04/05/2016

40 % d'enfants gâtés au Grand Conseil de Genève ?

5smzkm1q.gifLe quotidien vaudois Le Temps (04.05.2016) ose enfin dénoncer l'exploitation d'une rente de situation intolérable et chronique à Genève : le pouvoir exorbitant de fonctionnaires et retraités de l'État servant leurs propres intérêts personnels et collectifs en tant qu'élus du Grand Conseil. C'était un sujet tabou jusqu'ici...

La police qui refuse impunément de porter son uniforme et se met en grève quand elle est contrariée, le budget imposé par « douzièmes provisoires » au motif que d'autres réclament à cor et à cri une plus grosse tranche de gâteau, telles sont les « Genfereien » récidivantes d'une République et Canton dotée d'un budget annuel de plus de 8 milliards de francs !


5smzkm1q.gifCette corne d'abondance excite les papilles des mieux nantis. Aucun parti n'avait osé jusqu'ici - par crainte de déplaire- dénoncer de front un abus criant et manifeste : « Près de 40 % des députés ont été ou sont des collaborateurs de l'État. Cette surreprésentation gèle, estiment certains élus, toute tentative de réforme de la fonction publique. »

Certes, l'Art. 84 de la Constitution genevoise dispose que les députés « s’abstiennent de participer au débat et au vote d’un objet dans lequel ils ont un conflit d’intérêts ou lorsqu’ils ont collaboré à l’élaboration de la proposition ou de la position du Conseil d’Etat en qualité de membre de l’administration cantonale. »

De surcroît, Loi portant règlement du Grand Conseil de la République et canton de Genève (LRGC) stipule :

Art. 24(70) Obligation de s’abstenir

1 Dans les séances du Grand Conseil et des commissions, les députés qui, pour eux-mêmes, leurs ascendants, descendants, frères, sœurs, conjoint, partenaire enregistré, ou alliés au même degré, ont un intérêt personnel direct à l’objet soumis à la discussion, ne peuvent intervenir ni voter, à l’exception du budget et des comptes rendus pris dans leur ensemble.

2 Il en va de même lorsqu’ils ont collaboré à l’élaboration de la proposition ou de la position du Conseil d’Etat en qualité de membre de l’administration cantonale.(113)
3 Par intérêt personnel direct, on entend un intérêt matériel ou financier. Ne sont pas comprises les normes générales et abstraites.

aellenjpg.jpgSi l'on comprend aisément que si charité bien ordonnée commence par soi-même, on peut s'étonner de la révélation de Cyril Aellen (député PLR) au Temps  au sujet de ses collègues députés-fonctionnaires ou fonctionnaires-retraités  : « J'ai l'impression qu'ils sont aujourd'hui totalement désinhibés, affichant peu de retenue sur des objets qui les touchent directement. (...) On peut penser au renflouage de la caisse de pension ou à l'octroi d'un pont-retraite généreux. Plus récemment, j'ai vu peu de députés s'abstenir de se prononcer sur le versement des annuités(mécanisme de progression salariale), sur le gel des embauches à l'Etat ou sur le doublement du dernier salaire des fonctionnaires avant de partir en retraite ».

vincentmaitre.jpgVincent Maitre, député PDC, se rit en ces termes de la manière dont l'obligation de l'article 24 n'est pas respectée :

«Du vent ! Le MCG, par exemple, n'hésite pas à se prononcer sur des objets qui concernent directement le statut ou les rémunérations des policiers, comme l'ont fait certains en commission judiciaire lors de l'élaboration de la loi la police. »

Rappel : avec un salaire médian de CHF 9000.- par mois, qui osera encore affirmer que le fonctionnaire genevois est à plaindre ?

Ces enfants gâtés qui s'octroient des privilèges - selon leurs intérêts personnels ou corporatistes -  en votant ou en refusant de voter les budgets auxquels ils émargent ou ont émargé comme fonctionnaires retraités, sont une épine dans le pied de la res publica genevoise.

Le moment paraît bien choisi pour mettre un terme à la violation de la propre législation du Grand conseil en recourant à l'arbitrage du peuple.

