15/04/2015

Votations SSR : nous, les vieux, faudrait-il que nous nous tussions ?

little-girl-showing-hush-sign-24518779second.jpgL'usage voudrait que nous, les « ex » de nos institutions, nous nous tussions sur les affaires dont nous avons eu à nous occuper, une fois la retraite venue. Ce principe est généralement bien observé en Suisse : les conseillers fédéraux s'abstiennent en général de s'exprimer dès qu'ils ne sont plus aux affaires. Après avoir lourdement pesé sur les décisions populaires durant des années, nos magistats sont réputés hors-jeu. Il est vrai que le discours de nos Sages en exercice compte souvent « pour beurre »... Le refus populaire d'entrer dans l'Espace Economique Européen en 1992 est mémorable à cet égard. Un dimanche lumineux d'une revanche populaire sur le matraquage hystérique de notre gouvernement fédéral et de l'appui inconditionnel de la SSR en faveur de ce singulier club logé chez Boaz, comme ils disent...


rousseau.jpgCurieusement, contrairement à son habitude, Sa Seigneurie Pascal Couchepin est demeurée coite sur la redevance de la SSR. D'autres, en revanche, ont aussitôt pris le relais, sortant de l'ombre pour rappeler qu'ils existaient encore. Toutefois, l'âge venant, certains se sont mis à deux pour pondre des textes de propagande collective en faveur de la SSR : ce fut le cas de l'excellent Guillaume Chenevière, cornaqué par un acolyte. Pourtant, le premier nommé n'était flanqué d'aucun »nègre » pour porter la plume et nous offrir son excellent Rousseau, une histoire genevoise.

Puis il a fallu encore lire une diatribe hostile à la SSR de l'ancien député radical genevois Pierre Kunz et les protestations ironiques et véhémentes du journaliste Pascal Décaillet, (Léman bleu, GHI) accusé, à tort ou à raison, de vouloir démanteler la SSR.

web MARCHAND--469x239.jpgOutre ces querelles partisanes, l'actuel directeur de la Radio- Télévision suisse romande, Gilles Marchand, à chanté avec talent et conviction les mérites de l'entreprise qu'il dirige, insistant à juste titre, au chapitre de leur motivation sur la convoitise  des deux géants de l'édition suisse. Un plaidoyer assez convaincant. On n'en attendait pas moins de sa part !

Malgré tout, la raison voudrait que l'on repoussât la loi mise en votation grâce au referendum de Jean-François Rime, cos. nat. (UDC/FR) soutenu par l'USAM. (Union susse des arts et métiers)

Pourquoi les entreprises dont le chiffre d'affaires dépasse 500'000 francs devraient-elles être soumises à la redevance SSR ? Ce ne sont pas des entreprises qui écoutent la radio ou regardent la télévision mais bien des humains soumis à concession ! Sinon, autant faire payer la concession à nos animaux domestiques, chats, chiens et reptiles compris: eux aussi consomment des programmes de la SSR ... et de la précieuse bande passante . (Rami, ma regrettée chattes siamoise, appréciait  beaucoup les deux concertos de Ravel pour piano et orchestre...)

Au vu de ces précédents, nous avons hésité longtemps à emboîter le pas de ces commentateurs illustres, au motif que nous avons œuvré durant trente-et-un ans à plein temps puis à temps partiel à la SSR. Le temps nous semblait venu que nous la coinçassions sur ce thème familier.

En effet, outre notre emploi de journaliste dans cette entreprise, nous avons occupé durant des années le siège de délégué du personnel de la TSR, avec voix délibérative, au sein de la SRTR (Société romande de télévision et de radio). Cet aréopage, alors composé de 18 membres (Conseillers d'État, délégués du Conseil fédéral, préfets, syndics de grandes villes suisses romandes, etc) , jouait le rôle d'autorité de contrôle de gestion et de nomination de l'encadrement. L'équivalent en régime d'association d'un conseil d'administration en régime de société anonyme.

Ce délicieux poste de « mouche du coche » avait été octroyé imprudemment par les dirigeants à titre du Mitbestimmungsrecht – le droit de participation – dans la mouvance de l'ère post-soixante-huitarde.

