01/04/2014

Une police du langage pour les députés et les avocats de Genève

grosmots.jpgGenève, le 1er avril 2014 – Le « gouverneur » de Genève, François Longchamp, interrogé par des journalistes lors de sa dernière conférence de presse, a admis (du bout des lèvres) que ses services s'emploient à mettre au point dans la plus grande discrétion un « Language Behaviour Compendium » , tel qu'il en existe déjà dans plusieurs Etats américains pour réguler le vocabulaire et la gestuelle des députés et des avocats : « De nombreux abus ont été commis ces dernières années dans nos parlements et nos prétoires. Il s'agit ni plus ni moins que de réguler et de policer les moeurs langagières et gestuelles des élus et des gens de robe dont les abus croissants provoquent de nombreuses plaintes pénales qui surchargent le Ministère public », explique le président du Conseil d'Etat (PLR), surpris que la presse se soit emparée précocément du sujet, en chantier.


 

longchamp.jpgLa Tribune de Genève a pu se procurer le projet Longchamp (photo) qui énumère 167 termes et gestes prohibés mais s'en est vu interdire la publication par des mesures super-provisionnelles du Procureur général (Olivier Jornot) tant que le Bureau du Grand Conseil et le Conseil de la magistrature n'en ont pas pris connaissance.

« Il s'agit d'une question de civilisation, explique François Longchamp, qui a mandaté un Collège de psycho-linguistes pour dresser la liste de mots, expressions et gestes interdits. Doigts et bras d'honneur, quenelles et autres pouces à terre (comme les empereurs romains aux jeux du cirque) et signes de victoire avec le majeur et l'index, figurent dans la liste des gestes prohibés, au même titre que certaines expressions faciales telles que le « rictus exprimant la morgue » et le doigt porté à la paupière inférieure signifiant « Mon oeil ! ». L'oeil en question, selon les linguistes, ne se réfère nullement à l'organe de la vue mais désigne l'anus, au sens étymologique.

 

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A la question de savoir si, à l'origine de cette innovation, le comportement péroratoire d'Eric Stauffer et de Denis Menoud sont en cause, François Longchamp proteste de sa bonne foi  en ces termes :

- Notre projet ne vise personne en particulier mais se fonde sur la tendance générale aux incivilités qui, de la rue, se sont propagées aux prétoires et aux parlements au fil du temps, conférant à ces mauvais comportements quasi-délictueux une banalisation et une légitimité. L'enjeu en est celui de l'hygiène mentale et morale publique.

bonnant2_0.jpgInterrogé par Jean-François Mabut, à l'Auberge de Gy où le ténor du Barreau genevois, Me Marc Bonnant dégustait ses premières asperges valaisannes dont il est friand, ce dernier s'est exclamé en allumant un havane de premier choix :

"- Il eût été infiniment préférable, révérence parler, en admettant qu'un tel règlement fût vraiment nécessaire, que l'on eût distingué les locuteurs des locutrices et que l'on eût observé des distinguos permettant le départ entre les sexes : la virilité du parler de corps de garde n'est pas celle des hétaïres et il en sera toujours ainsi ad aeternam. Chaque genre a son génie propre. Je me plais à penser que les postillons, redoutables intempéries du langage, sont plus toxiques que le loquior turbae (Réd. parler populaire) puisque verba volant coram populo sed etiam ne sutor ultra crepidam ! (les paroles s'envolent vers la foule mais le cordonnier ne voit pas plus haut que la semelle de ses chaussures) Il est vrai pourtant, ajoute le plaideur, en fin connaisseur, qu'il vaudrait mieux qu'un président de Cour d'Assises, plutôt que de dire communément Abrégez! à un avocat prolixe, s'exprimât d'une manière plus châtiée : Maître, ne serait-il pas grand temps que vous rapetissassiez votre plaidoirie ?"