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Quels partis seront-ils assez courageux pour dénoncer un état de fait calamiteux et lancer une initiative visant à modifier la Constitution cantonale et le règlement du Grand Conseil  et mettre ainsi enfin un terme à ce lobby revendicateur exploitant éhontément sa rente de situation ?

Négocier en amont avec les syndicats est une pratique louable, recommandée, parfaitement cohérente avec la tradition helvétique, au même titre que le droit de manifester publiquement pour exprimer ses revendications. Il en va de même de la grève comme argument ultima ratio.

En revanche, exercer un chantage permanent et systématique sur le Conseil d'État en étant à la fois juge et partie n'est pas admissible. Pas plus que de prendre systématiquement en otage la population par des stratégies disruptives.

Merci d'avance à tous les citoyens, partis, associations, de bien vouloir apporter leurs commentaires au projet de réforme que nous appelons de nos voeux.

Nous en aurons ainsi terminé avec la farce des « douzièmes provisoires » du budget.

Et avec les 40 % des « surreprésentés » et plus égaux que les autres au Grand Conseil qui songent avant tout à se servir plutôt qu'à servir.

jawidmer@bluewin.ch

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Commentaires

Cher Monsieur,

J'entends votre indignation et je la partage !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 04/05/2016

ouf! enfin! oser en parler, un 1er pas. Reste l'omerta, des bénéficiaires

Écrit par : divergente | 05/05/2016

S'il y avait une solution simple ça se saurait.
Mon expérience du travail en commission des transports sur le sujet des taxis m'a définitivement découragé sur la capacité du politique à répondre aux questions qui occupent la république.
Je vous épargnerai l'historique depuis la première loi de 1979 sous Fontanet dont les archives papier sont disponibles à la Chancellerie, mais je me contenterai de vous relater les derniers travaux sur la loi Unger qui ont occupé la commission durant trois ans pour aboutir à un texte obsolète et rejeté par l'ensemble de la corporation. La loi fut donc votée contre l'avis des professionnels par un parlement aveugle, sourd mais pas muet en mars 2014 pour être simplement abrogée dans la foulée des élections au conseil d'Etat fin 2013. Eh oui, les taxis subissent une nouvelle loi tous les six ans, presque à chaque changement de législature et le magistrat qui débarque considère systématiquement que le travail de son prédécesseur est à reprendre à zéro.
J'ai donc suggéré dans un billet de réformer le travail en commissions par la nomination d'un président professionnel qui siège durant toute la législature.
http://posttenebraslux.blog.tdg.ch/archive/2015/02/04/limites-de-la-democratie-parlementaire-264296.html
Une autre piste consistait à rémunérer le travail à domicile des parlementaires pour étudier les innombrables documents qui leurs sont proposés afin d'avancer plus efficacement lors des séances, plutôt que l'augmentation des jetons de présence en plénière. Car j'ai pu vérifier qu'AUCUN député n'avait pris la peine de consulter ces documents. Ils se sont donc prononcés en toute subjectivité, selon les mots d'ordres de leur formation ou par simple conviction personnelle non étayée.

Mais tout cela va exploser à relativement court terme. L'actualité politique mondiale reflète le ras-le-bol des électeurs. De manière assez caricaturale aux States avec Trump et Sanders.
Les combats polarisés entre la droite et la gauche n'ont plus de sens. La situation française en est un exemple parlant.
La suite viendra avec le développement des outils numériques qui permettront d'évaluer en temps réel les réalisations des élus et corroborer leurs promesses électorales de candidats.
Des applications permettront de trier les sujets par ordre d'intérêt personnel ou d'importance incitant ainsi toutes les tranches d'âges à participer à la chose publique en quelques clics. Même les jeunes qui boudent les urnes malgré les efforts répétés pour les intéresser.
La démocratie représentative a montré ses limites qui sont devenues des caricatures avec les dérives dénoncées par Mauro Poggia au niveau du parlement national phagocyté par les lobbyistes. http://poggia.blog.tdg.ch/archive/2015/12/21/corruption-swiss-made-suite-et-pas-fin-272780.html

S'il devient aussi nécessaire qu'urgent de diminuer le train de vie de l'Etat, il serait en revanche inconscient de lui couper les vivres pour laisser la place à la loi de la jungle qui se profile dans des objets comme TAFTA, ces accords transatlantiques qui apparaissent à certains comme une bouée de sauvetage mais qui, en vérité, sonnent le glas du dernier arbitre à peu près neutre qu'est le pouvoir judiciaire. En effet, ces accords prévoient la mise en place de tribunaux arbitraires privés supranationaux qui ridiculiseront la fonction publique à un point tel qu'elle perdrait sa raison d'être.

