25/10/2014

Séquelles de l'esclandre Stauffer: vers du pire ?

depute.jpgLe récent psychodrame frisant le ridicule est donc à la source d'une nouvelle législation annoncée imposant au président du Grand Conseil de lire à haute voix la teneur des amendements aux projets de loi mis en débat. Une telle mesure ne peut, effectivement, qu'ajouter à la clarté des débats, ceux que le bon peuple pourra de nouveau suivre sur le petit écran dès 2015. Le citoyen, les chroniqueurs parlementaires et, subsidiairement, le peuple pourront savourer en direct les délices littéraires de "l'amendement Pistis" sans plus déclencher de rodomontades chronophages. Ni se demander qui est ce "Pistis" dont l'amendement historique escamoté lui vant tant de notoriété: un rhéteur admirable ou une peste oratoire:-) ?


chienbizarre.jpgPourtant, une telle innovation est-elle vraiment capable de dissiper toute ambiguïté au point où le sonore député Stauffer en serait réduit à imaginer d'autres motifs pour créer des incidents d'audience propres à rappeler au peuple qu'il a été élu par le peuple et qu'il oeuvre pour le peuple comme une vestale et chien de garde assurant la régularité des procédures ? Ne risque-t-il pas, privé d'un motif d'indignation, de se retrouver aux abois ?

On peut douter qu'à elle seule, une telle innovation législative suffise à policer les débats. Lire à haute voix les amendements ? Ne vaudrait-il pas mieux les faire apparaître en même temps sur des écrans géants, compte tenu qu'il est extrêmement difficile de saisir à la volée les nuances d'un texte énoncé par un président pressé d'en finir ?

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Pour capter et saisir à la fois la lettre et l'esprit de "l'amendement Pistis", la présentation à la lanterne magique du texte aurait épargné à la police genevoise de devoir intervenir pour cause de tapage nocturne au Parlement.

Mais cette mesure de précaution ne suffira pas à prévenir le retour de tels psychodrames. En effet, qui empêchera un autre trublion d'exiger aussi, en plus de la lecture de son amendement proprement dit, la lecture intégrale des "considérants" si un esprit tordu s'amusait à pondre quatre pages de tels "considérants" explicatifs précédant le dispositif central dudit amendement ? Cela pour mieux faire comprendre la philosophie de sa volonté législative.

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Et pourquoi ne pas ajouter, sur cette lancée,  une disposition complémentaire pour qu'il soit procédé en amont à la levée des ambiguïtés et polysémies - toujours possibles - dans le texte ? Une erreur de ponctuation, une virgule au mauvais endroit et tout est bouleversé:-) ! Enfin, pour faire bon poids, ne conviendrait-il pas de faire appel à un linguiste distingué pour interpréter le sens de chaque mot, dictionnaires à l'appui, avant qu'un autre député sonore ne hurle, au nom du peuple: "C'est pas ce que j'ai voulu dire ni écrire ! Si vous travestissez et trahissez ma pensée, c'est mon  peuple qui est lésé !"

Nul n'aurait plus ainsi la tête dans le cul.

 

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Ne serait-il donc pas grand temps qu'une Brigade du Langage (BdL) parlementaire fût recrutée et nommée à Genève pour dissiper les ambiguités langagières en amont ? Avant qu'il ne soit nécessaire d'appeler Police-Secours pour rétablir l'ordre, au nom du peuple, dans l'intérêt du peuple ?

Imposer un Ordre Hygiénique Nouveau (HN) aux Pâquis en installant des caméras de surveillance, ça se discute. Le maintien de l'ordre langagier au Grand Conseil nous paraît plus urgent.

A la réflexion, faut-il vraiment maintenir la tradition du langage foisonnant spontané au Grand Conseil de Genève ? Ne serait-il pas plus sûr d'exiger, par mesure de précaution, que toutes les interventions soient rédigées sous forme écrite et soumises au Bureau du Grand Conseil avant que les députés ne se hasardent à les énoncer à haute voix devant l'assemblée plénière, transmises par voie herztiennes aux populations ?

C'est à ce prix qu'on parviendra à lisser les rugosités de la démocratie.

PS: Un conseil pour terminer: l'obligation de s'exprimer en français (sans accent) et en prose figure-t-elle dans la législation genevoise ? Quelle fâcheuse lacune ! Cette précision pourrait être utile dès fois qu'un député sonore s'aviserait, par caprice ou provocation, à s'exprimer en volapük, en langage des signes (pour les sourds), en morse ou même en alexandrins.   /.---/.-/..//-../../-// (jaw)

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Commentaires

@JAW Hormis l'excellence de l'article reflétant ce que de nombreux citoyens pensent on peut aussi supposer qu'étant suivis comme leur ombre par des journalistes qu'ils oublient leur rôle mélangeant celui d'un politicien avec celui d' acteurs comme JR ou d'autres ayant meublé des séries américaines et qui n'auront pas laissé grand regret le jour de leur disparition
Ceux pratiquant le harcèlement téléphonique prouvent par leur insistance que moins on leur répond plus ils auront envie de nous rechercher peut-être qu'en politique certains feraient bien d'imiter de nombreux citoyens ,qui sait? rire
très belle journée pour Vous Monsieur Widmer

Écrit par : lovsmeralda | 29/10/2014

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