10/07/2018

1974 : le Syndicat Suisse des Mass Media (SSM) restaure l'ordre à la TSR (II)

uss.pngLa crise aigüe qui ébranle la TSR en 1971 survient alors que le Chef du Département de Justice et Police de Genève, Henri Schmitt, (Rad.) aspire à accéder au Conseil fédéral.

L'opinion publique s'agite et proteste contre le régime des colonels en Grèce et celui de Franco en Espagne, pour la décriminalisation de l' avortement, pour un statut en faveur des objecteurs de conscience, contre les cures de sommeil imposées aux dissidents  par la dernière mode de la psychiatrie (qui a fait un mort).


bolex.pngIl ne reste plus au chef du Dpt de Justice et Police qu'à déstabiliser la Télévision suisse romande (TSR) pour démontrer qu'il est le seul candidat capable au Conseil fédéral de restaurer l'ordre et la loi en Suisse et dans la Genève rouge ...

Ce magistrat fait état de la découverte d'un cache d'armes à Genève pour lancer les hordes de sa police contre les manifestants avec une violence inusitée à Genève depuis les années 1930.

C'est ainsi qu' à la faveur d'écoutes clandestines, ce magistrat découvre l'agit' prop' d'une poignée de romanesques révolutionnaires en peau de lapin à la TSR.

Frère maçon bien connu, Henri Schmitt donne l'ordre à son « frère » René Schenker, regretté directeur de la TSR. de licencier six collaborateurs dont la célèbre réalisatrice Nathalie Nath qui ose donner la parole à de jeunes novateurs dans son émission Canal 18-25. Figurez-vous qu'elle a le front de les laisser plaider ces jeunots pour « l'amour libre » alors que le concubinage et l'adultère tombent encore sous le coup du Code pénal suisse !

La main du Directeur tremble lorsqu'il exécute nolens volens les ordres de son « frère »...

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La grève d'un jour à, la TSR et les six licenciements vont occuper les tribunaux pendant des années : la Direction de la TSR est incapable de démontrer la culpabilité des licenciés : Henri Schmitt se serait contenté de montrer ses moyens de preuves au Directeur de la TSR...sans les lui remettre  puisque obtenus en faisant chauffer les tables d'écoute, ce dont il ne tient pas à se vanter!

Ces événements sont commentés avec émoi jusqu'aux Chambres fédérales.

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Le candidat zélé au Conseil fédéral échoue pourtant dans ses ambitions: c'est le Vaudois G.A. Chevallaz (photo) qui est finalement élu à sa place ! Je me fais un plaisir d'annoncer en direct à la TSR qu'il a fallu décommander le banquet de 3000 couverts prévus pour l'élection du perdant  !

L'entreprise est un champ de ruines : les assemblées houleuses se succèdent. Des fronts hostiles se forment entre les collaborateurs. Les haines se propagent et la section romande du syndicat-maison FERTS vole en éclats.

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Il me paraît grand temps d'intervenir. Je lance donc avec une poignée de militants raisonnables une sorte de Comité de salut public sous le nom d'Interprofessionnelle.

  • T'es notre général Thieu ! croit bon de me lancer, en guise de boutade, un cameraman ami qui sera promu à la Direction de la TSR quelques années plus tard. (Ledit général avait soutenu les Américains pendant la guerre du Vietnam.)

Notre Interprofessionnelle est accueillie par des ricanements par les quelque 150 militants de gauche affirmée qui, eux, ne jurent que par une adhésion au syndicat des fonctionaires d'Etat : la VPOD.

Quoi ! Des journalistes et réalisateurs fonctionnaires ? Pas question  pour moi !

Juché sur ma fragile légitimité, je m'installe dans l'un des deux sièges réservés depuis peu à la radio-TV au sein de la Société de la Radio-TV romande  (SRTR): la mode est alors à la « participation » (Mitbestimmungsrecht). Le président de ce qui équivaut à un Conseil d'administration, Jean Brolliet, (lib.), ancien président du Grand Conseil de Genève, dirige cet aréopage de l'Establishment. Parmi ses 18 membres, figurent deux délégués du Conseil fédéral, un conseiller d'Etat par canton romand, un préfet, le syndic de Lausanne et un conseiller administratif de la Ville de Genève. Les émissions sont passées au peigne fin et systématiquement critiquées vertement. La cible favorite : Temps présent !

Je contribue, paraît-il, à animer les débats, avec bonheur même si je laisse à ce jour le souvenir d'un sacré emmerdeur, ce que je prends pour un compliment...

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Et, s'il le faut, j'amène un poids lourd pour contrebalancer ce cénacle réactionnaire : André Chavanne, conseiller d'Etat (PS) de la République et Canton de Genève.

 

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En passant, je contre-signe à tours de bras les dérogations à la Loi fédérale sur le travail que me soumet la Direction pour que les équipes mobiles qui assurent les transmissions des cortèges, fêtes de lutte, matches de foot et courses de ski touchent encore leurs indemnités malgré le galimatias ambiant.  L'entreprise compte quelque 60 professions. Certains ont droit à une prime d'altitude (au dessus de 1500 mètres pour installer les cameras dans les neiges du Lauberhorn), de vêtements (monteurs-skieurs) etc.

pelerin.jpgArmé de mon seul bâton de pèlerin, je me rends tour à tour à Zurich et au Tessin pour convaincre les sections alémanique et latine de faire, elles aussi, un sort au syndicat-maison sous l'influence du PDC au profit d'une nouvelle organisation affiliée à la faîtière de l'Union syndicale suisse (USS). Sous l'emblème du Parti socialiste suisse (PSS).

A l'USS, les négociations sont âpres : le secrétaire de la VPOD, M. Stappung, défend bec et ongles ses 150 agitateurs VPODistes du studio de Genève sur un bon millier de collaborateurs. Je ne sais pas encore qu'il fera partie de la futur armée secrète notoire et anticonstitutionnelle de la P26 !

Agacé par les tergiversations, j'offre à l'USS sur un plateau l'adhésion probable des sections alémanique et latine et présente un projet d'accord à l'USS qui garantit, bien sûr, des élections générales.

Et je m'éclipse durant vingt minutes pour laisser les membres de la faîtière syndicale suisse discuter de ma proposition.

Son regretté président, Ezio Canonica, signe le projet d'accord que nous lui avons soumis. Roland, le collègue qui m'accompagne dans ces démarches, un tapissier-décorateur, estime que je vais trop vite ! Je le rassure en l'assurant que ce projet d'accord sera soumis à l'ensemble du personnel, au scrutin secret

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En 1974, l'honneur nous revient de porter le Syndicat Suisse des Mass Media (SSM) sur les fonts baptismaux à Origlio (TI).

Des années plus tard, le SSM gobe le syndicat FERTS (Radio).

La Neue Zürcher Zeitung consacre une demi page à l'événement pour dénoncer le danger allégué d'une instrumentalisation des medias suisses par le SSM et le Parti Socialiste Suisse (PSS) !

Nous étions loin de nous douter que le NOBILLAG et la paix du travail,en vigueur depuis 1937 grâce aux conventions collectives généralisées serait menacée un jour, au même titre que l'existence même de la presse-papier. (jaw)

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