Écrit par : Pierre Jenni | 05/05/2016

Puisque l'on évoque les avantages, réels ou supposés, de certains députés-fonctionnaires , alors, pourquoi ne pas parler des rentes,bien réelles et à vie , qui sont servies aux anciens conseillers d'Etat ?

Comment les justifier et les maintenir , alors que la situation financière du canton ne s'améliore pas, bien au contraire...

Écrit par : Exprof | 06/05/2016

@Exprof
Votre remarque s'applique au moins à ceux qui ne désertent leur occupation prospère que pour un temps et la retrouvent ensuite avec un revenu augmenté par cette retraite.
D'autres, qui ont sacrifié une activité très rémunératrice pour se consacrer au "bien public" et qui risquent bien de voir leur revenu diminuer fortement après cette période, méritent de se voir récompenser.

Écrit par : Mère-Grand | 06/05/2016

Mère-Grand, pensez-vous sérieusement qu'un candidat à un exécutif n'assure pas ses arrières ?
Pensez-vous, par exemple, que Me Poggia s'est défait de son étude ou bien qu'il en a donné les clés à un fidèle allié ?
La fonction n'est rémunérée à vie que si l'élu a assuré deux législatures. Alors quid de ceux qui ne sont pas réélu après 4 ou 5 ans ?
Et ça s'arrête après la troisième.

Écrit par : Pierre Jenni | 11/05/2016

quid des associations!

d'une quant aux subventions, dont le contrôle (gestion des fonds & profits et des bénéficiaires récipiendaires des profits engrangés), échappe à tous, dont aux élus signataires des conventions
cf. les 2 associations récipiendaires des conventions de subventionnnement de l'Usine signées par Sami Kanaan & sa collègue co-signataire

d'autre, quant à leurs dirigeants dont le scope d'actions échappe aux buts fixés - échappe également àà tout réel contrôle
cf la verte Baranova au mandat subventionné de gestion d'1 groupe d'associations ... qui s'est endettée par millions et redemande du crédit

dont les actions justifiées sous le sceau du social culturel d'intégration s'étalent et débordent sur le terrain du racisme &/ou de l'ostracisme religieux à tendances intégristes
cf la multiplicité d'assoces pour femmes musulmanes présidées par femmes d'imam, par françaises converties à l'islam épouses de magrébins

dont on peut légitimement questionner la sincérité de leur connaissance de la culture suisse, qu'elles prétendent vouloir soutenir dans le cadre de leurs actions

- à moins de vouloir importer le communautarisme des cités à la française.

Écrit par : divergente | 06/05/2016

@Pierre Jenni-fan de: à craindre que le blog de votre bien-aimé suscité ne serve qu'à balayer sous le tapis du voisin

soit s'auto-légitimer par l'emprunt d'une légitimation voisine
utiliser la preuve d'à-coté en l'absence de preuve directe
manipuler l'info ou mésinformer en démontrant que si c'est pire ailleurs, on devrait facilement croire que tout va bien ici

et à sa place (celle de votre admiré) sur son siège en son temps, une certaine auteure de la Lamal a fait son job, les résultats ont été REELS et EFFECTIFS - la dame, elle, s'est battue pour le concrétiser, plutôt que de s'évertuer à se construire un profil de would-be conseiller fédéral, via blablas à tous vents

le danger à Genève sont les mémoires courtes - je dis ça je dis rien - sauf qu'en situation de parti ayant servi ne servant plus, le truc est que ça marche, vu le résultat sur vous :-)

Écrit par : divergente | 06/05/2016

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