13/10/2016

Les obsèques « do it yourself » du Dr Cécile Premet

chatthétos.jpgFamille, amis et anciens patients ont eu quelque peine à entrer tous dans la Chapelle de la Cluse (Murith) pour rendre hommage à la mémoire de la doctoresse Cécile Prémet en ce mercredi 12 octobre 2016. Le Cabinet de cette généraliste décédée « de sa propre volonté » à 78 ans,, à la suite de plusieurs maladies handicapantes réputées incurables, fut la bonté et l'abnégation mêmes, au service de ses patients. Situé au centre du quartier de Plainpalais - là où le lait et le miel ne coulent pas au même débit pour tous- ce Cabinet était une Providence pour les moins lotis, les oubliés de la prospérité et même parfois les damnés de la Terre. Pourtant, si elle accordait même des rabais à ses patients indigents, elle était tout aussi à l'aise avec ceux de la Haute-Ville qu'elle retrouvait au Grand théâtre, fervente adepte des opéras italiens aussi bien que de musique sacrée et de chansons françaises classiques.

L'illustre praticienne, toute modeste modeste fût-elle, a recouru à une méthode originale très émouvante pour prendre congé de tous ceux qu'elle aimait : un message d'outre--tombe enregistré par elle-même, avec sa propre voix, et des musiques choisies dont...Le Testament de Georges Brassens !


chatthétos.jpgJ'ai vu s'esquisser des sourires et même entendu des rires mal étouffés lors de ses adieux « do it yourself » car Cécile Prémet maniait l'amour du prochain et l'humour avec un égal bonheur. Son rire tonitruant, quand elle recevait certains patients, était en soi thérapeutique car contagieux.

Parmi ses idiosyncrasies, la rayonnante personnalité genevoise étendait sa protection et son amour aux animaux, en particulier ...aux chats. Pas étonnant qu'il y eût toujours dans son Cabinet un ou deux félins venus vous faire la cour et se faire caresser dans sa salle d'attente. Certains patients venaient même la consulter au prétexte de problèmes de bobologie mais surtout pouvoir s'attarder en salle d'attente et jouer avec les chats !

Sa carrière avait commencé comme assistante sociale. A ce titre, elle avait fait un stage à Paris à l'Armée du Salut où elle avait été confrontée au pire visage de la misère dans la Ville Lumière. De retour à Genève, cette enfant de Plan-les-Ouates, fille d'un ouvrier de la très noble et regrettée Société des Instruments de Physique (SIP), avait bifurqué pour entreprendre des études de médecine sur le tard. Son cabinet aura ainsi vu défiler durant vingt années toute la comédie humaine. Vêtue à la bonne franquette et ne portant jamais de blouse blanche, Cécile Prémet appelait par son authenticité à la confidence. Le diagnostic en était ainsi facilité. La relation humaine était au centre de sa stratégie: elle ne pratiquait jamais «  la médecine au taximètre » et a pu de justesse échapper à l'infâme TARMED. Sa dévouée et fidèle assistante disposait même encore d'un « labo-maison » qui épargnait aux malades des courses inutiles à travers la ville.

Pourtant, quand il fallait, elle « ne l'envoyait pas dire ».

-Vous attendez d'avoir une pneumonie Monsieur, avant de venir consulter ? m'a-t-elle reproché un jour sur un ton rogue en brandissant le résultat d'une analyse express accablante vite faite- sur- le-gaz par son assistante.

Un jour, nous a-t-elle confié, elle a même cru sa dernière heure venue quand un toxicomane en manque, l'avait mise en joue avec un revolver, au motif qu'elle avait refusé de lui fournir une ordonnance pour un médicament psychotrope. Sa détermination et son sang-froid lui ont sauvé la vie à cette occasion car l'agresseur a fini par s'enfuir et ...revenir s'excuser quelque mois plus tard...

Dévouée corps et âme à sa vocation de médecin-généraliste comme on n'en fait plus, sa disponibilité était illimitée mais il est un sujet sur lequel elle ne badinait pas : le nourrissage de ses animaux domestiques à son domicile sur la Butte de Plan-les-Ouates, dans une coquette maison de 1937 qu'on aurait dit sortie d'un conte de fées et qui mériterait au moins d'une « mise à l'inventaire du domaine bâti ».

Pas question de s'attarder en bavardages oiseux après le travail : C'est l'heure d'aller nourrir mes animaux ! annonçait-elle de manière péremptoire comme s'il s'agissait d'une véritable urgence médicale:-) !

En exit de son propre discours funèbre, Cécile Prémet conclut :

Pour ce moment crucial, je vous dois une dernière parole : Ne soyez pas tristes...Ne m'en voulez pas...J'ai eu le privilège d'être entourée par vous tous. Je pars parce que je ressens que je me dégrade , que tout ce qui m'entoure se dégrade : jardin, maison, animaux  etc., que je suis écœurée par cette société. Je quitte ce monde sereinement en accord avec moi-même et heureuse. Je vous aime  (...)N'ayant que trop abusé de votre attention, je vous propose si le cœur vous en dit, de vous exprimer à votre guise : je suis tout ouïe !

Et là, une patiente inconnue, ex-victime de la toxicomanie, témoigne qu'elle avait appelé nuitamment Cécile Prémet en lui avouant qu'elle venait, par désespoir, d'ingurgiter de l'eau de Javel. La police avait aussitôt été alertée mais avait trouvé porte close. À l'arrivée de cette femme médecin exceptionnelle, la désespérée avait ouvert sa porte.

C'est ainsi que la victime fut sauvée in extremis.

Quel plus beau témoignage que celui-là pour illustrer le rôle décisif joué par la défunte, lumière incandescente dans un monde souvent sinistre et déshumanisé.

Cela, oui, s'appelle de la bienfaisance active. Pour athée qu'elle se proclamât, Cécile Prémet, mérite bien ce soir son paradis.

À sa famille et à ses proches ainsi qu'à tous ses patients qui ont bénéficié de ses bienfaits, nous présentons ici nos profondes condoléances émues.

(jaw – Ancien patient)

 

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Commentaires

Magnifique et émouvant témoignage en faveur d'une Doctoresse représentant cette race de Généralistes qui ont peu à peu disparu pour être dès 1970 remplacés par des médecins de plus en plus dépassés par les nouvelles technologies qui leur ont fait perdre de vue ce qui doit rester un droit essentiel pour le malade c'est à dire rester à son écoute qui ne doit dépendre d'aucune statistique ni graphique !
On aura beau inventer n'importe quel outil robotisé celui ci ne remplacera jamais la chaleur et la bonté d'un être humain
ces deux qualités doivent rester prioritaires car elles font aussi partie du Serment d'Hippocrate et représentent le 80 pour cent de chance d'aller nettement mieux
On ne peut que lui souhaiter de reposer en paix et que son aura puisse contaminer les viennent ensuite dans la profession
Bonne journée JAW

Écrit par : lovejoie | 13/10/2016

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