...

Ah, voici un lien cliquable pour la séance du 8 novembre : pas moins de 228 points à l'ordre du jour ! C'est le tombereau d'objets en suspens semés en héritage dans le sillage de l'ancien Grand Conseil, renouvelé depuis lors...

Cherchons dans ce fatras d'objets hétéroclites un thème porteur. Chaque objet est désigné par des lettres et un nombre. Ainsi « PL » signifie « projet de loi », « E » = élection, « P » = pétition, « QE » = question écrite, » »M » = Motion , etc.

Il est des thèmes très importants à cet ordre du jour et d'autres si légers qu'ils paraissent dérisoires : ainsi ce courrier (lettre « C  3282») de Mme Bopp-Billon Bernadette, du 16 octobre 2013 « regrettant la pratique des services AVS de s'adresser à l'époux plutôt qu'à l'épouse directement. »

Moins hilarante, « la plainte pénale déposée par le Grand Conseil, le 29 octobre 2013 auprès du Procureur général, pour publication de débats officiels secrets. « (C 3283)

Décidément nos élus si républicains et cantonaux sont bien discrets sur leur combinazione dans leurs commissions à huis-clos.

Tiens, voici la P 1872 qui retient mon attention: Pétition: Police du feu - Halte aux lenteurs et aux tracasseries, halte à la gabegie » Il doit sans doute s'agir des embarras de circulation qui empêchent les pompiers d'accéder sur les lieux des sinistres. Intéressant. Comment en savoir plus ? Alors là, mieux vaut que vous restiez sur la page de l'ordre du jour à votre écran et que vous ouvriez un nouvel onglet (plutôt que de revenir en arrière, cela vous épargnera des allers-retours...) et que vous cliquiez ici  puis  ici sur « Textes » au bas de la première colonne à gauche. Puis cliquez ensuite sur « Pétitions » (deuxième col. à droite). Il ne vous reste plus qu'à repérer le No 1872 parmi le grand choix offert. Et vous ne le trouverez pas ce No 1872 pour la bonne raison que vous êtes au chapitre des Rapports sur les pétitions et non sur les pétitions elles-mêmes ! Vous avez compris ? Donc il faut vous y prendre autrement...

C'est simple ...ou presque : il vous faut gagner la rubrique « Recherche d'un objet parlementaire » ici, tout en haut à gauche de votre écran.

Cliquez sur la minuscule flèche à côté du champ (par défaut) « Projet de loi (+loi) puis descendez avec l'ascenseur et choisissez « Pétition » puis ajouter dans le champ vierge « 1872 » et cliquez sur « go » et vous arrivez ici 

Il vous suffit alors de cliquez sur l'hyperlien actif « P 1872) et vous obtenez enfin le texte de ladite pétition !

Simple, non ?

Il en va de même pour les 227 autres objets à l'ordre du jour du Grand Conseil pour la seule séance du 8 novembre 2013 !

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Évidemment, on peut comprendre que le contact permanent des cerveaux de nos informaticiens avec le binaire et les algorythmes leur ait fait perdre le bon sens et même la raison, telle que la conçoivent et la pratiquent les 470'000 administrés du territoire de Genève.

Mais ne serait-il pas plus simple que les 228 objets figurant à l'ordre du jour apparaissent en hyperliens (bleus) pointant directement vers les textes eux-mêmes, ce qui faciliterait grandement la tâche des surfeurs civiques ? Trop simple, probablement...

lemanbleu.jpgYaka suivre les débats complets sur Léman bleu ! rétorqueront les fâcheux. Eh bien parlons-en des débats télévisés de Léman Bleu...

A moins de vous caler dans votre fauteuil de 17 h. à 23 heures deux jours de suite une ou deux fois par mois, vous n'aurez jamais de vue synoptique des débats et devrez subir un pourcentage de quelque 40 % de discours explétifs (au moins), sans le moindre intérêt.  Et pas de logiciel zappeur pour shooter le blabla et ne capter que l'essentiel. Pourtant, ce fleuve charrie aussi des joyaux. C'est un art que de les repérer.

D'autres pratiques vicieuses rendent ces transmissions télévisées inutilisables : aucun mot-clef pour rappeler en permanence par incrustation durable le sujet dont on traite. Si vous prenez le visionnement en marche, vous êtes perdu. L'identification de l'orateur/trice n'apparaît que l'espace d'un instant à l'écran. Même fugacité pour l'appartenance des uns et des autres à un parti.

Enfin, la transmission des débats, aux moments les plus cruciaux, s'interrompt brusquement, sans crier gare, pour faire place à l'actualité ordinaire ! Du vrai locutus interruptus !

Quant au « replay » des videos accessibles sur le site de l’Etat de Genève, ses sujets de débat ne sont pas « dégroupés », c'est à dire qu'il vous faudra écouter et visionner l'ensemble d'une séance  pour trouver, par exemple, celui (à venir !) lié à votre pétition précitée P 1872 au milieu du fatras oratoire qui dure des heures !

rotativespapier.jpgIl vous reste donc la presse. Celle-ci, hélas, ne consacre plus qu'une portion congrue de sa pagination aux affaires politiques locales, privilégiant souvent l'anecdotique, le trivial, le divertissant aux dépens de l'essentiel. Ou à des  éditos sur la Syrie, la guerre permanente au Proche-Orient dont tout le monde se fout pourtant joyeusement. Décidément, on ne fait pas monter les tirages et l'audimat avec de bons sentiments.

