15/05/2018

Les HUG nouveaux sont arrivés (VII)

renypix.gifDès 0630 H, les piqueuses débarquent telles des guêpes en mal de chair fraîche. -Pour accélérer les prises de sang, on nous impose des aiguilles de plus gros calibre, au mépris du confort des patients... Parmi les rumeurs, fake gossip et potins qui circulent dans Radio-couloirs, figure l'arrivée imminente d'un illustre professeur (Photo) pour sa Grande visite hebdomadaire. Le trac est perceptible jusque dans le frou-frou des blouses blanches.


Il est vrai que le curriculum du professeur Jean-Luc Reny a de quoi en imposer...

renypix.gif

Le voici, la Bête à concours d'origine française, suivi d'une théorie de disciples avides de glaner quelques bribes de savoir ruissellant dans son sillage.

  • Vous verrez... par sa seule présence, il en impose, m'a prévenu un infirmier.

Il appartient à Drsse Nadia Exquis de présenter les « cas » au professeur et à sa cohorte d'étudiants. A bord de sa chaise roulante nécessitée par son léger handicap, elle décrit et résume mon propre cas en volapük médical...

Entre les deux rideaux qui limitent ma vue, je me sens bien seul face à mon aréopage en blanc. (J'aurais mieux fait de ne pas me coiffer avec un clou ce matin-là puisque je suis devenu nolens volens le centre du spectacle. Comme jadis la Vénus Hottentote ou une femme à barbe... Un miroir me fait défaut. Tout ce monde réuni pour parler de ma vieille peau : mille fois plus jouissif qu'un ...selfie!)

  • Vous aurez l'impression qu'on parle chinois ! nous prévient le Prof. Reny en entamant son récit jaculatoire où se mêlent des agglomérats, grumeaux  et orgies de néologismes chimico-physiques à racines gréco-latines.

  • Pires que ceux ceux de Molière ! me dis-je sotto voce.

    Pendant que le Maître parle, on entendrait voler une mouche... Impressionnant, vraiment.

    Aucun effet de manche mais parfois une question jaillit au détour d'une incise et c'est au meilleur éléve d'y répondre du tac au tac. En cas d'erreur: aucun reproche ni remarque méprisante ou punitive. Au royaume de l'evidence based medecine, seules comptent l'intelligence et l'exactitude.

A l'évidence, je serais bien en peine de contester quoi que ce soit, surtout les conclusions du savant : «  Il y a des dégâts » .

Puis, contre toute attente, voici que le Prof. Reny prend un risque en me donnant la parole ! J'ignorais que le patient moderne eût quoi que ce soit à ajouter au discours cryptique de la Science éclairée !

Que dire sinon remercier des bons soins prodigués ? Je me décide pourtant pour une bonne tranche de story-telling...

  • Vous serez probablement étonnés de savoir qu' en1968, La Tribune de Genève m'envoyait enquêter ici sur le pourquoi de embouteillages aux Urgences de notre Hôpital Cantonal ! J'y ai passé trois nuits et publié trois pages entières grand format... (Petits rires étouffés)

Et je poursuis sur un ton plus dramatique :

  • En pleine nuit, la Radio Suisse Romande (RSR) m'annonce que l'Hôpital est en feu. Je saute sur ma moto et tiens notre public en haleine durant 12 heures...L''incendie est imputable à un court-circuit dans « le chalet » qui sert d'entrée provisoire aux HUG...

Plus récemment, un informateur me signale que Khadafi va régler plusieurs factures en souffrance aux hôpitaux suisses (dont les HUG) qui ont soigné ses soldats, blessés de guerre. Je mobilise un photographe pour immortaliser la scène du chèque  et prouver ainsi que le régime libyen est redevenu fréquentable. Ma dépêche à l'Associated Press est diffusée an niveau mondial. Elle est conforme à la politique du Quai d'Orsay.

Comme quoi, la médecine, le journalisme et la diplomatie peuvent parfois faire bon ménage.

  • Et que dire de votre séjour aux HUG aujourd'hui ? s'enquiert encore le Prof. Jean-Luc Reny.

Je me félicite de la qualité des soins prodigués et suis reconnaissant à tout le personnel.

Et je n'ose à mon tour demander aux étudiants demeurés muets de donner de la voix.

J'ai participé à l'exercice de la Grande visite d'un illustre Prof. de médecine d'envergure internationale.

C'est une première pour moi, dans ma soixante-dix-septième année.

Pourquoi vous le cacher ? Je me sens déjà revigoré. (jaw)

grande-visite-petite-2.jpg

Exemple d'une Grande visite aux CHUV

18:33 | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook

Commentaires

Il y a même des professeurs humains, aurais-je tendance à écrire en plaisantant. Dans des circonstances presque semblables, l'un d'entre eux m'a confié, alors qu'il constatait que j'étais en train de regarder à la télévision la célèbre traversée de la rivière Mara par les troupeaux de gnous et de zèbres "J'ai assisté à cela sur place".
Vous avez raison de dire que cela accélère le processus de guérison.

Écrit par : Mère-Grand | 15/05/2018

Quelle merveilleuse manière de raconter la visite du Professeur! J'apprécie aussi beaucoup la richesse de votre vocabulaire.
Quant au style de visite, je vois qu'il n'y a pas grande modification depuis quelques bonnes décennies...

Écrit par : Marie-France de Meuron | 15/05/2018

J'ai écrit un mot au Prof.Jean-Luc Reny pour lui signaler l'existence de mon texte sur sa Grande visite. Contre toute attente, il m'a gratifié d'une réponse. Comme quoi il arrive que, pour grands que soit nos hommes, ils soient ce que nous sommes...

Écrit par : Jacques-Andre WIDMER | 17/05/2018

Les commentaires sont fermés.