23/03/2014

L'élection du Procureur ? Une farce !

procureur.gifNon, ne vous en déplaise, je ne participerai pas à l'élection du Procureur de la République et Canton de Genève : c'est une farce ! Je ne jouerai donc pas à pile ou face l'attribution d'une fonction aussi stratégique et déposerai donc un bulletin blanc dans l'urne, en guise de protestation. Et j'invite chaque citoyen-ne à en faire de même. Pour le respect du bon sens, de la logique et de la dignité résiduelle de la démocratie.


Les deux candidats n'y sont pour rien: c'est le système qui est vicieux.

A vrai dire, cette farce ne prête pas à sourire. Explications.


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Alors que les juridictions comptent 137 postes de magistrat titulaire, soit quarante-quatre au Ministère public (y compris le procureur général et les premiers procureurs), soixante et un dans les tribunaux de première instance et trente-deux en dernière instance cantonale, le citoyen genevois n'est appelé qu'à choisir entre deux candidats, l'ancien député libéral au Grand Conseil, Olivier Jornot (sortant) et un obscur avocat, sympathique mais marxiste, Pierre Bayenet, pour occuper la charge de Procureur général. Un choix binaire bien limité.

camember-topff-avocat.jpg" Cette année, 539 postes (au total) étaient à pourvoir lors des élections judiciaires qui ont lieu tous les six ans. "Si l’on excepte l’élection du procureur général, le nombre de candidats était inférieur au nombre de postes. 507 magistrats ont ainsi été élus tacitement, comme le prévoit la Constitution et comme l’a récemment constaté le Conseil d’Etat par arrêté du 12 mars 2014", nous enseigne le site de l'Etat.

Dans ce cas, la loi dispose qu'une élection populaire n'est pas nécessaire.  Voici donc du hasard un peu organisé à la faveur d' une singulière martingale inusable: les gens de robe qui, à Genève, préfèrant rester entre eux et concocter la répartition de leurs lucratives sinécures en petit comité, s'arrangent toujours pour présenter une liste bloquée et se soustraire ainsi à un scrutin populaire. Pratique. Simple. Rapide et efficace pour empêcher que des tiers, de simples sujets profanes - de vulgaires manants portant le titre peu disputé de citoyens - ne viennent casser leur mât de Cocagne planté au plus profond du terreau de leurs traditions töpfériennes. La farce se répète inexorablement tous les six ans.

Nul élu du Législatif n'y trouve donc à redire puisque chaque parti est servi comme il le souhaite. Nul Parti politique ne geint ni ne proteste. C'est que lesdits partis, tous confondus, s'entendent comme larrons en foire pour se partager en coulisse les tranches du gâteau et désigner ceux qu'ils veulent faire juges et  un ou deux candidats - jamais plus ! - à la tête du Ministère public.  C'est parfaitement constitutionnel et légal et parfaitement anti-démocratique. Cela fait des années que ce déni de démocratie perdure: celui de la carte forcée. Jadis, le peuple de Genève ne pouvait même pas élire son Procureur général car il faisait aussi partie de l'ingénieuse martingale : on l'escamotait, lui aussi, du suffrage universel qui aurait pu lui conférer un quelque semblant de légitimité. Le progrès n'est donc qu'illusoire...

Certes, d'un Procureur Genève ne saurait se passer. Un mal nécessaire. Comme la police, la bise noire et les asiles d'aliénés. Mais devrait-on pour autant applaudir des deux mains et déposer un bulletin électoral pour « le brillant » Olivier Jornot et approuver ipso facto sa boîte noire judiciaire sans pouvoir en soulever le couvercle pour jauger son contenu ? Quels sont ces  magistrats sans visage qui font figure de fantassins inconnus derrière le panache d'hermine du candidat unique Olivier Jornot ? Candidat unique, oui, car son apparent rival compte "pour beurre".

Nul ne connaît le visage et le pedigree des magistrats désignés en coulisse et "élus tacitement" sinon ces mêmes gens de robe qui en ont dressé la liste bloquée dans le secret de leurs antres ! Cette manière de procéder est une insulte aux électeurs. Et un déni démocratique de taille, renouvelable ad aeternam.

bayenet.jpgQuant au rival unique Pierre Bayenet, son courage à affronter l'inexorable machine à tromper la démocratie, ses chances paraissent bien ténues... Sa candidature force l'admiration car elle rappelle le courage du vaillant Don Quichotte et l'adresse manuelle de David. Sa fronde paraît pourtant bien dérisoire face au candidat sortant, soutenu par les partis PLR, PDC, MCG, PBD et les Verts libéraux.

Une plainte pénale vient de le frapper et c'est le futur Procureur général qui va devoir juger de sa recevabilité et de poursuites éventuelles. Une nouvelle manière de cultiver l'entre-soi entre gens de robe:-) ?

