15/03/2018

Exquises horreurs ...à la télé romande

rotatives.jpgCet oxymore pour nous rappeler la fascination qu'exerce sur nous tous le mal...commis par d'autres aux dépens des autres...

-Moi, je me tape deux cimetières par semaine... Ce qui prime, c'est la photo de la victime, celle de l'amant, du chien et de la maison. A partir de là, nous proposons une explication psychologique du drame, sur la base des infos de la police et de notre propre enquête exclusive de proximité.

Cette singulière et mémorable confidence, je l'ai recueillie au milieu des années 1960 à Paris, dans un bistrot, Rue du Fbg St-Honoré, de la bouche d'un journaliste, auto-proclamé spécialiste des crimes passionnels pour l'hebdomadaire
Détective.


detectiveex.jpgMême que la semaine passée, dans une ferme du Cantal, j'ai interviewé le veuf de l'aubergiste ardente, assassinée par son deuxième amant, le boulanger du village. Tu veux que ch'te raconte ? On a trinqué. Le kilo de rouge était posé sur le cercueil de la victime ! Puis j'ai assisté à l'interrogatoire de l'amant jusqu'à ses aveux complets. Je finis ma mominette et te quitte car je dois encore rédiger ce soir tout mon papier sur le parricide de Basse-Normandie...C'est le beau-père jaloux qu'est-coupable !

Le magazine Détective ? Pfoui! Voilà l'onomatopée de dégoût qui jaillit dès que l'on prononce le titre de cette publication. Controversé au point d'être  interdit plusieurs fois de parution pour avoir entravé le cours de la justice et attenté aux bonnes mœurs et à la présomption d'innocence par voie de presse, ce magazine prétend traiter depuis 1928 de "l'actualité criminelle".

Les créateurs de ce magazine comptaient pourtant les Gallimard, Georges Simenon et Joseph Kessel parmi ses pionniers.  A ceux qui se scandalisaient de cette publication exploitant la misère humaine et le pathologique pathétique extrême, Kessel répliquait: " Le crime existe, c’est une réalité, et, pour s’en défendre, l’information vaut mieux que le silence ”.

 Une "information" de style particulier tout de même puisqu'avant même les premières conclusions des enquêteurs, avant même que la justice ne soit saisie, les reporters de Détective livraient une sorte de "réalité augmentée" en pâtée au public: d'un ensemble de faits et de témoignages hétéroclites (voisins de paliers, confidences de bistrotiers ou de leurs clients), le reporter tirait des conclusions personnelles, en recourant au mode conditionnel si nécessaire. Il arrivait même que l'on désignât un "coupable évident". Leur prose était récrite en un style romanesque populaire qui ajoutait une once de  vraisemblance aux thèses avancées que venaient confirmer, s'il en était besoin,  les photos ou dessins "plus vrais que que nature "illustrant les scènes de crime. Comme si on y était.

Le grand public, de tout temps, a toujours été friand de "délicieuses catastrophes". Des plaies de l'Ancien Testament au drame antique, de l'ogre des contes de fées aux mœurs voraces et sanglantes des dieux et demi-dieux des mythologies, le genre s'alimente depuis toujours aux sources obscures inavouables qui nous hantent tous. Le spectacle du mal qui frappe les autres a une valeur thérapeutique et consolatoire:
heureusement que ça ne m'est pas arrivé à moi. Laisse-moi donc savourer les rapides délices des plus tristes de VOS jours...

Le pathologique et les récits d'horreurs ont donc toujours fasciné l'humanité, depuis le premier reportage écrit sur le premier meurtre de l'Histoire: celui de Caïn et Abel.

cainetabel.jpg

Nul ne songe donc à reprocher à la Télévision romande (RTS) d'avoir peaufiné la formule en nous appâtant avec quatre docu- -fictions fondés partiellement sur de sordides faits divers locaux. (Ladite RTS, cela dit en passant, vient d'échapper à un vrai monstre : No Billag ...puisqu'il faut l'appeler par son nom...)

Parmi les immondices criminels, nos cinéastes suisses en mal de fiction pure, ont choisi notamment les massacres de l'Ordre du Temple solaire (OTS) et Le Sadique de Romont pour thèmes à donner en pâture aux téléspectateurs. Un nouveau genre est né: l'horreur de proximité.

N'étant pas critique de cinéma, je ne me hasarderais point à me prononcer sur la qualité cinématographique de l'opus sur l'OTS que j'ai regardé avec intérêt, malaise et répugnance le mercredi 14 mars 2018 sur RTS UN.

A vrai dire, je préfère un Simenon ou « pire » un Hitchcock de pure fiction...

hitchcock.jpg

Cette singulière docu-fiction sur les massacres de l'Ordre du Temple Solaire (OTS) ne devrait pas nous faire oublier que la Radio suisse romande (RSR) avait tendu innocemment son micro avec une complaisance incroyable au principal gourou de cette tragédie: sept heures d'émission de propagande non contestée, sans le moindre bémol ou question critique: un véritable publi-reportage en faveur du notoire Dr Jouret et de ses théories mortifères..

Ah oui, vraiment ? Oui, c'était dans l'émission "L'éternel présent". Ces archives infâmantes ne figurent plus dans celles de la RSR: avant d'avoir pu être escamotées, elles ont été saisies depuis longtemps et sont en main de la Justice. Dommage: le cinéaste n'aurait pas eu besoin d'inventer des dialogues...

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