25/01/2015

Un incurable de la « tchatche » s'est tu : José Artur

josearthur.JPGVolubile, disert et souvent prolixe, l'animateur du Pop Club s'est tu à jamais. Il aura non seulement tendu son micro à des milliers d'invités de marque du show business, de la politique des arts et des lettres mais souvent, de l'époque de l'ORTF (1965) jusqu'en 2005, monologué avec une aisance magistrale au point de reléguer ses hôtes au second plan ! » José Artur ou le babil fait homme...


La légende disait qu'il était bien capable, lorsqu'un invité lui faisait faux-bond, de cumuler les deux rôles !

Un grand artiste vient de nous quitter !

Il se trouve que dès le lancement du Pop Club, en 1965, j'ai eu le plaisir et le privilège de travailler dans le sillage de cet homme de radio exceptionnel.

Il s'agissait d'une mission bien modeste dans la coulisse : racoler et recruter des personnalités de premier plan pour meubler ses émissions quotidiennes, parmi les plus écoutées de toutes les stations radiophoniques francophones. On était encore loin de la primauté de la télévision.

Comme jeune journaliste installé en free lance à Londres dans les années 1960, j'avais accepté de gaîté de cœur cette aubaine qui me rapprochait de toutes les vedettes du moment dont je faisais mon miel.

peerage.pngParmi ces dernières, j'avais proposé d'inviter au Pop Club Sa Seigneurie Arthur Gore Arran, huitième Comte du nom, dans la lignée des pairs héréditaires du Royaume, propriétaire et chroniqueur insolent et excentrique du quotidien Evening News.

Claude Villers, autre talentueux animateur de l'émission, avait été dépêché à Londres pour contenir les éventuels débordements oratoires du Comte, connu pour ses bons mots, ses dérapages et ses outrances.

Faute de fauteuils, de chaises ou de strapontins, nous sommes assis sur la moquette dans les étages supérieurs de la tour du Daily Mirror, transformé en studio de radiophonie. Le champagne coule à flots- Le saumon sauvage vient d'Ecosse

 josearthur.JPGPrésentation du Lord par Claude Villers. Dialogue avec José Artur. La première réplique de l'aristocrate fuse :

-J'aime beaucoup la France, malgré la dictature  !

Aussitôt, la ligne de modulation avec Paris est coupée. Nous sommes en direct et surveillés en pernanence. La France a encore un Ministre de l'Information. La Commission d'écoute diffuse de la musique en lieu et place des propos de lèse-Général.

Claude Villers s'entretient à voix basse avec Lord Arran.

(Photo: José Artur)

La liaison est rétablie avec Paris.

L'interview se poursuit jusqu'à la prochaine saillie :

- Les Françaises puent tellement qu'elles ont inventé la parfumerie pour masquer ce travers !

Et tout à l'avenant ...

Maison_de_la_Radio_Paris.jpgAprès avoir rabattu quelques brassées de tel gibier de micro pour José Artur, j'avais reçu un généreux chèque de sa main. Errant de bureau en bureau au sein du « gruyère » de l'ORTF, j'ai dû me rendre à l'évidence : impossible pour un Suisse domicilié en Grande-Bretagne d'encaisser un chèque en France ...à moins d'être un citoyen français, pigiste, sous contrat, vacataire et doté d'un numéro de Sécurité sociale. De Gaulle a imposé un strict contrôle des changes.

Quant à Claude Villers, il a rasé les murs en croisant le directeur-général de l'ORTF après l'incident avec Lord Arran... Le grand patron s'est approché du journaliste penaud pour lui glisser au creux de l'oreille :

- Ça m'a bien fait sourire, votre Lord déjanté ...

J'ai rendu mon chèque non-encaissable à José Artur.

Il a eu l'élégance de m'inviter dans un restaurant hyper-gastronomique de Paris pour un repas mémorable- un repas où l'esprit français – et même gaulois sinon gaulliste - soufflait à jet continu... J'y ai donc à coup sûr gagné au change et en garde à ce jour un souvenir lumineux. (jaw)

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Commentaires

Très beau témoignage de votre part Monsieur Widmer
Encore un ,telle a été ma réaction en lisant l'info.On a beau ne plus être de première fraicheur mais en voyant tous ceux connus quittant le navire terre et ses catas on ne peut que et de plus en plus apprendre à relativiser
Surtout quand on voit défiler à la sainte journée des wagons de camions poubelles ce qui à la longue confirme bien que nous ne sommes que de simples molécules destinées à finir en poussières
Oui ces célèbres camions qui devaient disparaitre suite à une taxe au sac /rire
Aussi pour en revenir à la réincarnation à laquelle je ne crois pas il m'arrive de regarder au delà de l'horizon et murmurer, j'espère vous retrouver tous vous les pros des ondes radiophoniques .
On ne sait jamais peut-être qu'ensuite certains miracles se réaliseront plus facilement que sur notre bonne et si vielle terre
Une parole disait, on est jamais autant aimé et pour beaucoup recherché qu'une fois mort alors demeurons optimistes malgré tout
Très belle journée pour Vous Monsieur

Écrit par : lovsmeralda | 25/01/2015

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