05/07/2011

Les Fourches Caudines de la crédulité mimétique

surgeonbutcher.jpgIl en va de même des colonies de bactéries et des idées nouvelles: elles sont  parfois pathogènes et contagieuses. Qu'elles soient bonnes ou nocives importe peu. Pour qu'elles influencent la vie quotidienne des citoyens, ce qui compte, c'est qu'elles émanent d'auto-proclamés experts. Comme ceux qui prêchaient l'Apocalypse si la Suisse n'adhérait pas à l'Espace économique européen, en 1992, pour ne prendre que cet exemple d'hystérie collective.  Pour assurer la propagation de tels messages "salvateurs", un seul point d'appui - les media crédules -  et un levier suffisent: celui de la Peur.

Et s'il se trouve encore quelques esprits forts à résister aux vérités officielles, un seul remède: la projection de feux d'artifice sous forme de statistiques ! Pour enfumer l'opinion publique, rien de tel que des chiffres.

Lire la suite

02:08 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rapport, humair, hug, fumée, crises, cardiaques, pulmonaires, unger, palmer | |  Facebook

09/04/2011

Six jours captif des neurologues (III) La bétaillère

Dubo_Dubon.jpgAujourd'hui, j'ai progressé sur le carton du Jeu de l'Oie. Mon lit trône désormais près de la fenêtre, celle qui offre la meilleure vue sur la grue jaune Perret et sur les jardins suspendus, agrémentés de tonnelles, à l'ombre desquelles j'irais bien m'en griller une avec mon infirmière préférée. Les Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG) ? Une colonie de pyramides sans cesse enrichie de nouveaux éléments dominant le quartier. Un univers en expansion incessante. Une méga-usine où l'on soigne et les corps et les âmes meurtries. Avec une sortie joyeuse et un heureux retour vers l'humanité debout. Et une autre, climatisée, vers la morgue, c'est selon. Un mouvement perpétuel animé par les forces de vie et de mort. J'ai pris la place libérée de Herr von S. expédié à la Clinique de Montana. De mon nid d'aigle stratégique,  proche de la fenêtre, même la nuit, on voit la flèche de la grue osciller au gré des vents et les rayons de lune jouer avec les croisillons de la tour verticale. Un peu de musique classique captée sur mon téléphone portable et l'aube ne va pas tarder...

Tiens, une fois remis, je monterais volontiers au sommet de cette grue !, comme jadis avec André Hediger, ancien conseiller administratif de Genève, au sommet de l'échafaudage de la cathédrale Saint-Pierre, par temps de bise. Un pari stupide que le magistrat avait accepté sans prendre le soin de se chausser de manière idoine. Lente ascension derrière l'échafaudage recouvert d'immenses feuilles de plastique translucide. On ne voit pas le vide. Parvenus au sommet, à ciel ouvert, la témérité de notre ascension nous apparaît dans toute sa béance. Notre plateforme oscille de 50 centimètres sous les coups de boutoir de la bise. Nous ne savons pas si nous tremblons de froid ou de peur...Et guère envie de contempler longtemps le paysage sur notre plate-forme mobile... "Dédé", élevé par des Jésuites à Paris avant d'adopter le communisme pour credo, est prié de prononcer une phrase historique, juché sur la plus grande conquête architecturale de la Réforme. Tout à l'heure, je transcrirai les propos du Maire communiste de Genève sur le réseau mondial de l'Associated Press... De l'art funambulesque et périlleux de créer l'événement et de s'approprier une information exclusive... "What an extraordinary story" pour les lecteurs américains...

J'attends le feu vert des blouses blanches et l'autorisation de l'entreprise pour mettre en oeuvre mon projet d'escalade de la grue Perret. A 70 ans dans quelques jours, je dois bien parvenir au sommet comme je suis parvenu au faîte d'une tour d'éclairage jadis, sur le terrain de football de Sheffield, pour vérifier la rumeur selon laquelle le terrain penchait. Même munie de cette information stratégique, documentée par la photo, l'équipe de Suisse avait perdu contre je ne sais plus quel adversaire.