Cette mémorable expérience légitime à elle seule que nous nous autorisions  à prendre part au débat.

Cette instance fut le théâtre de combats homériques, ledit comité n'étant formé dans son écrasante majorité que de bien-pensants normopathes conservateurs, militant au sein de partis politiques ...conservateurs.

Les attaques contre les émissions jugées « trop à gauche » étaient constantes y compris contre celles en cours de tournage qu'il s'agissait de torpiller aussitôt à titre préventif ! La liberté d'expression était donc placée sous étroite  surveillance et le règne de l'autocensure prédominait, avec sa séquelle indissociable : la peur de déplaire aux caciques ! Il arrivait même que la censure fût franche,  brutale et assumée. Il me souvient de comédiens ravis d'avoir touché deux cachets, l'un pour l'émission originale, sonorisée le matin et un deuxième pour celle censurée l'après-midi :-) !

Bien entendu, javais retiré ma signature de la version altérée.

 

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Un livre ne suffirait pas à retracer les péripéties de cette époque où le politique intervenait directement dans les programmes...y compris dans les émissions religieuses considérées, elles aussi, comme « gauchistes » !

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 Il a fallu le courage et la clairvoyance d'un Leo Schumann (1917-2002), cons.nat. (PDC/SO) puis directeur de la SSR (1981) pour mettre un terme à ce système pourri, délétère et liberticide, héritage de la Guerre froide.

Cet « introït » exprimé, je me hasarde à mon tour, dans le sillage des vieux préopinants, à conseiller de rejeter la loi  sur les taxes SSR par un NON sec et massif (referendum) mais à proposer, en revanche, par la voie parlementaire ou celle de l'exercice des droits populaires, un changement de statut de la SSR : conserver nos antennes publiques pour la diffusion de son  coeur de métier : l'information dont les magazines. En revanche, il serait grand temps que la production des domaines ludiques, divertissants et   frivoles fussent confiés à des sociétés privées...sur les mêmes antennes publiques. Le nouveau système sur le modèle similaire de l'ITV en Grande-Bretagne,  passerait par une nouvelle répartition des ressources entre les partenaires privés et publics.  Les domaines dont la SSR devrait se séparer sans délai et sans regrets sont : les sports-spectacles et le divertissement.

Les mafias avérées qui gèrent le  business hyper-lucratif des  sports-spectacles sur le plan international auraient tôt fait de trouver le financement pour payer la SSR (et non l'inverse!) pour avoir le droit d'accéder aux antennes publiques suisses. Renversons les tables ! S'ils peuvent acheter et vendre des joueurs au "mercato"à prix d'or comme autant d'esclaves consentants, ils peuvent aussi cracher au bassinet sans maugréer

Il est en effet scandaleux que la SSR persiste à engloutir bon an mal an des dizaines, voire des centaines de millions de francs(c'est secret pour les JO !)  pour acheter à des tarifs exorbitants les droits de transmissions de spectacles sportifs, diffusés quoi qu'il en soi sur toutes les chaînes du monde entier et commentés en de multiples langues. Pourquoi gaspiller des fortunes pour des programmes que l'on peut voir sur des chaîes étrangères sans délier bourse ? Il a y bien d'autres manières de soutenir l'audimat par des émissions-maison inédites en se soustrayant avec bonheur à l'emprise de ces sinistres mafias. Elles ne pressurent d'ailleurs pas que la SSR mais aussi, en plus,  les pouvoirs publics pour financer des stades-fantômes  tels que celui du Servette en déroute. Assez !

Les sommes ainsi économisées par la privatisation partielle de la SSR pourraient être ainsi utilement investies dans des programmes suisses originaux et permettraient de  mieux financer la culture suisse,  dont film.

Ces mafias ne devraient donc plus être financées par les téléspectateurs.

Le football n'est-il pas,par essence,  une peste émotionnelle ?

 peste.jpg

L'ancien directeur de la SSR, Armin Walpen, avait bien tenté de supprimer, à bon escient, la transmission des courses de F1. Les mafias précitées sont parvenues à casser sa décision. C'est dire l'omnipotence de ces  parasites dits « sportifs... »

Mais ceci est probablement aussi anecdotique pour l'actuel directeur de la SSR.

