01/07/2018

1974 : le Syndicat Suisse des Mass Media (SSM) restaure l'ordre à la TSR (I)

sixlicenciés.jpgDans le sillage de mai 68 mais avec un retard de trois ans, la Télévision suisse romande (TSR) a été secouée par un orage mémorable qui a ébranlé l'institution en 1971. Une première secousse avait déjà perturbé l'entreprise par une « marche sur Berne » des sons-pilote ». Ceux-là s'estimaient sous-payés...Ils servaient à enregistrer le son des reportages et à conduire la voiture du cameraman, du réalisateur et du journaliste, voire de l'éclairagiste.

Ce personnel pléthorique peut être remplacé aujourd'hui par un seul homme muni d'un smartphone !


sixlicenciés.jpgCes signes précurseurs ne laissaient pourtant point présager de l'ampleur de la crise à venir. Soudain, un vrai coup de tonnerre éclate : on annonce que six journalistes et réalisateurs de la TSR viennent d'être brutalement licenciés de « pour justes motifs » allégués.

La SSR est alors en régime de quasi monopole puisque une seule chaîne étrangère, française, peut être captée...sauf en Valais. Une seconde chaîne française existe mais on ne peut la recevoir qu'au moyen d'une antenne spéciale fort coûteuse.

Comme en atteste son texte, le célèbre critique TV Freddy Landry résume bien le pourquoi et le comment de la Guerre froide à la TSR

Il en va de même de ce reportage de ce Temps présent en archives.

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L'expulsion des six collaborateurs avait été précédée par la publication sauvage d'un rapport accablant commandé par le directeur de la TSR. (photo) Ce dernier, René Schenker, un vrai patron regretté, souhaitait ne pas publier ledit rapport hyper-critique d'un des meilleurs réalisateurs de la maison, le regretté Jean-Claude Diserens.

Pour parfaire le tableau de la crise profonde à la TSR, mentionnons encore une grève sauvage d'un jour, imputable à une poignée de réalisateurs rêvant à un élusif Grand Soir...

A l'époque, la radio-télévision était liée par une convention collective à la SSR, signée par deux syndicats-maison sous l'influence directe du Parti démocrate-chrétien (PDC) : la FERTS (Fédération des employés de la TV romande) et par la FERS (personnel de la radio romande).

A vrai dire, je ne faisais partie d'aucun de ces deux syndicats sinon de la Communauté de travail des Journalistes de la Radio-Télévision (CTJRT) où je venais d'être élu.

Après cinq années passées comme journaliste libre à Londres et une année de traversée du désert, je n'avais guère d'affinités avec les syndicats pour en avoir subi les conséquences en Grande-Bretagne : grève des dockers empêchant le ravitaillement de l'île en légumes et fruits d'importation, grève du Royal Mail pendant six semaines... L'hyper-puissance abusive des restrictive practises des syndicats anglais m'avait dégoûté...

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J'étais donc particulièrement heureux d'avoir retrouvé un emploi stable dans une grande entreprise fédérale avec salaire mensuel régulier et garanti...

J'allais être servi...

Uu jour que je m'apprêtais à recevoir trois invités (un Conseiller d'Etat et deux députés du Grand Conseil de Genève) pour mon émission de politique locale en direct Bilan pour demain,  j'ai appris fortuitement le licenciement abrupt des six collaborateurs.

Me voici décommandant en hâte mes invités avant de m'approcher des studios à Carl-Vogt... (La Tour TV était alors en construction) J'y suis accueilli par une meute fébrile et une passionaria me demandant à brûle-pourpoint si les journalistes font la grève ou non avec les réalisateurs...

- Permettez que je consulte mon Comité de la CTJRT !

Ledit Comité est formé de trois journalistes dont l'un, franco-suisse fut grand reporter à France-Soir et qui professait manifestement des idées de gauche ...Impossible de l'atteindre : il se trouve au coeur de l'Afrique !

J'appelle mon honorable confrère Marc qui se trouve bien à l'abri au siège de la TSR aux Eaux-Vives. Nous tombons d'accord : nous, journalistes qui n'avons nullement été prévenus ni consultés sur l'opportunité d'une telle grève, ne la soutiendrons pas. En revanche, chacun pourra se déterminer individuellement.

Et me voici, du haut de la mezzanine des studios de Carl-Vogt face à une meute fébrile, fanatisée par sa propre agit'prop ', portant mon ambassade à haute voix.

La passionaria sus-mentionnée me crache au visage alors que la foule hurle sa réprobation face à notre refus de cette grève sauvage.

Ce geste lâche et odieux ne passera pas comme ça.

C'est décidé : j'ai 30 ans et je vais m'occuper à restaurer l'ordre dans la boîte. (jaw)

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