Vaillant, je dois  l'être encore, puisque , sur le conseil d'un médecin des HUG, je suis parvenu à me piquer trois fois seul, sous surveillance experte,  avec un auto-piqueur assurant l'autonomie du patient à son domicile.

Avec ce gadget, on nous arrache notre boulot ! s'est exclamée une infirmière, férocement jalouse de son monopole et franchement hostile à ce progrès d'autonomisation du patient.

Pourtant, vaillant je le suis vraiment surtout parce que  j'ai survécu, indemne, à l'épreuve de la chaise roulante sur  bétaillère. L'exploit se déroule  encore dans le métro des HUG...

 

chariotguineapig.jpg

Une matrone imposante m'annonce qu'elle va me conduire au service d'ophtalmologie en chaise roulante électro-tractée . Six-cents mètres de couloirs souterrains, avec quelques virages en prime. Ma pilote est du genre bien bâtie plutôt que "bien roulée".  Une colosse de virago capable de faire front debout, sans broncher,  aux blizzards qui fouettent la toundra. Bien que je ne me laisse pas volontiers  porter ou tirer par une femme, dût-elle provenir des steppes des régions arctiques, je n'ai pas le choix. La voix de l'électro-tractrice est impérative : "Asseyez-vous au fond de chaise et posez  pieds ici et tenez vous bien dans  virages !" L'accent rappelle le serbo-croate. La voix est puissante et assurée. Peut-être était-elle gardienne de prison là-bas avant la chute du Mur ? Il y a plus de muscle que de graisse dans ce personnage fellinien qui pousse ma chaise avec vigueur, conviction et détachement, comme si je ne représentais guère plus qu'un sac de ciment. A la réflexion, peut-être qu'elle travaillait dans un abattoir à Bratislava ou au clos d'équarissage  à Tirana ? En tout cas, je l'imagine mal interprétant un nocturne de Chopin du coté de Varsovie...

 

duel380Au sous-sol, elle me parque sans ménagements à proximité d'un engin supportant une sorte de cage à ridelles bricolée, estampillé au sceau des HUG et figurant à l'inventaire.  Qui aurait l'idée de voler un tel objet roulant ? L'artifact est doté de minuscules roulettes à bandages pleins. D'un geste brusque, elle libère une méchante tôle galvanisée solidaire du véhicule. La tôle pivote sur ses gonds et heurte le sol avec fracas et rebondit trois fois. Le réseau de tunnels des HUG en renvoie mille fois l'écho: c'est la rampe de chargement qui  vient de se déployer. Une aile de papillon qui s'ouvre dans la brise est tout de même plus poétique. Croisez bras sur votre poitrine et protégez mains ! Ma pilote imprime un brusque  mouvement pivotant à ma chaise roulante (interdiction absolue de m'en extraire) et tente de la pousser, à reculons, sur le plateau de la bétaillière. La chaise, entravée par quelque obstacle, se coince. Jurons sonores en patois exotique.. Deuxième essai. Des chocs métalliques se multiplient entre les ridelles du véhicule et les tubes de ma chaise roulante. Les coups de l'acier sur l'acier rappellent le son d'armes blanches qui s'entrechoquent dans la main de duellistes. Jurons répétés en langage inconnu. Ma pilote transpire et paraît fort contrariée.

- Je leur ai dit que  chaise pas bonne pour métro  ! Fallait me donner  chaise bleue moderne ! Celle du  vieux type dans couloir. Réservée au métro. Service Neurologie sait rien faire. Moi fâchée ! ! Toujours comme ça...

Peut-être pourrions nous renoncer ou nous faire apporter une chaise roulante idoine en renfort ?

- Non , non , non ! Ca va entrer. Chaise doit entrer  ! Pas le temps ! Autres malades après ! Moi pressée !