Qu'est-ce qui vaut un tel enthousiame quasi-unanime à Olivier Jornot ? Son passé au sein du défunt Mouvement Vigilance (populiste) ? Ses seuls indubitables et unanimement reconnus talents de député au Grand Conseil (2005-2011) sur les bancs du Parti libéral ? Sa persistance à incarcérer des immigrants étrangers sans papiers à la prison surpeuplée de Champ-Dollan où les récidives d'émeutes menacent chaque jour ? Sa complicité affichée avec son coreligionnaire du PLR, Pierre Maudet, conseiller d'Etat, autre addict à l'enseigne du « tout répressif »  ?

Interpellé sur le caractère « inhumain » de la prison de Champ-Dollon, tel que l'a qualifiée le Tribunal fédéral dans un récent Arrêt, le candidat Jornot s'en lave les mains :

(...) - Il y a des situations à risque en prison, mais elles ne doivent pas conduire à baisser les bras ni à modifier la politique criminelle décidée. (...) J'applique la loi pénale. Le reste n'est pas de mon ressort. » (Le Matin Dimanche)

On en apprend un peu plus sur la philosophie du candidat Jornot à la lecture de son interview parue dans Le Matin Dimanche du 23 mars 2014. Ces insolents d'Ariane Dayer et Fabriano Citroni osent ce qui suit :

  • Vous avez décrété qu'il fallait incarcérer des sans-papiers. La prochaine étape, c'est quoi ? Les voleurs de pommes ?

  • Il y a deux ans, j'ai constaté qu'on vivait avec environ 300 personnes en situation illégale, qui n'avaient pas d'autres moyens de subsistance à Genève que de se livrer à la délinquance. La situation dégénérait. Nous étions dans une impasse car leurs pays ne veulent pas reprendre ces personnes, essentiellement des ressortissants d'Afrique du Nord. J'ai mis une pression constante sur ces gens pour qu'ils comprennent que les autorités ne veulent pas d'eux ici.

  • Vous emprisonnez certains alors qu'ils n'ont pas commis de délit autre que l'infraction à la loi sur les étrangers, juste parce que vous pensez qu'ils vont sévir. C'est du délit de sale gueule ?

  • On retrouve systématiquement ces personnes dans des zones de deal ou d'autres où il y a beaucoup d'infractions. A une époque, des grappes de gens attendaient que les touristes sortent du train pour les détrousser (...) Il ne faut pas tomber dans le délit de sale gueule, mais il ne faut pas tomber non plus dans le déni de réalité. »

Restons donc dans la réalité et sautons sur le wagon de queue du train Jornot pour constater qu'il aime le pouvoir. Qui songerait d'ailleurs à le lui reprocher ?  En 2008 il échoue dans la lutte pour l'investiture de son parti (Le Parti libéral) pour l'élection au Conseil d'Etat. Il est devancé au premier tour par Mark Muller et Isabel Rochat. Le premier a dû démissionner dans des circonstances rocambolesques. La seconde n'a pas été réélue.

sautdepuce.jpgSon parti n'a pas voulu de lui au Conseil d'Etat ? Qu'à cela ne tienne: en 2011, d'un saut de puce, M. Jornot, candidat battu à l'investiture au gouvernement, change de cap et plonge dans le chaudron judiciaire en franchissant sans état d'âme la frontière fort perméable de la combien frêle et évanescente séparation des pouvoirs. C'est dans ce chaudron effervescent qu'il exerce désormais ses talents d'ancien militant « vigilant » et « libéral ». Un caméléon qui, battu dans sa quête de pouvoir à l'Exécutif, zigue-zague entre les partis politiques, change d'allégeance  et sautille du pouvoir Législatif au Pouvoir judiciaire avec l'aisance découlant de son ambition atavique:-) ?

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La physionomie d'Olivier Jornot orne les murs et les trams de notre cité. Un homme providentiel nous est donc proposé, à titre d'aubaine à saisir. Cela évoque plutôt un plébiscite qu'une élection.  Nul doute que son triomphe - sans péril et sans gloire - est à portée de main. Il sera une fois encore sous les feux de la rampe, à la tête de sa boîte noire judiciaire.

Vite une initiative populaire cantonale pour faire sortir du bois nos juges et les choisir sur la foi d'un trombinoscope, de leur curriculum vitae et de leur expérience et orientaton politique ! Comme tous les candidats au pouvoir Législatif et Exécutif.

Ces princesses-sur-un pois du pouvoir Judiciaire se sont terrées depuis trop longtemps. Accordons-leur, à eux aussi, le privilège, l'honneur et la légitimité du suffrage universel.

Il faut constater que le petit clan des gens de robe de Genève n'a proposé aucune femme à cette fonction.

Même le somptuaire Bureau de l'Egalité est demeuré muet.

En Crimée, décidément, les mutations sont plus rapides.

Dommage que les Genevois ne puissent voter pour Natalia en son seyant uniforme à épaulettes étoilées ...

Malgré son petit air buté, cette Procureure en vaut probablement bien d'autres:-) (jaw)

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 Natalia Poklonskaya, nouvelle Procureur de Crimée

 

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Commentaires

et combien côute le costume? cette élection binaire est une farce

Écrit par : Pierre à feu | 24/03/2014

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