20/04/2014

Le faux DSK dématérialisé part gagnant...

chienblanc.jpgIl faut bien des sondes asservies à notre cerveau pour que nous puissions prendre connaissance du monde qui nous entoure comme il nous fallait jadis des disques 78 tours, 33 tours puis des K7, puis des CD et enfin du MP3 pour entendre et savourer les orchestres symphoniques sous la baguette de Karajan.

Il a fallu un Gutenberg pour libérer les copistes de leur statut d'esclaves griffonneurs et laisser la place au livre de poche pour tous.

Au fil du temps et des progrès, les chef d'oeuvre d'enluminures ont disparu et le chien blanc qui écoutait la Voix de son Maître est rentré dans sa niche sans protester. Rien ne sert de pleurnicher sur ces merveilles perdues.


 eyesandears.jpgSeules nos sondes anatomiques – nos oreilles et nos yeux – en bonne matière biologique auto-réparable et bio-dégradable (à développement plus ou moins durable) n'ont pas suivi la mode et le progrès. Nous sommes toujours aussi friands de (bons) textes et de polyphonies.

Pourtant, la dématérialisation des oeuvres d'art, qu'il s'agisse de musique, de littérature ou de peinture, a déclenché une révolution dont on ne mesure pas encore l'ampleur dévastatrice.

Le dernier exemple en date en est le dernier film de Depardieu Welcome to New York. L'opus ne sortira pas en salle en France.  Seuls verront le récit du complot ourdi contre DSK les surfeurs sur le Net. Comme si on y était:-) ! Un vrai film virtuel mettant en scène un faux DSK sur de vrais écrans plats... Court-circuités les distributeurs, propriétaires de salles et mille autres intermédiaires habitués à prélever leur livre de chair au passage sur le dos des cinéastes. Murmures et menaces dans les rangs... Depardieu entrera donc en majesté, incarnant l'hyper-libidineux DSK sur les écrans plats dans les salons du public planétaire, pour autant que l'on s'acquitte d'un modeste péage de ...sept euros. Tout cela à la barbe des lois de la République libertaire, égalitaire et fraternitaire:-) ! Le prix de deux billets de bus ou de tram aller-retour vers le cinéma le plus proche, pas plus... Pour le même prix, chacun pourra inviter ses voisins au spectacle. Qui dit mieux ?

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Plus de files d'attente encombrant les trottoirs, plus de redevances exorbitantes pour avoir le droit de poser son séant au fond de fauteuils rouges plus ou moins confortables. Plus de quête de places de stationnement pour accéder au box-office. Plus de bruits de papier cellophane froissés par des bouffeuses de bonbons. Plus d'eskimos vendus à la criée pendant l'entr'acte ! Plus de subventionnement somptuaire aux salles de cinéma au coeur des villes. Youpie !

Oui, nous vivons au siècle de la dématérialisation. Et de la culture pour tous ! Bravo et merci !

bobine35mm.jpgJadis, le 35 % du coût de production d'un film en 35 mm. était représenté par les frais de copie de la pellicule et sa distribution dans les salles de cinéma réparties sur la planète entière. Chaque film en pellicule argentique pesait plus de dix kilos. Aujourd'hui, une cassette de 200 grammes remplace les tonnes de pellicules qu'il s'agissait d'expédier dans des centaines de pays, puis de récupérer au terme de longs circuits ruineux en frais de transports. Mais le prix des places de cinéma n'a pas baissé, bien au contraire : le mètre carré dans le centre de nos villes est vendu ou loué à prix exorbitant. Le spectateur contribue donc surtout à engraisser les propriétaires fonciers et immobiliers et non plus à financer le Septième Art.

La France, inventeur solitaire de l'Hadopi, pays où toute activité humaine, tout artisanat, toute industrie (y compris et surtout celle des loisirs) est étroitement soumise à l'emprise de l'Etat, interdit actuellement la diffusion simultanée de films en salle et en VoD (vidéo à la demande). Cette mesure protectionniste stupide et contre-productive va faire les beaux jours du film de Depardieu. D'autres vont suivre la marche inexorable de la « dématérialisation ».

kindle.jpgIl en va de même du « livre numérique » : « Selon le Pew Internet & American Life project », 28 % des Américains ont lu au moins un livre numérique en 2013. Selon le même institut, 50 % des Américains possèdent une tablette numérique ou une liseuse en janvier 2014. » (Source : Wikipedia). Il se vend déjà davantage de livres numériques que d'ouvrages sur papier aux Etats-Unis.

Les tablettes et liseuses de style Kindle gagnent chaque jour du terrain et attaquent de front les livres à prix fixe. Les sites tels qu' Amazon's Kindle Direct Publishing (KDP) sont en train de saboter la rente de situation des éditeurs les mieux établis. La prédation séculaire d'intermédiaires parasites va donc cesser. Le documentaire diffusé par ARTE témoigne de la panique provoquée par le changement de paradigme. La France s'y met timidement mais persiste à pratiquer des prix exorbitants pour ses rares livres numériques disponibles.

Dernier arrivé dans l'édition de livres, voici encore l'Espresso Book Machine pour édition d'ouvrages à la demande.

Dans le monde anglo-saxon, la presse a pris en compte la révolution numérique et offre de nombreux titres « dématérialisés » à des tarifs imbattables. Seuls neuf journaux suisses (dont La Tribune de Genève, la Basler Zeitung, la NZZ, Le Matin, 24 Heures, 20 Minutes) sont actuellement téléchargeables sur PressDisplay, au prix de $ 0.99.

A l'opposé, l'abonnement annuel pour happy fews, sur papier au Temps (+ 1 mois offert) coûte la bagatelle de CHF 528.- sur papier et CHF 396.- en version numérique. La différence de prix n'est ni séduisante ni convaincante.

coupdebamboub.jpgSi vous y ajoutez un abonnement à un hebdomadaire, que vous payez un « droit de prise » au câble, un abonnement à un téléréseau, les taxes pour droits d'auteur, la redevance à la SSR, votre budget d'accès à la culture domestique risque d'exploser.

Pour $ 28 par mois, PressDisplay vous offre un libre accès, ad libitum, à 2800 journaux et magazines du monde entier, en 92 langues !

 Paradoxalement, la tyrannie des nouvelles technologies est appelée à casser les rentes de situation et autres mauvaises habitudes protectionnistes de corporations entières. S'en affliger ne sert à rien.

Mieux vaut s'y adapter et -mieux encore – anticiper et exploiter la nouvelle donne. (jaw)

PS:  A propos, j'allais oublier de vous dire que les ventes (modestes) de mon opus (en deux tomes) sur amazon.fr sont en HAUSSE !

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