S'exprimant en français courant, François Longchamp a refusé, pour sa part, de confirmer ou d'infirmer que sa liste de mots interdits du projet  « Language Behaviour Compendium » comprend bel et bien les termes suivants :

avorton, bachibouzouk, blaireau, branquignole, casse-burnes, défoulodromeur, ectoplasme, face de (cul, raie..etc), gougeat, grognasse, limace, lopette, nazebrock, pantouflard, punaise, raclure, relou, saltimbanque, travelo, vieille peau et... zozo.

Fondé essentiellement sur la jurisprudence et des cas concrets de « parler genevois », le règlement interdit aussi de s'en prendre aux traits de caractère d'un adversaire politique ou d'une partie adverse. C'est ainsi qu'il est interdit – même si c'est vrai – de traiter quiconque de « paresseux » sans encourir les foudres de la justice. Il en va de même d'user d'imparfaits du subjonctif de manière ironique, abusive et incongrue.

Au chapitre des gestes interdits, le « Compendium » fournit des exemples sous forme de dessins. Malgré l'interdiction temporaire qui frappe la publication du « Compendium Longchamp » ou de ses extraits, nous prenons le risque d'en publier quelques-uns au nom de la liberté d'expression.

A noter qu'Eric Stauffer, absorbé dans sa nouvelle enteprise de vapotage, n'a pas retourné notre appel. (jaw)

Exemple No 73 du Compendium: Rictus

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Exemple No 52: Mépris

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 Exemple 34: Colère

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Exemple 25: Ironie

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AVEUX CRUELS !

Genève, le 2 avril 2014: Me voici contrit et penaud au lendemain du Premier Avril en devant confesser que cette "police du langage", toute vraisemblable fût-elle,  n'est que le produit d'une imagination échauffée à l'Omega 3 du Premier avril.

Le "gouverneur" de Genève n'a pas de tel projet dans ses tiroirs (que je sache) mais cela pourrait lui donner des idées...

Et je ne sais si Me Marc Bonnant est friand ou non des premières aperges valaisannes mais son style, il est vrai, est inimitable. Le nec sequitur de la citation latine eût pu servir d'indice prouvant la facétie...

Quant à J.-F. Mabut, Maître des Blogs, il m'étonnerait qu'il allât interviewer Me Marc Bonnant à l'heure du dessert à l'auberge de Gy, la Rédaction de La Tribune de Genève devant probablement être reliée au réseau téléphonique depuis belle lurette...

Quant aux illustrations de "mimiques faciales interdites dans les parlements et prétoires", même si elles ne figurent pas dans le "Compendium" - et pour cause -  nos orateurs genevois pourraient les éviter spontanément pour le bon ordre des débats.

Et l'on ignore encore la réaction d'Eric Stauffer et de Denis Menoud, orateurs dont le style aurait pu être à la source d'un tel "Compendium":-)

A l'année prochaine et vive les asperges valaisannes ...et la liberté langagière et d'expression faciale ! (jaw)

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Commentaires

Deux solutions s'offrent à nous avec ce billet.

Soit c'est une magnifique poisson d'avril soit cette présidence doit être un tel lieu d'ennui que celui qui l'occupe se morfond du matin au soir Celui du soir au matin étant manifestement du ressort de sa vie privée).

Si nous sommes dans le second (sans jeu de mots)cas de figure, j'en viens à regretter d'avoir si énergiquement œuvrer pour que naisse ce poste, pourtant porteur de mille et un défis, mille et une facettes.

Pour que l'ennui ainsi naisse c'est que le long champ de la République s'est transformé en morne plaine, ce qui ne peut que nous peiner.

Écrit par : Patrick Dimier | 01/04/2014

J'aurais penché pour un poisson d'avril, ce qui me fait hésiter, ce sont les mots de Marc Bonnant, un Marc Bonnant, ça ne s'invente pas, ça se savoure.

Pour le reste, je suis d'accord avec Patrick Dimier, le long champ de l'ennui a investi nos âmes d'une potion soporifique.

Écrit par : Jmemêledetout | 01/04/2014

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