Priorité à Hitzfeld, Federer, Gottéron, Lady Gaga et l'on ne sait quoi.

bonimenteur.jpgLe déversement intégral des logorrhées du Grand Conseil sur les ondes de Léman Bleu décourage donc plutôt qu'il ne motive le citoyen. Il faut d'urgence qu'une équipe soit trouvée pour dégrouper les sujets e video, leur accoler un ou deux mots-clefs, en faire un montage raisonnable, présentable, diffusable et utilisable. Une sorte de Reader's Digest visuel (ou sonore, l'image n'apportant que très peu d'information). Seuls des professionnels du journalisme politique local seraient à même de produire une version synthétique, débarrassée de ses scories et tirades explétives, de ces séances on l'on légifère, et bavarde à tours de bras. Le citoyen genevois est digne de bénéficier d'un "Best of ". Avec un bonus s'il y tient...

Les vitrines de la politique genevoise sont si obscures qu'on peut se demander si la classe politique genevoise ne tire pas parti de facto de cette intransparence imputable probablement aux caprices de quelques informaticiens qui ne comprennent rien à la politique et à l'illetrisme informatique des élus. Les informaticiens ne travaillent pas pour le public mais à leur seul usage. Il en va de même - trop souvent - de nos politiciens. Deux mondes qui s'ignorent superbement...

Marc Falquet.jpgIl arrive même qu'à la faveur d'une simple et modeste Question écrite (QE 125A), des problèmes d'une gravité extrême soient soulevés. Un exemple : celle de Marc Falquet, député (UDC), après l'assassinat d'Adeline, la sociothérapeute victime des égarements des Maîtres de la République et Canton de Genève.

Je n'en ai trouvé nulle trace ni dans mes gazettes favorites ni sur Léman Bleu à ce jour. Pas plus que de traces sur les  futures taxes écolo sur les bateaux à moteur, les quads et je ne sais quoi encore.

A titre de comparaison, les débats du Conseil national sont accessibles intégralement, sous forme de textes verbatim, une heure ou deux aprés leur déroulement.

A Genève, le Mémorial n'est publié que plusieurs mois après les séances qu'il est censé immortaliser.

Allez gémir ensuite du taux d'abstentionnisme.

Quant au gouvernement, élu par 41 % du corps électoral, ce défaut de représentativité ne semble nullement le gêner. (jaw)

 

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Commentaires

Je plussoie :-) et applaudis à la vérité incontournable de ce post.

Que ce soit sur n'importe quel site de l'Etat, qui non seulement pour la plupart ne sont pas sécurisés, ni celui de votations, ni celui de l'OP par exemple, la moindre recherche relève d'un marathon aux handicaps insurmontables.

J'ai pu constater qu'il était plus facile de trouver l'aiguille dans la meule de foin en passant directement par une recherche google bien ciblée.

C'est ainsi que les citoyens ne sont informés de rien, pas seulement sur les sujets que vous citez, mais sur tous. C'est ainsi que des règles et des droits ne sont pas appliqués depuis des années, parce que les citoyens ne sont pas au courant et que pour tout dire, les intervenants de l'Etat non plus.

Cauchemardesque.

Ce doit l'être encore bien plus pour tous ceux qui sont isolés, vieux et affaiblis et n'ont pas internet.

Merci en tous cas pour ce post, j'ai beaucoup ri. Et ça fait du bien, même si dans les années 2000, cela donnerait plutôt à pleurer.

Écrit par : Jmemêledetout | 14/11/2013

Le mur de Berlin? Un incident !
La muraille de Chine ? Une grosse bévue !

Un "petit vieux" bien de chez nous ? Un scandale !!

Encore une chance pour nos politocards et autres virgules fécales de la presse quotidienne qu'il (le petit vieux) n'ait pas accès aux nouvelles réelles: sinon ? Il n'y aurait pas assez de lames aiguisées ....

Écrit par : Djin's Calevain | 15/11/2013

Excellent billet, merci... :)

Je perçois la pseudo-transparence de l'Etat en Suisse de la même manière. On met à disposition les informations mais avec une telle complication qu'elle restent inaccessibles à qui n'a pas le temps de faire l'effort (d'en payer le prix...) pour les trouver...

C'est un peu comme s'il disaient : nous sommes transparents, l'information vous est accessible, mais il vous faut aller au sommet du Salève la chercher à pied...


C'est pourquoi dans le même ordre d'idée et à fin de contrer cette pseudo-transparence a été mis sur pied un petit site de veille médiatique sur la question de la libre circulation des personnes et des votations qui auront lieu l'année prochaine à ce sujet...

Tappez dans votre navigateur : rapport adimante


Bien à vous

adi

Écrit par : adi | 16/11/2013

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