Le duel se poursuit, brutal et sonore entre l'objet récalcitrant et l'opiniâtre pilote. Je ressens toutes les répliques de chaque séisme  dans le bois sur lequel j'ai posé mon séant.

betaillere.jpgA la réflexion, ma pilote n'était pas gardienne de prison avant la chute du Mur mais probablement conductrice d'engins de chantier sur autoroutes. Ou cheffe d'un rouleau-compresseur, peut-être ? Pas le moment de la questionner. Sous ses poussées herculéennes, elle finit tant bien que mal à charger la chaise roulante et son pensionnaire de guingois sur le plateau à roulettes de la  bétaillère. Je me sens totalement ridicule dans ma chemise d'hosto fendue derrière, et privé du mince reliquat de dignité qui me reste, juché que je suis  à bord de cet engin grotesque à roulettes. Encore heureux que la vigoureuse pilote songe à bloquer les roulettes de la chaise roulante avant de démarrer en trombe. L'engin brinqueballant absorbe les hectomètres goulûment sous la poussée du petit tracteur électrique.  La force centrifuge me donne quelques émois dans les virages. S'agit de rattraper le temps perdu au chargement. J'espère que mon oeil gauche va résister à ce traitement de choc. Après tout, c'est la défaillance d'une artère de mon nerf optique qui me vaut cette excursion incongrue en bétaillère.

Parvenus au but, je propose de descendre de ma chaise roulante pour gagner la salle d'attente à quelques mètres de là.

- Non, non , non ! Vous ...rester dans chaise  ! Pas possible ! Docteur il a dit !  Interdit de vous lever !


Déchargement pénible de la chaise sur la rampe que la pilote a projetée de nouveau sans ménagement sur le sol avec un nouveau fracas capable de réveiller tous les patients des HUG .

Au retour, la pilote est plus calme. Elle a trouvé ce qui coince : une sorte de barreau mobile, sous la chaise roulante.

Une pièce folle sans fonction apparente. Il aurait suffit de le replier pour s'épargner le duel matrone-acier. La prochaine fois, j'en suis sûr, elle se munira d'une pince monseigneur à toutes fins utiles...

morrisfrontA la réflexion, je songe que les voyages à bord de ma Morris-Cowley 1929 étaient plus confortables, à Londres, dans les années 1960 qu'à bord de la bétaillère des HUG. Malgré ses roues voilées, ses freins à tringles mal réglés, son embrayage à disques de liège patinant, ses trous au pot d'échappement et sa suspension un peu dure. En plus, elle avait la capacité d'attendrir la maréchaussée qui ne lui collait jamais de contraventions, même quand je le parquais à cheval  sur le trottoir, au 149 Fleet Street, la rue des journaux: " What a beautiful horseless carriage..." Un peu plus, ils auraient versé une larme au spectacle de cette antiquité roulante, produit du génie britannique.

cassandre_dubonnet.jpgEt je me demande bien pourquoi les HUG persistent à utiliser ces tracteurs électriques à batteries, alimentées à 40 % par de l'énergie nucléaire,  alors que de vigoureuses pilotes recrutées derrière l'ex-Rideau de fer ou des traîne-patin africains qui errent, oisifs, dans nos rues, seraient tout à fait capables de pousser les chariots par leur seule force musculaire, éternellement renouvelable. Etonnant que les Verts n'y aient point encore songé. (jaw)

 

iStock_000006358014XSmall.jpg

Chapitre II: Six jours captif des neurologues

Chapitre I: Le Vrai Maudet est aux Urgences


19:12 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : hug, höpital, métro, humour | |  Facebook

08/04/2011

Genève : Six jours captif des neurologues (II)

needlesknitting.jpg

Après notre rencontre fortuite avec le Vrai Maudet aux Urgences des Hôpitaux universitires de Genève (HUG), voici le récit de notre captivité, durant six jours, aux mains de neurologues qui ne vous lâchent jamais les baskets, qu'il vente ou qu'il neige. MOtif de ma captivité volontaire, librement consentie: perte totale de la vue de mon oeil gauche. Une fois dans le circuit, impossible de s'en dépêtrer...

Lire la suite

19:43 | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : hug, neurologie, avc | |  Facebook