Il sait qui l'a fait prince. Cela est loin d'être anecdotique (jaw)

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Commentaires

bien le bonjour Monsieur Widmer
La tendance du non semble de plus en plus en nette progression même dans les rangs de certains quadras bien décidé à montrer que désormais il faudra aussi compter sur eux
La maturité de l'esprit se fait lentement chez certains mais dès qu'ils ont compris qu'on cherche à les flouer ils deviennent des Nein Sager en puissance
Suite à la lecture de l'article une question se pose et si on cherchait à nous faire voter non justement pour faire ce que certains politiciens n'osent plus et ce pour différentes raisons ?
très belle journée pour Vous Monsieur

Écrit par : lovejoie | 15/04/2015

En arrivant gamine en Suisse, en fin de seconde guerre mondiale, le football me parut ressenti come sacré... A l'époque "peste émotionnelle"? Non. Puis, le tour de France, sportif? Oui.

Hélas! progressivement l'argent, la dope, également, ont tout déformé, faussé: casser de telles "mafias parasitaires", comment?

Faut-il imaginer que tant que rien ne changera le public froidement tournerait le dos à ces sports?

Quoi attendre, à quoi s'attendre?

Écrit par : MB | 15/04/2015

Merci pour ce témoignage d'initié !

Ce qui me choque le plus c'est l'arnaque de l'économie des 60.- par an qui ne durera que le temps de la votation. Du populisme à l'état pur.

Ensuite, c'est le caractère profondément injuste de faire passer à la caisse les entreprises dont les collaborateurs s'acquittent déjà tous individuellement de leur dû.

Et enfin, ce qui devrait être le plus important comme vous le relevez, la notion de service public qui n'a rien à voir avec la soupe commerciale qui n'intéresse plus la nouvelle génération. Quoique... la TV fait sa mue et recommence à toucher les plus jeunes avec des émissions désespérantes qui les formatent par le plus médiocre dénominateur commun lors des émissions de téléréalité.

Écrit par : Pierre Jenni | 15/04/2015

"Ensuite, c'est le caractère profondément injuste de faire passer à la caisse les entreprises dont les collaborateurs s'acquittent déjà tous individuellement de leur dû."

Hé! Vous me plagiez Pierre Jenni? LOL

"Et comme le dit si bien Pierre Jenni: "le débat aujourd'hui concerne la redevance"

Un éclaircissement svp concernant les entreprises dont chaque employé et employeur s'acquittent déjà, à titre privé, de la redevance?!!! C'est quoi cette arnaque? "

Écrit par : Patoucha | 09/04/2015

http://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2015/04/08/la-ssr-la-ligne-maginot-la-memoire-enfouie-d-une-autre-guerr-266180.html

Écrit par : Patoucha | 17/05/2015

Je serais plutôt pour la réforme. Ce que je trouve fou, c'est ce gaspillage d'argent pour Lausanne. J'y reviendrai.

Écrit par : Danijol | 16/04/2015

Comme c'est bien dit
Le mot censure ( est bien compris par l'auditeur ) dans cette grosse machine coûteuse qui ronronne tranquille souvent même trop tranquillement !!!!
Quand au plus jeunes aucun ne regarde ou écoute la rts .
C'est quoi l'audience aujourd'hui de la rts et l'avenir !!!
Très belle journée
Daniel

Écrit par : Daniel | 24/04/2015

Bien des personnes qui connaissent la SSR pour y avoir travaillé ( dont j'ai fait partie autrefois ) sont conscients que la politique actuelle de l'institution mériterait une sérieuse remise en question et la définition de nouveaux objectifs. Pour l'instant, on a l'impression que seul l'audimat dicte la stratégie de l'entreprise. C'est un choix qui n'évite pas la critique.

Écrit par : jacques vallotton | 27/04/2015

"Pourquoi gaspiller des fortunes pour des programmes que l'on peut voir sur des chaîes étrangères sans délier bourse ?"

Bien sûr, allons faucher les pommes de terre et les voitures en France voisine aussi ! Non mais vous comprenez pas que la reception de ces chaines en Suisse c'est du vol autorisé ? Et pire, la SSR n'est pas dispo ailleurs.

Écrit par : ah | 25/05/2015

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